Jules Maciet est né à Paris en 1846. Après des études de droit et un bref passage à la galerie Durand-Ruel1, il se consacre à la mission qui l’occupera jusqu’à son décès en 1911 : fonder une collection pour instruire ses contemporains. Son premier achat a lieu très tôt, en 18652 . Les carnets dans lesquels il note une à une ses acquisitions révèlent un véritable éclectisme : peintures, bronzes, céramiques occidentales, islamiques et asiatiques, gravures et dessins, tapisseries, tapis orientaux, rien n’échappe à son œil sagace formé par des visites régulières dans les musées et dans les salles de ventes, un univers dont il est vite familier et qui peut-être l’amuse, à l’image de la caricature A Peep at Christies [Un coup d’œil chez Christie’s] de James Gillray qu’il donne à l’Union centrale en 1904. Maciet n’attend guère avant d’effectuer ses premiers dons à l’association : à partir du 8 juin 1880, et jusqu’en 1910, il lui offre plus de 2300 œuvres3 .

Raymond Koechlin, journaliste, collectionneur et donateur de l’Union centrale, affirme que la découverte de l’Union centrale par Maciet lui fut essentielle : « Au dire de ses intimes amis […] il sentait son existence vide et comme inutile ; des trésors de dévouement, insoupçonnés peut-être au fond de lui, demeuraient sans emploi ; il s’ennuyait – quand le hasard le conduisit, un jour de 1880, vers un de ces musées qu’il fréquentait si volontiers, le musée des Arts décoratifs. Les collections de l’Union centrale se cachaient alors obscurément dans une aile reculée du Palais de l’Industrie. Qu’y allait voir M. Maciet et pour quelle raison demanda-t-il à parler au conservateur, M. Gasnault ? Nous ne savons ; mais cette visite fut décisive dans sa vie4. »

La tête d’athlète antique, la jarre de Jingdezhen, la tête d’évêque médiévale, le tapis à médaillons en mandorle d’Oushak, L’Apothéose de Jean-Jacques Rousseau par Stouf, Le Singe peintre de Watteau ou la coupe Libellule de Gallé sont quelques exemples de sa générosité – éclectique tant par les techniques et les matériaux, que les provenances et les époques – qui vise à combler progressivement les lacunes des collections publiques (le musée du Louvre, le musée Carnavalet, mais aussi le musée Quentin La Tour, le musée de la tapisserie à Aubusson ou le musée des Beaux-Arts de Dijon bénéficient également de ses dons). Maciet est convaincu du rôle pédagogique que doit tenir le musée dans la société. Tout objet doit selon lui porter les règles constitutives des arts appliqués et servir de modèle. Maciet est également le président de la commission du musée des Arts décoratifs de 1895 à 1911, au moment crucial de l’aménagement du pavillon de Marsan et de l’ouverture en 1905. Il contribue alors de façon active au classement général du musée et de la bibliothèque5 . Un an après son décès, l’Union centrale lui rend hommage au sein de la Nef6.

1Raymond Koechlin, Les Donateurs du Louvre, J. Maciet, Paris, Imprimerie générale Lahure, 1912, p. 5.

2Ibid., p. 6.

3Ibid., p. 9.

4Ibid., p. 8.

5Bibliothèque des Arts Décoratifs, archives, B6 / 83 à 89.

6Exposition «  Dons de Jules Maciet aux musées de France  », du 13 au 28 avril 1912.

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