Une brève revue de la presse contemporaine permet d’appréhender l’enthousiasme qui accompagne l’inauguration du musée. Y transparaissent les débats soulevés par le classement, l’admiration pour les travaux de Redon et la découverte de la richesse des collections, notamment les boiseries, les dessins d’ornements et les pièces islamiques et extrême-orientales qui suscitent des commentaires élogieux.

H.E., « Le musée des Arts décoratifs », Le Siècle, 30 mai 1905, p. 2 : « M. le président de la République et Mme Loubet ont consacré l’inauguration de cette collection merveilleuse, disposée dans le plus somptueux et le plus clair local qu’il soit possible de rencontrer. M. Redon, architecte, a réalisé des prodiges en aménageant ce pavillon, jusqu’ici inutilisable. Une nef imposante, éclairée sur la rue de Rivoli et les Tuileries. Les bas-côtés qui ont trois étages, s’ouvrent eux-mêmes par des loggias sur la nef centrale et se divisent en de très nombreuses salles, qui regorgent de richesses incomparables, de tous styles et de toutes provenances. Art ancien, art moderne, ouvrages d’art, tapisseries, bijoux, dentelles, ameublements, tableaux et sculptures, contribuent à former un prodigieux musée d’enseignement. […] Si les yeux sont las d’admirer les objets offerts à leur examen, ils éprouvent une délicieuse diversion à se reposer sur la superbe perspective de la rue de Rivoli, des Tuileries et des Champs-Élysées, qui se déroule au-delà des fenêtres du pavillon de Marsan, décor mouvant et verdoyant, habilement ménagé par les organisateurs du musée. »

Raymond Koechlin, « Le musée des Arts décoratifs et la collection Peyre au pavillon de Marsan », La Revue de l’art ancien et moderne, 10 juin 1905, t. XXVII, p. 430 : « Ses organisateurs ont prétendu plus simplement rassembler des séries qui jusqu’ici avaient été quelque peu négligées à Paris, et, sans faire aux musées une vaine concurrence, ils ont cherché à les compléter en quelque sorte ; ni les boiseries, ni les étoffes, ni les porcelaines, ni les tapisseries gothiques, ni les arts de l’Orient et de l’Extrême-Orient, n’étaient représentés dignement dans les collections publiques de Paris, quand celle [la collection] des Arts décoratifs a commencé à se former, et surtout elles s’arrêtaient toutes à la fin du XVIIIe siècle, laissant de côté l’art moderne dans ses manifestations autres que la peinture et la sculpture. C’était là un champ assez vaste pour qui voulait l’exploiter, d’autant que certaines des séries frappées d’exclusion étaient parmi les plus importantes de l’art français, de celles qui ont assuré sa suprématie en Europe dans les derniers siècles et que les ouvriers contemporains auraient le plus grand intérêt à bien connaître pour diriger sûrement leur effort. »

Auguste Marguillier, « Musées et collections », Mercure de France, 1er août 1905, p. 460 : « Il ne reste plus qu’à souhaiter voir nos ouvriers d’art prendre souvent le chemin du pavillon de Marsan pour demander aux merveilles du passé le secret de leur beauté de formes et de couleurs. L’enseignement serait plus parfaitement perçu et plus fructueux encore, croyons-nous, si par endroits (que le distingué et zélé conservateur du musée nous permette ce vœu) un classement plus strictement logique, très compatible avec la présentation pleine de goût cherchée et réalisée, mettait davantage en valeur cette leçon de choses. »

Les Arts Décoratifs, 107, rue de Rivoli, 75001 Paris
tél. : +33 (0)1 44 55 57 50