Les Arts Décoratifs ont voulu rendre hommage à leurs donateurs d’hier et d’aujourd’hui. C’est ainsi qu’une vingtaine de portraits ont été réalisés par le dessinateur Floc’h et mis à l’honneur dans l’escalier des donateurs.

Jules Maciet
1846-1911

Issu d’un milieu aisé, érudit, grand amateur d’art, plus philanthrope que collectionneur, Jules Maciet fait don des œuvres qu ’il achète pour l’éducation artistique de tous. Le vaste champ de ses recherches s’étend du Moyen Âge au XIXe siècle. En trente ans, il donne au musée des Arts décoratifs 2404 œuvres. Hanté par la propagation de l’art, il accomplit un travail documentaire considérable : découpant des centaines et des centaines de volumes pour en extraire toutes les images et les classer par séries méthodiques, constituant ainsi les fameux albums « Maciet », aujourd’hui encore véritable mine d’informations pour tout public. Grâce aux achats de ce voyageur infatigable, le musée des Arts décoratifs possède entre autres, une collection de sculptures étrangères, un ensemble de céramiques islamiques, des tapis dit de « Lotto » et de magnifiques tapisseries aux « mille fleurs » du XVIe siècle.

Raymond Koechlin
(1860-1931)

Fils d’un grand industriel, Raymond Koechlin hérite de la fortune familiale à la mort de son père et cesse alors ses activités de journaliste pour devenir un grand collectionneur et se consacrer à ce que l’on ne nomme pas encore « la conservation du patrimoine ». Il participe à la fondation de la Société des Amis du Louvre et devient en 1910, le Vice-président de l’Union Centrale des Arts Décoratifs. Influent, il prend une part active dans le mécénat et la vie des musées permettant l’acquisition d’œuvres majeures. À sa mort, il lègue au musée des Arts décoratifs outre sa remarquable collection de porcelaines et d’œuvres japonaises, une pendule « religieuse » d’André-Charles Boulle et Pierre Duchesne ainsi qu’une sainte Anne trinitaire aux marques de la ville d’Anvers d’une qualité exceptionnelle.

Moïse de Camondo
(1860-1935)

Collectionneur infatigable, curieux et généreux, Moïse de Camondo, banquier issu d’une riche famille originaire de Constantinople, se passionne pour le XVIIIe siècle qui lui semble être, dans l’art décoratif français, l’apogée de l’art de vivre. Dans son testament, ses intentions sont claires : « Désirant perpétuer la mémoire de mon père le comte Nissim de Camondo et celle de mon malheureux fils, le lieutenant pilote aviateur Nissim de Camondo, tombé en combat […], je lègue au musée des Arts décoratifs mon hôtel particulier tel qu’il se comportera au moment de mon décès. Il sera donné à mon hôtel le nom de musée Nissim de Camondo […]. En léguant à l’État mon hôtel et les collections qu’il renferme, j’ai en vue de conserver dans son intégralité l’œuvre à laquelle je me suis attaché de la reconstitution d’une demeure artistique du XVIIe siècle. »

Henri Bouilhet
(1830-1910)

Neveu et beau-frère de Charles Christofle, fondateur de la prestigieuse Maison Christofle, Henri Bouilhet sort ingénieur chimiste de l’École centrale en 1851. Il entre chez Christofle et met au point la technique de la galvanoplastie dont le musée des Arts décoratifs possède de nombreux exemples. En 1910, il est nommé président de l’Union Centrale des Arts Décoratifs dont il est membre fondateur. C’est grâce à lui qu’est entré au musée des Arts décoratifs le célèbre surtout de table ayant appartenu à Napoléon III. En effet, ce surtout, retrouvé dans les ruines fumantes du Palais des Tuileries incendié en 1871, fut racheté par la manufacture puis donné au musée des Arts décoratifs par Paul Christofle et Henri Bouilhet.

Henri Vever
(1854-1942)

Henri Vever, bijoutier-joaillier français est aussi l’auteur de La Bijouterie Française au XIXe siècle : 1800-1900 où il retrace avec perspicacité l’évolution du bijou pendant cette période et la diffusion des modes à travers les souveraines, les actrices, les femmes célèbres, les bourgeoises et les milieux populaires. Il est aussi un grand collectionneur d’estampes dont le département des Arts graphiques possède quelques exemples remarquables. Les très beaux bijoux 1900 donnés par le créateur au musée des Arts décoratifs demeurent une référence pour tous ceux qui s’intéressent aux bijoux de cette période. Son œuvre révèle une grande diversité et constitue un document exceptionnel sur la vie culturelle du XIXe siècle.

