La formation par la reproduction de chefs-d’œuvre : le moulage, la photographie, la galvanoplastie

Puisqu’elle ne parvient pas à obtenir de l’État la mise en place de l’enseignement des arts appliqués, l’Union oriente sa politique vers la mise en place d’outils nécessaires aux ouvriers et aux artisans. Sous la direction d’Antonin Proust, président entre 1880 et 1890 et fervent défenseur de la vocation pédagogique du musée, sont créés l’atelier de moulage et le laboratoire de photographie. Les deux structures ont un seul but : diffuser largement une sélection d’œuvres de différentes époques et aires géographiques qui ont valeur de modèle selon le comité de sélection1. L’atelier de moulage fonctionne de 1883 à 1901. Ses reproductions sont à la fois visibles au musée, dans les écoles qui peuvent en faire la commande ou en recevoir le dépôt, et les musées européens comme le Österreichischen Museum für Kunst und Industrie de Vienne, le Kunstgewerbemuseum de Berlin ou le South Kensington Museum de Londres2, avec lesquels sont opérés des échanges.

La présence de la photographie au sein de l’Union centrale n’est pas un fait nouveau lorsque le laboratoire est créé en 1883. En effet, dès 1861, les photographes ont été invités à participer à l’exposition des arts industriels. La technique est alors considérée comme l’un des vecteurs les plus efficaces pour l’enseignement et la vulgarisation. Le laboratoire propose des portefeuilles reproduisant des œuvres du musée et d’autres collections à Paris ou à l’étranger. Afin de trouver des procédés adéquats et de qualité, l’Union centrale consulte des spécialistes comme Alfred Mieusement ou Léon Vidal. La quête de nouveaux outils pédagogiques explique de même le choix de la galvanoplastie pour reproduire certaines œuvres phares à partir de 1884, avec l’aide de Christofle et Cie. D’autres pièces sont également acquises auprès du South Kensington Museum et réalisées par Elkington & Co. L’ensemble sera présenté à l’exposition des industries d’art en 1887. Si le président Georges Berger ne souhaite pas poursuivre la politique de production lancée par Proust, son prédécesseur, il accepte néanmoins la proposition faite par Christofle en 1907 pour argenter la collection des pièces de Jean-Baptiste-Claude Odiot afin de leur donner leur « caractère véritable ». Le beau et l’utile rencontrent l’histoire.

1Évelyne Possémé, «  La politique de reproduction à l’Union centrale des arts décoratifs au XIXe siècle  », in Chantal Georgel (dir.), La Jeunesse des musées. Les musées en France au XIXe siècle, Paris, éditions de la Réunion des musées nationaux, 1994, p. 77-82.

2Bibliothèque des Arts Décoratifs, archives, D4 / 65 à 67.

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