Reposant sur l’initiative privée, la société nouvellement créée espère porter les projets énoncés auparavant et enfin les concrétiser en un « Louvre de l’industrie1 » . Mettant en exergue sa volonté d’action et d’innovation, elle choisit comme devise « Tenues Grandia » empruntée aux vers du poète Horace (à traduire ici par « Faible, elle tente de grandes choses »)2. Les statuts sont rédigés le 16 mars 1864 et précisent que l’institution comprendra un musée rétrospectif et contemporain, une bibliothèque d’art ancien et moderne, des cours spéciaux, des lectures et des conférences publiques, des concours entre les artistes français et entre les écoles de dessin et de sculpture à Paris et dans les départements, enfin des expositions de collections particulières, le tout « afin d’entretenir en France la culture des arts qui poursuivent la réalisation du beau dans l’utile3 ». Industriels, artistes, artisans, intellectuels et collectionneurs y souscrivent immédiatement.

La société s’installe au 15, place Royale, ensuite rebaptisée place des Vosges. Le critique d’art Philippe Burty écrit au lendemain de l’inauguration le 20 septembre 1864 : « Le Musée et la Bibliothèque organisés par l’Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie, ont été ouverts aujourd’hui. Ils occupent, au premier étage, plusieurs hautes et vastes salles d’un des hôtels de la place Royale, celui du n° 15. Ils sont destinés à faciliter l’étude et à aider au progrès de toutes les industries qui relèvent de l’art, et la place a été judicieusement choisie pour les mettre à la portée des nombreux et intelligents ouvriers du Marais. [...] Dans une première salle sont exposés les objets offerts à l’Union, pour la plupart, à la suite de l’exposition organisée l’an dernier par elle au palais de l’Industrie, et qu’elle compte recommencer, en 1865, sur de plus larges bases. Dans les vitrines et les armoires de la seconde salle, sont déposés les objets de haute curiosité, libéralement prêtés par des collectionneurs qui désirent concourir à cette œuvre. Nous citerons une très-curieuse suite de vases et de gargoulettes orientales appartenant à M. Adrien de Longpérier, de l’Institut ; des objets d’art à madame Durand-Brager ; des guipures et des dentelles italiennes à M. Sajou ; une collection très-variée de faïences de toutes les fabriques et de toutes les époques ; et encore des toiles perses, des vêtements chinois et japonais, des étoffes vénitiennes brochées, des tapisseries des Gobelins, etc., etc. Tous ces objets seront renouvelés tous les trois mois et seront remplacés par d’autres qui viendront offrir aux fabricants et aux ouvriers de nouveaux sujets d’études4. »

L’ouverture tant attendue de ce lieu s’inscrit dans le vaste mouvement européen de création de musées dédiés aux arts décoratifs : le Museum of Manufactures à Londres en 1852, le Österreichischen Museum für Kunst und Industrie à Vienne en 1863, le Kunstgewerbemuseum à Berlin en 1867, le Iparművészeti Múzeum à Budapest en 1872, pour n’en citer que quelques-uns, lui sont contemporains. L’Union centrale est dès cette époque en relation avec ces institutions pour l’enrichissement de ses collections et pour sa programmation.

1Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie, 1866, p. 35.

2Ibid., p. 501.

3Avant-propos des statuts, IV. Voir les statuts numérisés ci-dessous

4La Presse, 21 septembre 1864.

Les Arts Décoratifs, 107, rue de Rivoli, 75001 Paris
tél. : +33 (0)1 44 55 57 50