Cette quête de la « modernité », en jalons et ruptures, voit certes se croiser ou s’affronter les mouvements – la Société des artistes décorateurs et l’Union des artistes modernes (UAM) –, et les matériaux – le bois, la pierre et le métal, le verre, le ciment –, mais des missions communes subsistent : la volonté de créer des ensembles décoratifs complets pour le quotidien des commanditaires et la recherche d’une « synthèse des arts », alliant beaux-arts et arts décoratifs. L’Union centrale des arts décoratifs occupe lors de ces événements une place plus discrète que lors des expositions précédentes car elle n’érige plus de pavillon comme cela a été le cas en 1900. Néanmoins, son personnel y demeure engagé : François Carnot, président de l’UCAD entre 1910 et 19591, est nommé président du Comité général de l’exposition de 1925 et président du jury supérieur de l’exposition de 1937. Les conservateurs du musée Louis Metman et Jacques Guérin tiennent également un rôle non négligeable2. Leur action s’accompagne d’une politique d’acquisitions des œuvres exposées.

L’exposition de 1925 – longtemps attendue puisque déjà envisagée avant la Première Guerre mondiale, dans un souci de rupture avec l’Art nouveau – consacre le style Art déco, ses lignes épurées, son utilisation de la géométrie et de la symétrie, et son emploi de matières luxueuses et raffinées. Le mot d’ordre de l’exposition prône le retour à la tradition décorative française et le rejet du pastiche3. Le pavillon baptisé « Une ambassade française » réalisé par la Société des artistes décorateurs, qui tient son Salon au musée des Arts décoratifs depuis 19064, en est l’illustration parfaite. Composé d’un hall conçu par Robert Mallet-Stevens, d’un bureau-bibliothèque par Pierre Chareau, d’une salle à manger par Georges Chevalier, d’un fumoir par Francis Jourdain, d’un petit salon par Maurice Dufrêne et d’une chambre par André Groult, ce pavillon est représenté dans les collections du musée par le bureau de Chareau, la console de Raymond Subes pour le petit salon et le Chiffonnier anthropomorphe de Groult pour la chambre de l’ambassadrice.

Le musée conserve également le souvenir d’un autre édifice de l’exposition resté fameux, l’Hôtel du Collectionneur, conçu par Jacques-Émile Ruhlmann, grâce au bureau à doucine de ce dernier et à La Jeune Fille à la cruche de Joseph Bernard, donnée au musée par Metman dès 1923, et dont un autre exemplaire figure en 1925 au sein de l’Hôtel. Ces deux ensembles témoignent de l’importance de l’exposition de 1925 pour l’Union centrale qui a depuis entretenu sa mémoire par diverses acquisitions, comme le don de Jean Dubrujeaud qui permet en 1958 de faire entrer au musée une partie du mobilier du couturier et collectionneur Jacques Doucet, un des grands mécènes de l’Art déco. L’Exposition internationale de 1925 ne constitue pas qu’une consécration de l’Art déco : elle est aussi un tournant pour certains artistes qui, bien que présents, cherchent à s’émanciper de la Société des artistes décorateurs. Ils fondent peu après l’Union des artistes modernes.

1Il est également collectionneur, administrateur et homme politique

2Metman, conservateur en chef du musée entre 1898 et 1941, est présent dans la commission consultative en 1925 (Bibliothèque des Arts Décoratifs, archives, D2 / 96), avant d’être membre du comité d’organisation en 1937 et président du groupe VIII (vitrail) (Bibliothèque des Arts Décoratifs, archives, D2 / 117 et 119)  ; Guérin, conservateur en chef succédant à Metman et actif jusqu’en 1962, est rapporteur du jury du groupe IX, classe 55 (parure) en 1937 (Bibliothèque des Arts Décoratifs, archives, D2 / 116).

3Emmanuel Bréon et Philippe Rivoirard (dir.), 1925, quand l’Art déco séduit le monde, Paris, Cité de l’architecture et du patrimoine, Éditions Norma, 2013, p. 11.

4Le Salon des artistes décorateurs se déroule au pavillon de Marsan entre 1906 et 1922.

Les Arts Décoratifs, 107, rue de Rivoli, 75001 Paris
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