Présentation

Par Agnès Callu, avec Hélène Andrieux et Pauline Juppin

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Clé de linteau, Nicolas Pineau (1684-1754) France, XVIIIe siècle [2e quart]
Sanguine
Don collectif, ancienne collection Biais, 1908
Inv. 29116 B
© Les Arts Décoratifs

Architecte et sculpteur, Nicolas Pineau (1684-1754) exprime dans la première moitié du XVIIIe siècle un savoir-faire remarquable dans l’art de l’ornement, contribuant largement à la définition des lignes du style rocaille né en France sous la Régence (1715-1723). Un nouveau répertoire artistique éclot, où s’épanouissent le goût du mouvement et la préciosité des formes.

Membre d’une dynastie d’artistes s’étendant sur quatre générations, Nicolas Pineau est le principal artisan de la renommée familiale. Disciple en architecture de Jules Hardouin-Mansart et de Germain Boffrand, il suit les cours de l’Académie de Saint-Luc et bénéficie des enseignements du sculpteur Antoine Coysevox. Son talent est tel qu’il se fait, en 1716, l’un des principaux ambassadeurs du style français auprès du tsar à Saint-Pétersbourg : il réalise, en particulier, les lambris de bois sculpté du Cabinet de Pierre Le Grand au Palais de Peterhof. À son retour en France dix ans plus tard, il s’impose en force dans la décoration d’intérieurs, autour du « contraste dans l’ornement ». Aristocrates et financiers récemment enrichis se disputent la virtuosité de l’artiste qui multiplie les projets pour des hôtels particuliers et des châteaux en province. Mêlant l’élégance à la fantaisie, Nicolas Pineau rompt la linéarité des panneaux de porte et des lambris par des compositions sinueuses, où les enroulements de la rocaille se complètent de motifs végétaux sculptés. Les feuillages asymétriques, comme les ondulations du monde aquatique, s’invitent sur les clés de linteau, les cadres de miroir et les piétements des consoles. Ce foisonnement des courbes s’avère toutefois savamment maîtrisé par une justesse dans les proportions et le respect de l’équilibre dans l’agencement des formes.

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Elévation en coupe d’une église à coupole, Nicolas Pineau (1684-1754), France, XVIIIe siècle
Plume, encre brune et lavis
Don collectif, ancienne collection Biais, 1908
Inv. CD 1563
© Les Arts Décoratifs

Une vingtaine de dessins ont été sélectionnés parmi le très riche corpus d’études de Nicolas Pineau et de son fils Dominique conservé par le Cabinet des Dessins du musée des Arts décoratifs (quelque 500 pièces en totalité). Ils appartiennent pour la plupart à l’ancienne collection d’Emile Biais (1850-1932), archiviste et bibliophile angoumoisin qui retrace en 1892 dans Les Pineau, sculpteurs, dessinateurs des bâtiments du Roy, graveurs, architectes, 1652-1886, l’histoire de cette remarquable famille d’artistes. Son travail s’appuie sur de nombreux dessins, pièces d’archives, correspondances et inventaires qu’il consulte ou acquiert. Le nom d’Emile Biais est étroitement lié, au musée des Arts décoratifs, à celui des Pineau : en 1908, un collectif de mécènes composé, entre autres, de Jacques Doucet, Maurice Fenaille, Raymond Koechlin ou Jules Maciet, permet l’acquisition par l’Union centrale des Arts décoratifs de 391 œuvres issues de son importante collection. Celles-ci viennent enrichir le fonds déjà amorcé grâce aux ventes de la fin du 19e siècle, formant ainsi une des collections de dessins de Nicolas Pineau les plus considérables au monde, avec l’ensemble conservé au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg.

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Partie supérieure d’un panneau sculpté, Nicolas Pineau (1684-1754), France, XVIIIe siècle
Mine de plomb
Achat, vente Pichon, 1897
Inv. 8545.36
© Les Arts Décoratifs

Gilles-Marie Oppenord (1672-1742), contemporain de Nicolas Pineau, et comme lui élève de Hardouin-Mansart, participe également à l’affirmation du style rocaille par d’importantes collaborations dans les domaines de la décoration et de l’architecture, où il laisse transparaître sa sensibilité aux influences baroques italiennes. L’ornement s’immisce dans son œuvre avec légèreté et pondération, des lambris aux élévations architecturales : deux projets exposés, extraits des collections du musée des Arts décoratifs, le révèlent.

Délicatement esquissées à la plume ou au crayon, ces dessins témoignent de la mise en place d’un vocabulaire esthétique renouvelé, en accord avec la libéralisation intellectuelle et morale d’une élite en quête de légèreté. En rupture avec l’austère classicisme de la fin du règne de Louis XIV, ils dévoilent, tant dans la conception des intérieurs que dans l’élaboration des façades, l’originalité d’un style devenu référence.

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