Présentation

Les Arts Décoratifs possèdent dans les collections du musée de la Publicité un fonds incomparable d’affiches étrangères allant des Etats Unis au Japon en passant par les pays d’Europe (Belgique, Suisse, Italie, Espagne, Allemagne, Autriche ou Angleterre). Les Arts Décoratifs proposent pour la première fois un panorama de ce fonds. A travers 200 chefs-d’œuvre depuis la fin du XIXe siècle et l’Art nouveau jusqu’à nos jours. Les plus grands noms sont représentés : Gustave Klimt, les frères Beggarstaffs, Peter Behrens, Henry Van de Velde, l’Ecole Polonaise ou encore le Push Pin Studio aux États-Unis.

Ce fonds unique est le reflet de la passion des collectionneurs pour l’art de l’affiche qui prend son essor lors de la seconde moitié du XIXe siècle dans les pays industrialisés. L’affichomane d’alors ne se cantonne pas aux artistes français et recherche ardemment les signatures étrangères. Les « estampes commerciales » provenant du monde entier intègrent ainsi les collections dès l’origine de l’institution. Grâce à de nombreux dons et legs, dont le plus important est celui de Roger Braun en 1941, plusieurs centaines d’affiches enrichissent le fonds du musée. Toujours attentif à l’évolution de la publicité et de ses modes graphiques, le musée poursuit parallèlement ses acquisitions en s’adressant directement aux professionnels : annonceurs, agences et artistes.

Cette exposition d’affiches publicitaires étrangères reflète le parcours accidenté de l’histoire de la publicité et plus particulièrement des arts graphiques, qui se développent de façon diverse selon les pays et les époques.

A la fin du XIXe siècle l’art de l’affiche se diffuse dans les pays européens depuis Paris et Londres où se trouvent les grandes imprimeries d’affiches artistiques que dirigent des créateurs comme Jules Chéret. Les affichistes espagnols, suisses, néerlandais, belges ou italiens viennent y faire leur apprentissage avant de regagner leur patrie pour y mettre en pratique les techniques et les formes d’art acquises.

La Belgique, la Suisse, l’Angleterre ont une production très importante et constante tout au long du siècle. Le musée possède une collection d’une très grande richesse permettant de retracer l’origine de la publicité pour chacune de ces nations. A titre d’exemple, la production exceptionnelle des affiches belges parfaitement représentée marquée par l’Art nouveau et le symbolisme puise ces sources dans l’œuvre de Chéret, dont le groupe des XX a initié une importante rétrospective à Bruxelles en 1891. C’est le début d’un art qui n’aura de cesse de se renouveler, plaçant l’affiche belge à l’avant-garde de l’art graphique européen. Au cours du XXe siècle on peut citer des affichistes comme Armand Rassenfosse, Privat-Livemont, puis dans les années 1950 Léo Marfurt, André Pasture, et les grandes figures du renouveau du graphisme belge avec Folon, Alechinsky et Jacques Richez dans les années 1970.

Le musée possède également un fonds exemplaire d’affiches américaines. Aux Etats-Unis, où la publicité prend d’emblée des proportions hyperboliques, efficacité rime avec immensité, l’affiche étant essentiellement typographique ou illustrée de gravures sur bois. Parallèlement l’affiche artistique se développe grâce aux éditeurs de revues, qui passent leurs commandes en France, à Eugène Grasset en particulier. Sous leur impulsion s’esquisse un renouveau avec des artistes comme Edward Penfield qui tire ses sujets de la vie quotidienne, traçant un portrait sympathique de la société américaine, ou Louis Rhead adepte des théories de l’Art nouveau. Les Américains élaborent leur propre style jusqu’à donner peu à peu un visage nouveau à l’affiche.

Les années 1960 se distinguent par les travaux des artistes du mythique Push Pin Studio, fondé en 1954 par Seymour Chwast, Milton Glaser, Reynold Ruffins et Edward Sorel. Illustrateurs, graphistes, directeurs artistiques, ils couvrent tous les domaines du design graphique, apportant par leur anti-conformisme vigueur et fraîcheur.