Prince Louis de Polignac
(1909-1996)

Louis de Polignac est l’administrateur de la société Lanvin dès 1941. Il est aussi le cousin par alliance de Marie-Blanche de Polignac (née Marguerite Lanvin), fille unique de Jeanne Lanvin, célèbre créatrice de mode qui fait aménager en 1920, des appartements dans son hôtel particulier, rue Barbet-de-Jouy. Elle fait appel au décorateur Armand-Albert Rateau pour diriger Lanvin Décoration et lui confie plusieurs de ses demeures. En 1965, Louis de Polignac donne au musée des Arts décoratifs l’ensemble du mobilier des appartements privés de Jeanne Lanvin, dont les trois pièces – salle de bain, chambre, boudoir – sont reconstituées en period-rooms.

Alexandrine Grandjean
(?-1909)

Fille d’antiquaire, Alexandrine Grandjean a largement contribué à enrichir le fonds de nos collections. Pourtant nous ne savons que peu de choses à son sujet, mis à part son goût prononcé pour les arts et sa philanthropie. À sa mort, elle lègue à l’Union Centrale des Arts Décoratifs son hôtel particulier de la rue de Courcelles avec tout ce qu’il contient, les terrains qui l’entourent et les dépendances. Des tableaux du XVIIIe, des marbres, des bronzes, des meubles du XVIe , XVIIIe et XIXe siècles, des céramiques, des bijoux, des dentelles, un ensemble remarquable d’émaux peints de Limoges des XVe et XVIe siècles constituent ce remarquable legs.

Jean Dubuffet
(1901-1985)

Originaire d’une famille aisée de négociants en vin, Jean Dubuffet oscille entre cet héritage familial et la vie d’artiste. En 1942, il décide de ne plus jamais abandonner la peinture. En rupture avec les conventions, il développe alors des cycles (Portraits, Texturologies, Paris Circus, L’Hourloupe…) dans lesquels il s’intéresse autant à l’homme et à la vie urbaine qu’aux matières mêmes de la création. En 1967, l’homme qui déclarait : « j’ai énoncé le peu de goût que je ressens pour ces morgues d’embaumement, ces citadelles de la culture mandarine, que sont les musées… » donne une large sélection de son œuvre : 132 dessins et gouaches, 21 toiles et 4 sculptures au musée des Arts décoratifs qui lui a consacré plusieurs expositions. Une salle lui est entièrement consacrée.

David David-Weill
(1871-1952)

David David-Weill devient l’un des plus importants financiers du XXe siècle. En dehors de ses activités professionnelles, il partage son temps entre des œuvres philanthropiques et sa passion pour l’art qui le conduit, en 1934, à l’Académie des Beaux-Arts. Dès l’âge de dix huit ans, il commence à collectionner des œuvres dans tous les domaines : peinture, dessin, miniature, sculpture, mobilier, orfèvrerie. À l’instar du musée Guimet, du Louvre ou de Carnavalet, l’Union Centrale des Arts Décoratifs dont David David Weill est le vice-président à partir de 1923, fut richement dotée par cet homme d’exception. Nous lui devons en particulier une collection d’émaux chinois cloisonnés mais aussi des dessins et des pièces d’orfèvrerie dont le très remarquable candélabre de l’ornemaniste Juste-Aurèle Meissonier, « inventeur » du style rocaille dans les années 1730.

Louis Barthou
(1862-1934)

Après des études brillantes, il épouse une jeune femme à la fois cultivée et fortunée, Alice Mayeur. Voyageur infatigable, il visite toute l’Europe, l’Égypte, le Soudan, le Maroc mais aussi les États-Unis et le Canada. Avocat et journaliste, il embrasse une carrière politique et devient le plus jeune ministre de la IIIe République. Écrivain, homme de lettres, historien, il est élu à l’Académie Française le 2 mai 1918. Il y fait deux éloges, celui de Joseph Bédier en 1921 et celui d’Albert Besnard en 1924. C’est comme ministre des affaires étrangères qu’il trouve la mort lors de l’attentat qui coûte la vie au roi Alexandre de Yougoslavie en visite à Marseille. Grand bibliophile, il possède aussi une collection de verres de Maurice Marinot qu’il lègue au musée des Arts décoratifs.

