Présentation

A l’invitation des Arts Décoratifs, Stefan Sagmeister, prend possession des espaces de la publicité, ayant carte blanche pour exposer son travail, comme il a pu le faire au MUDAC (Musée du Design et d’Arts Appliqués) de Lausanne. Autrichien installé depuis 17 ans à New York, il est l’un des graphistes les plus originaux de sa génération. Il a choisi de présenter ses travaux de commande des sept dernières années pour démontrer qu’il n’y a pas de frontières entre le graphisme dit « culturel » et le monde commercial. Dans une scénographie qu’il a confiée aux Big Game, l’exposition met également en lumière la très large variété d’écriture de Sagmeister qui use de toutes les techniques, de tous les genres : technologie, dessins intimistes ou gigantesques installations illustrent pochettes de disques, catalogues commerciaux, catalogues d’expositions, affiches, identités visuelles, logo…

Né en 1962, diplômé de l’Ecole des Arts Appliqués de Vienne et du Pratt Institute de New York, Stefan Sagmeister intègre en 1993 le célèbre studio de Tibor Kalman. Six mois plus tard, il ouvre son propre studio Sagmeister Inc. et collabore avec différents groupes musicaux dont les Talking Heads pour lesquels il conçoit, en 2003, le coffret de leur album « Once in a lifetime ». Cette commande, couronnée par un premier Grammy Award, sera suivie par de nombreuses autres : Lou Reed, les Rolling Stones, David Byrn et Brian Eno, lui confieront la réalisation de pochettes de leur CD. Parallèlement, il répond à des commandes pour de grandes entreprises et des institutions. Il imagine par exemple un logiciel capable de faire évoluer le logo et l’identité visuelle de la Casa da Musica de Porto en 2007. Il réalise, trois compagnes de publicité Levi’s dont un panneau d’affichage installé en 2010 sur un immeuble new yorkais. Le slogan peint sur un système d’engrenages en mouvement, se décompose et se recompose. Pour la société BMW, il conçoit en 2010 un livre à roulettes, télécommandé, sur les activités culturelles de l’entreprise illustrant l’idée que « la culture avance ». Il invente, pour la banque Standar Chartered, des typographies à partir d’installations de toutes sortes, en différents endroits du monde…

S’il refuse à se limiter à une seule et même écriture graphique qui le scléroserait dans des systèmes établis, son travail se définit par la récurrence d’un subtil mélange entre art appliqué et beaux-arts, entre « fait main » et utilisation des nouvelles technologies.

Dans tous les cas, Sagmeister joue, souvent avec humour, ironie et parfois même avec une certaine violence, des différentes couches de significations : « J’aime les codes et les langages secrets que le public a généralement un vrai plaisir à déchiffrer ». A l’heure où l’art et le design semblent partager beaucoup de points communs, le graphiste rappelle ici que son ancrage dans le monde commercial est une réalité qu’il est capable, à la différence de beaucoup d’autres, d’intégrer à sa démarche réflexive et décalée. Tout comme certains artistes autrichiens, Stefan Sagmeister fait de la critique un mode opératoire, que l’on pense à Thomas Bernhard, Herman Nitsch ou Otto Muehl et la manière dont ces derniers questionnent sans cesse le contexte dans lequel ils évoluent. En témoigne, son travail sur le corps hérité de l’art de la performance et de l’Actionnisme viennois des années 1960-1970 et qu’il emploie fréquemment. Pour l’affiche GGG-DDD (2003) qui fait la promotion de deux expositions personnelles au Japon, il parodie le comparatif classique avant/après. L’image du haut représente le designer en slip pesant 81 kilos alors que celle du bas le montre une semaine plus tard, ayant pris plus de 11 kilos après avoir consommé tous les articles présentés sur l’image. La déconstruction ou la déperdition est également à l’œuvre dans plusieurs propositions. Pour une installation chez Dietch Project, il compose un slogan déclamatoire « Self-confidence produces fine results » (la confiance en soi donne de bons résultats) avec une mosaïque de dix mille bananes vertes et jaunes qui sont amenées à pourrir au cours de l’exposition, rendant ainsi le message de plus en plus illisible.

L’artiste décortique ainsi les contraintes que la société de consommation impose à son travail. Il en fait aussi part lors de conférences qu’il anime comme de véritables shows et qui participent très largement à son succès.

L’exposition conçue pour le Mudac de Lausanne est accueillie aux Arts Décoratifs dans son intégralité à laquelle s’ajoutent ses travaux les plus récents dont l’identité visuelle d’un centre commercial aux Emirats. Il a choisi de présenter uniquement ses travaux de commande - par opposition aux créations libres - tous articulés autour du thème de la vente ou de la promotion d’un produit. Divisée en quatre parties, elle reflète les typologies que Stefan Sagmeister distingue dans son travail : Selling culture, Selling corporations, Selling friends, Selling myself. Ce parti pris se fonde sur le constat que Sagmeister fait de la distinction très nette entre le monde du graphisme dit « culturel » et celui du monde commercial qui règne en Europe. « Notre studio s’intéresse aux deux domaines car cette vision quelque peu manichéenne –la culture, c’est bien, le commerce non- n’existe pas aux Etats-Unis » dit-il.

Pour conserver la distance nécessaire par rapport à son engagement professionnel, Stefan Sagmeister prend une année sabbatique tous les 7 ans. Afin de rester fidèle à ce principe il a préféré renoncer à la commande faite par Barak Obama pour la conception de son affiche de campagne en 2007.

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