Recueils, échantillons, modèles : un répertoire de formes et de motifs accessible à tous

Dans la description qu’il fait du musée et de la bibliothèque au lendemain de leur ouverture au public en 1864, Philippe Burty écrit : « la troisième salle renferme les livres, les recueils de gravures et d’ornements ; des plâtres moulés, et particulièrement des collections d’échantillons du plus haut intérêt : on peut y lire des yeux et de la main, en quelques instants, l’histoire de la tapisserie, du papier peint, du châle français, des étoffes de tentures, etc. Ces recueils sont d’une valeur inestimable, en tant que matériaux précis et termes de comparaison1 ». La variété de ce matériel à la disposition des artisans et des ouvriers constitue une richesse inédite et, au cours de la première décennie, la moyenne mensuelle de fréquentation s’élève à 490 « travailleurs », dont 157 en journée et 333 en soirée2. Les artistes et décorateurs ne s’y trompent pas et offrent les éléments nécessaires à la transmission de leur savoir-faire, participant à la constitution d’un « recueil méthodique d’ornements », pour reprendre le terme d’Alfred de Champeaux, directeur de la bibliothèque à partir de 18773. L’Union centrale acquiert ainsi par dons, ou lors de ventes aux enchères, de nombreux dessins d’ornements de ses différents membres fondateurs – tels Édouard Guichard, Jules Klagmann, Charles-Ernest Clerget, Pierre-Adrien Chabal-Dussurgey –, des albums d’échantillons de papiers peints comme ceux de Victor Poterlet et de Jules Turquetil, des modèles pour la manufacture de Jouy ou encore des estampages de meubles. Pour le musée, des copies de médaillons du château de Blois réalisées par le céramiste Jules Loebnitz sont achetées en 1884. L’orfèvre Paul Grandhomme offre en 1890 un cadre montrant les six phases de la fabrication d’un émail sur cuivre. Ce phénomène perdure : Fontaine et Cie donne par exemple en 1929 un ensemble de panneaux de serrurerie et poignées de porte réalisé en collaboration avec Gaston Le Bourgois, Sue et Mare ou Maurice Dufrêne. À travers la variété de ces œuvres transparaît une même volonté d’embrasser les arts décoratifs dans leur définition la plus large, du produit utilitaire à l’objet d’art, quelles que soient la matière et la technique.

Ci-dessous deux albums à feuilleter.

de la page 1 à la page 7 :

Recueil de dessins, Les Épaves des temps passés. Mes Originaux
Édouard Guichard
Seconde moitié du XIXe siècle
Gravures contrecollées sur papier

de la page 8 à la page 57 :

Album d’échantillons de papier peint
Jules Turquetil
Vers 1882
Papier peint
Reversement de la bibliothèque des Arts Décoratifs, 2010
inv. HH1811

1La Presse, 21 septembre 1864.

2Bibliothèque des Arts Décoratifs, archives A 1 / 1, note non signée, 1874.

3Alfred de Champeaux, «  La bibliothèque de l’Union centrale des arts décoratifs  », Revue des arts décoratifs, 1886, p. 348.

Les Arts Décoratifs, 107, rue de Rivoli, 75001 Paris
tél. : +33 (0)1 44 55 57 50