Jean Royère
(1902-1981)

Autodidacte, il débute sa carrière de décorateur au milieu des années 30, appartenant à une génération pour qui les tensions entre Société des Artistes Décorateurs et Union des Artistes modernes ne sont plus fondamentales. Grand voyageur, il découvre avant les autres français la modernité des Scandinaves et des Italiens. Il impose son goût original et ludique dans ses agences, à Paris, bien sûr, mais aussi au Caire, à Beyrouth, à Téhéran et à Lima. Curieusement négligé dans les années 70, son œuvre fait l’objet d’un nouvel intérêt, tant auprès des amateurs que des jeunes designers dans les années 80. Il lègue au musée des Arts décoratifs la totalité des ses dessins et de ses archives ainsi qu’un ensemble mobilier lui ayant appartenu.

Niki de Saint-Phalle
(1930-2002)

Née Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle, elle fut mannequin avant de devenir peintre, sculpteur et réalisatrice de films. Mariée au romancier Harry Mathews, elle peint ses premières huiles et gouaches à Cambridge, Massachusetts. Après son divorce en 1960, elle poursuit ses expériences artistiques notamment sous forme d’assemblages en plâtre et de tableaux-tirs. Puis, elle s’installe avec le sculpteur Jean Tinguely et rencontre Pontus Hulten, directeur du Moderna Museet de Stockholm qui organise l’exposition de la femme couchée Hon-en Katedral (« Elle » en cathédrale) dans laquelle pénètrent les visiteurs. Niki, influencée par Gaudi, créé le Jardin du Tarot à Garavicchio (Toscane) et, en collaboration avec Tinguely, réalise en 1982 une fontaine/sculpture à côté de Beaubourg. Elle lègue au musée des Arts décoratifs 20 œuvres qui témoignent de son goût pour l’objet sur lequel elle applique son vocabulaire ludique et coloré.

Ernest Chaplet
(1835-1909)

Jeune apprenti dans différentes manufactures de céramique, Ernest Chaplet développe la technique de la faïence engobée ou « barbotine » dans les ateliers du graveur Bracquemond. Puis il s’éprend des productions asiatiques ainsi que des grès à décor naturaliste ou japonisant. À partir de 1882, il prend la direction de l’atelier où Paul Gauguin vient créer ses premières céramiques. Après un triomphe à l’Exposition universelle de 1889, puis à celle de 1900, il commence à perdre la vue et met fin à ses jours. Sa collection revient par legs au musée des Arts décoratifs qui organise en 1910 une grande exposition en son honneur au pavillon de Marsan. Dans la préface du catalogue qui lui est consacré, Gaston Migeon, conservateur au musée du Louvre disait de lui : « Je n’en connais pas de plus grand dans l’histoire de la Céramique française depuis Bernard Palissy ».

Georges Hoentschel
(1855-1915)

Architecte-décorateur, Georges Hoentschel travaille au tournant du siècle pour tout ce que Paris compte d’amateurs éclairés mais aussi pour le roi de Grèce ou l’empereur du Japon. Il réalise le pavillon de l’Union Centrale des Arts Décoratifs à l’Exposition universelle de 1900 à Paris, dont le salon du Bois sera présenté dans la palais national français à l’Exposition internationale de Saint-Louis en 1904. La boiserie est adaptée et réinstallée, par l’artiste lui-même, pour la grande ouverture du musée des Arts décoratifs en mai 1905, dans une salle du pavillon de Marsan, là où elle est toujours visible aujourd’hui. Cet ami de Marcel Proust et d’Auguste Rodin fut aussi un céramiste talentueux dans la mouvance de Jean Carriès.

Émile Peyre
(1824-1904)

L’année 1904, Émile Peyre lègue au musée toute sa collection ainsi que la totalité de sa fortune s’élevant à près d’un million de francs. Ce legs, composé de tableaux, de tapisseries, de meubles et d’objets d’art allant du XIIIe au XVIIIe siècle, vint accroître d’une manière considérable (près de 4.000 objets) la collection du musée alors principalement composée d’objets d’art contemporain. Émile Peyre, que Gaston Migeon décrit comme « un original un peu sauvage recevant ses amis dans le fouillis invraisemblable de l’avenue de Malakoff coiffé d’une toque et trottant à travers ses salons » aimait passionnément le Moyen Âge auquel le musée des Arts décoratifs lui doit la grande majorité des ses chefs-d’œuvre, notamment les retables italiens et espagnols parvenus jusqu’à nous dans leur intégrité.

