En 1928, Charlotte Perriand, René Herbst et Djo-Bourgeois présentent au Salon des artistes décorateurs un appartement modèle dédié à la création industrielle. Le succès de cette installation effraie davantage la Société des artistes décorateurs qu’elle ne l’encourage à réitérer l’opération. Face au refus de la renouveler, ils font sécession et créent en mai 1929 l’UAM, avec Jean Burkhalter, Pierre Chareau, Sonia Delaunay, Jean Fouquet, Eileen Gray, Hélène Henry, Francis Jourdain, Robert Mallet-Stevens, Gustave Miklos, Jean-Charles Moreux, Jean Prouvé, Jean Puiforcat, Gérard Sandoz ou encore Raymond Templier1. L’exposition inaugurale est accueillie au musée des Arts décoratifs, du 11 juin au 14 juillet 1930. La vocation de cette association est avant tout sociale puisqu’il s’agit de « montrer qu’il existe des objets usuels courants, produits de l’artisanat ou de l’industrie, d’un prix abordable, de qualité et de formes telles qu’ils puissent contribuer à l’harmonie de notre vie, condition de santé et de joie2 ».

Bien accueilli, le groupe ne tarde pas néanmoins à se faire des inimitiés : la critique et les industriels lui reprochent vite le manque de renouvellement des créations, l’aridité des formes, l’aspect utopique de la démarche, qui demeure élitiste – les pièces produites en petite série ne rencontrent pas le succès escompté auprès du grand public – et l’absence de programme. Le manifeste Pour l’art moderne, cadre de la vie contemporaine, publié en 1934, est autant une tentative de réponse à ces attaques qu’un répertoire de sources littéraires, philosophiques et historiques du groupe3. Saint Augustin, René Descartes, Hippolyte Taine, Jean Cocteau y sont cités, de même que le sociologue Jean-Marie Guyau qui affirmait en 1889 que « l’art n’a jamais été le simple, mais le complexe simplifié4 ». Les œuvres de l’UAM conservées au musée des Arts décoratifs, tels le fauteuil de Burkhalter, la coiffeuse de Gray ou le divan de Chareau sont autant d’échos à ces références intellectuelles.

Le pavillon érigé par l’UAM à l’Exposition internationale des arts et techniques dans la vie moderne de 1937 met en exergue la jeunesse, la technique et les loisirs, le groupe cherchant toujours à être en lien avec son environnement social et politique. L’Union centrale, pour sa part, réalise peu d’acquisitions à l’issue de cette exposition. Celles qu’elle conserve aujourd’hui sont entrées plus tardivement, comme le meuble d’appui à usages multiples de René Herbst, la table de libraire de René Hermant, la table guéridon de René Coulon ou la commode d’André Arbus. Après la Seconde Guerre mondiale, l’UAM ne parvient pas à retrouver son souffle, si ce n’est par l’intermédiaire des expositions « Formes utiles », mises en place grâce à l’action de Francis Jourdain et André Hermant. La première exposition a lieu, là encore, au musée des Arts décoratifs en 1949-1950, mais les suivantes sont intégrées au Salon des arts ménagers dès 1951. Y sont présentés des objets utiles et quotidiens dans une perspective commerciale, les critères étant l’adéquation de la forme et de la fonction, ainsi que le rapport qualité-prix. La démarche de l’UAM, à travers son histoire, annonce ainsi le Centre de création industrielle, créé en 1969 par l’Union centrale.

1Pour une histoire de l’UAM, voir Arlette Barré-Despond, Union des artistes modernes, Paris, Éditions du Regard, 1986 et Yvonne Brunhammer (dir.), Les Années UAM, 1929-1958, Paris, Union centrale des arts décoratifs, 1988.

2Brunhammer (dir.), 1988, p. 103.

3Manifeste Pour l’art moderne, cadre de la vie contemporaine, rédigé avec la collaboration littéraire de Louis Chéronnet, Paris, Union des artistes modernes, 1934, n. p.

4Le début de la citation, tout comme l’orthographe du nom de l’auteur sont inexacts dans le manifeste : «  Le beau n’a jamais été absolument le simple, mais le complexe simplifié  ; il a toujours consisté en quelque formule lumineuse enveloppant sous des termes familiers et profonds des idées ou des images très variées. C’est donc tout à fait par erreur que l’idéalisme des mauvais écrivains classiques a fait consister le beau dans le petit nombre et la pauvreté des idées ou des images, dans la rigidité des lignes, dans la symétrie exagérée, dans l’altération de toutes les courbes et sinuosités de la nature  », L’Art au point de vue sociologique, Paris, Félix Alcan, 1889, p. 77.

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