De nombreux artistes adhèrent successivement au Push Pin Studio, dont Paul Davis, contribuant à l’affirmation d’un style global qui connaît sa consécration internationale avec l’exposition « Push Pin Style » en 1970, au musée des Arts décoratifs à Paris.

L’exposition évoque quelques campagnes cultes comme celle de Bill Bernbach, fondateur de l’agence DDB, pour Levy’s Bread, en 1970 qui, par une série de portraits symbolise les composantes de la société américaine.

Les collections reflètent aussi l’âge d’or du graphisme de pays comme la Pologne et la Suisse, dont les mouvements et écoles après la Seconde Guerre mondiale ont eu un rayonnement considérable.

Les années 1950, correspondent à l’émergence de l’Ecole Polonaise de l’Affiche. Les artistes, Henryk Tomaszewski, Jan Lenica, Tadeusz Trepkowski, Waldemar Swierzy, Jan Mlodozeniec, Franciszek Starowieyski, Andrzej Pagowski s’affranchissent alors de tous les codes. Leurs affiches intriguent, troublent. Les relations entre le contenu et la forme, couleur et composition, confèrent à l’affiche polonaise une identité propre au point de devenir un phénomène de l’art mondial de l’affiche.

Le Style International Suisse, tout aussi présent, trouve ses racines dans les années 1930 et perpétue les enseignements de l’Ecole de Zurich. Les affiches se caractérisent par la précision des détails, l’emploi de la typographie tout en simplicité et en efficacité visuelle des compositions dépouillées, éloignées de toute ornementation. Ce style international répond aux besoins nouveaux d’une société d’après-guerre en pleine mutation, qui découvre la consommation de masse. Müller-Brockmann, Donald Brun ou Herbert Leupin en sont les principaux représentants.

D’autres pays, comme l’Espagne, sont représentés à travers les liens qu’entretiennent les affiches avec un aspect de leur histoire comme la guerre et la propagande. La guerre d’Espagne (1936-1939) suscite ainsi une guerre des images intense. Certains graphistes tels que Rafel Tona, Bofarull, Benages engagés pour défendre la République ont su utiliser l’art de l’affiche comme moyen efficace d’expression. Ils s’organisent en syndicats, affiliés à l’Union General de Trabajadores afin de mettre leur talent au service de la révolution.

Arrivée plus tardivement dans le concert publicitaire pour des raisons économiques et politiques, l’Italie (dont l’unité s’achève en 1924) s’illustre plutôt par une production liée aux domaines artistiques comme les affiches de théâtre lyrique issues de la grande imprimerie milanaise « l’Officine Ricordi », ou à travers les affiches de la revue Emporium, qui diffuse l’art nouveau italien. Mais l’Italie compte aussi certains des plus importants affichistes représenté par leurs plus belles œuvres dans les collections : La Tosca d’Hohenstein, le chef d’œuvre de Metlicovitz pour l’inauguration du tunnel du Simplon, Dudovich puis Sepo et enfin l’agence de publicité italienne internationale Armando Testa fondée par le graphiste italien en 1956, dont la créativité peu conventionnelle (Café Lavazza) est marquée par un grand grand sens de l’humour (Esselunga).

Aux côtés de ces productions on pourrait également citer celles du Japon, de la Russie, de la Chine, de la Tchécoslovaquie, de l’Iran, de la Suède, du Danemark, de l’Autriche, du Venezuela dont le musée possède aussi quelques uns des plus beaux joyaux.

Face à ces affiches anciennes, les affiches contemporaines, soulèvent la question de l’identité nationale. L’affiche commerciale est aujourd’hui le reflet de la globalisation de la société, laissant à l’affiche culturelle l’expression nationale. Les affiches de théâtres, de concert, de grands événements comme les expositions universelles, les jeux Olympiques, sont devenus les supports à travers lesquels communiquent les nations.

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