Baronne Nathaniel de Rothschild
(1825-1899)

Aînée des enfants de James de Rothschild, Charlotte est la sœur d’Alphonse et d’Edmond et épouse son cousin Nathaniel. Élevée au milieu des artistes que ses parents recevaient, elle eut Chopin comme professeur de piano ; il lui dédie en 1835 une des deux valses de son opus 69. Peintre, elle participe régulièrement au Salon, puis aux expositions de la Société des Aquarellistes. Amie des artistes, grande voyageuse et collectionneuse éclectique, lle lègue des objets d’art aux musées de Cluny et des Arts décoratifs ainsi que des peintures au Louvre. Nous conservons grâce à elle une importante collection de bijoux XIXe, des coffrets en cuir allant du XVIe au XVIIIe siècle, des étuis, des boîtes et des nécessaires de voyage.

Jean-Jacques Reubell
(v.1850-1933)

Jean-Jacques Reubell est un collectionneur, un amoureux de l’art, passion qu’il partage avec sa femme d’origine américaine Adeline E. Post. Ensemble, ils voyagent à travers l’Europe et collectionnent : Adeline, les tissus anciens de brocard et de velours, Jean-Jacques, peintures, émaux, ivoires, céramiques, meubles et pièces d’argenterie. Dans un testament de 1918, il lègue au musée des Arts décoratifs une partie de ses collections : pièces d’orfèvrerie française dont une écuelle couverte et son plateau (1776-1777) de J.P. Marteau et une aiguière (1603-1604) en argent ciselé ; de beaux bijoux et surtout 55 pièces de porcelaine de Saint-Cloud portant au nombre de 387 cette collection déjà unique au monde.

Marquise Arconati Visconti
(1840-1923)

Ancienne élève de l’École des Chartes et de l’École du Louvre, elle aime à s’entourer de beaux esprits, hommes politiques, historiens d’art, artistes parmi lesquels on compte Jean Jaurès ou Raymond Koechlin. Passionnée, elle réunit à partir de 1890 une importante collection d’objets, de meubles et de boiseries du Moyen Âge et de la Renaissance avec l’aide d’un ami antiquaire : Raoul Duseigneur. Nous lui devons en particulier des boiseries et une cheminée de la fin du XVe siècle ainsi qu’une importante collection de pièces d’orfèvrerie, de la vaisselle et des bijoux du XIXe siècle.

Michel Schulmann
(1910-2004)

Du Palais de Mobilier à Casablanca, l’entreprise paternelle spécialisée dans le meuble moderne, fondée en 1920, pour laquelle il travailla dès l’âge de douze ans, en passant par la création de la société Mobilier International à Paris en 1958 jusqu’en 2004, se déroule « l’histoire d’une vie, 60 ans de mobilier contemporain », celle de Michel Schulman. Né à Paris en 1910, très tôt habité par un souci constant de l’innovation, ce visionnaire de la création d’un nouvel art de vivre fit entrer le mobilier contemporain dans l’habitat et le monde du bureau. L’originalité, la force, les différents concepts de Mobilier International sont d’avoir misé sur les rencontres, collaborations, dialogues avec les créateurs, les architectes et les fabricants les plus réutés aussi bien à l’échelle française qu’internationale. Sur les 17 meubles donnés au musée des Arts décoratifs, nous retiendrons deux chefs-d’œuvre : la Chieftain chair de Finn Juhl de 1949 et le fauteuil Permilla de Bruno Mathsson de 1941.

Michel et Hélène David-Weill

Très active dans le domaine des arts, Hélène David-Weill est nommée Présidente en 1994 de l’Union Centrale des Arts Décoratifs, une institution qu’elle connaît bien puisqu’elle en est l’administrateur depuis 1981. Hélène David-Weill a une parfaite connaissance de la collection de ces musées avec une prédilection toute particulière pour les arts décoratifs français. Son mari, Michel David-Weill, issu d’une famille de collectionneurs, Président de la banque Lazard Frères, Membre de l’Institut, Président du Conseil artistique de la Réunion des musées nationaux et Trustee du Metropolitan Museum de New York, s’est toujours impliqué dans la vie des musées et notamment des Arts Décoratifs.

Bernard Selz

Diplômé de l’Université de Columbia, Bernard Selz a occupé de nombreuses fonctions au sein d’entreprises prestigieuses : banque Lazard Frères à New York et Furman Selz LLC. En 2004, il fonde sa propre société : Selz Capital LLC. Collectionneur éclectique avec une prédilection pour le Moyen Âge, il fait partie, avec son épouse, des grands donateurs du musée des Arts décoratifs. Aujourd’hui Directeur du National Museum of the American Indian, George Gustav Heye Center, il est également administrateur du Center for Jewish History et Trustee des Brooklyn Museum of Art et World Monuments Fund.

Les Arts Décoratifs, 107, rue de Rivoli, 75001 Paris
tél. : +33 (0)1 44 55 57 50