Michel Paysant, en résidence au musée des Arts décoratifs

De novembre 2014 à novembre 2015, l’artiste Michel Paysant est accueilli en résidence au musée des Arts Décoratifs. Cette résidence qui s’inscrit dans un cadre large, ouvert, pluriel et pluridisciplinaire en terme de pratiques, de mediums et de genres, a pour but de redonner à voir la collection, d’amplifier le regard et l’écoute, les sens et les sensations du visiteur devant les œuvres.

Dans ce cadre, l’artiste se définit comme un passeur dont la mission est d’imaginer et de mettre en place, à travers des univers différents, une série d’événements au sein du musée : installations, ateliers, laboratoires, … Ces événements ont pour objectif commun de renvoyer le visiteur devant les œuvres originales et de développer ainsi chez lui une vision nouvelle (le regard augmenté).

Qu’ils soient classiques, expérimentaux ou innovants, il s’agira de questionner les modes de perception des œuvres et de les comprendre au sens étymologique – c’est à dire, de saisir leur sens mais aussi de les intégrer dans un ensemble (la collection, le monde).

L’Œil Diapason est le premier de ces événements.

L’ŒIL DIAPASON (REVOIR GIRAUD)

L’Œil Diapason est un film conçu à partir de captations oculaires réalisées sur une œuvre de la collection du musée : La véranda de la Princesse Mathilde dans l’hôtel de la rue de Courcelles du peintre Sébastien-Charles Giraud (1864).

« La Véranda de la princesse Mathilde dans l’hôtel de la rue de Courcelles », Sébastien Charles Giraud (1819-1892)
Inv. 36323
© Les Arts Décoratifs, Paris / photo : Jean Tholance

À l’aide d’un eyetracker (un oculomètre en français), l’artiste a enregistré le parcours de son œil sur la toile, puis a demandé au compositeur Siegfried Canto de sonoriser ce parcours oculaire. Comme si l’œil, en regardant cette peinture, la redessinait musicalement. Comme si son mouvement était comparable à celui d’un chef d’orchestre.

L’œil se pose ainsi sur les objets constituants de la toile et vient les faire résonner, les faire tinter. Un mélange de sons intérieurs (le ressenti du regardeur) et extérieurs (le musée, le laboratoire), de touches concrètes et de résonances électroacoustiques.

Une totale redécouverte de l’œuvre par le son. Une manière de la redonner à voir.

Ce film ‘manifeste’ composé de 3 parties où l’œil est tour à tour un crayon, un diapason et un instrument de musique, est une œuvre tournée vers le futur proche. Un futur où l’œil supplantera le tactile.

TABLE À DESSEIN (REVOIR MALLET-STEVENS)

Pour cette série de dessins expérimentaux, Michel Paysant a réalisé des captures oculométriques (eyetracking) en phase de « rêve éveillé » sur une œuvre de la collection du musée : le plateau de la table à dessin du bureau de Robert Mallet-Stevens (1886-1945).

Table à dessin de Robert Mallet-Stevens (1886-1945)

Le plateau de la table à dessin (en bois) apparaît ici comme un objet de mémoire. Un espace de projection d’idées. Elle devient par là devient table à dess(e)in.

Le processus de contemplation peut être comparable à celui des pierres de rêve (ou pierres à image). Le processus interroge la manière dont nous nous oublions en images mentales, en méditation, en cinéma intérieur lorsque nous dessinons, écrivons, conceptualisons, formalisons un projet devant notre table de travail.

Les dessins font apparaître des constellations de points qui correspondent à autant de points de fixation des yeux sur le support. Des constellations qui renvoie à une cartographie d’idées.

Le traitement de l’œuvre (minimaliste dans l’esprit de son créateur) est sensé pour renforcer la dimension narrative et fictionnelle de cette « œuvre de rêve ».

Les Arts Décoratifs, 107, rue de Rivoli, 75001 Paris
tél. : +33 (0)1 44 55 57 50