Selon Mathey, seul le souffle créateur importe, quels que soient la matière et l’auteur de l’objet. Il profite de l’exposition consacrée à Fernand Léger pour énoncer sa vision en ces termes : « il faut extirper certaines idées abusives, anciennes et paresseusement entretenues et notamment ce terme commode d’art décoratif dépourvu de sens actuel, qui est même une tromperie. Il y a l’art, qui ne s’embarrasse pas de qualificatifs […]. Pour avoir confondu le sentiment louable du décor et le goût décoratif, nous avons rompu avec la vie1 ». Ce sentiment du décor, il s’attache à le révéler autant dans la photographie2 , que dans l’architecture3 , la bande-dessinée4 , la broderie5 , et même dans les objets artistiques en sucre fabriqués en Amérique latine6 . Sa volonté de remise en cause amène Mathey à interroger, parmi les premiers, l’art du XIXe siècle, encore qualifié de « pompier », au cours de l’exposition « Équivoques. Peintures françaises du XIXe siècle », en 1973. Cherchant à redécouvrir certains artistes tombés dans l’oubli et à démontrer l’infondé de certaines renommées, il participe à la réhabilitation de la période avant la création du musée d’Orsay. On ne peut également dissocier l’action du conservateur du vaste mouvement de promotion et de reconnaissance des métiers d’art. Avec le soutien du Centre national d’information et de documentation des métiers de l’art (CNIDMA) mis en place sous le président Valéry Giscard d’Estaing et hébergé par l’UCAD, il organise deux expositions identitaires et fondatrices pour le secteur : « Artiste, artisan ? » en 1977 et « Les métiers de l’art » en 1980.

Pendant « les années Mathey », l’Union centrale développe également son organisation et documente tous les champs de la création : le département des papiers peints est créé en 1967, le cabinet des arts graphiques en 1974, le département des jouets en 1975, le musée de l’Affiche en 1978, le Centre du verre en 1982 et le Centre de création industrielle en 1969, bien que ce dernier ait un statut et une histoire propres. Elle prépare également l’ouverture du musée des Arts de la mode en 1986. L’Union, plus que toute autre institution muséale, par sa nature associative, est redevable aux amateurs et aux donateurs de la diversité de ses collections : Mathey leur rend hommage d’abord en 1974 avec l’exposition « Ils collectionnent », puis en 1979 avec « Ils donnent : dix ans de donations ».

1François Mathey, «  Fernand Léger et l’art dit décoratif  », Jardins des arts, n° 20, juin 1956, cité dans Gilardet, 2014, p. 162.

2«  Henri Cartier-Bresson. Photographies 1930/1955  », 1955.

3«  Oscar Niemeyer : textes et dessins pour Brasilia  », 1965.

4«  Bande dessinée et figuration narrative  », 1967.

5«  Broderie au passé et au présent  », 1977.

6«  Sucre d’art  », 1978.

Les Arts Décoratifs, 107, rue de Rivoli, 75001 Paris
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