Projet d’Achille Duchêne pour le jar­din. Dessin au crayon, s.d. Paris, musée des Arts déco­ra­tifs, fonds Duchêne. Inv. CD 3027.39 © Les Arts Décoratifs, Paris

Le jardin et les communs

Le jardin

Pour la création de son jardin, Moïse de Camondo s’adresse à Achille Duchêne, architecte paysagiste attitré de la haute société depuis la fin du XIXe siècle. D’après les livres de correspondance, plusieurs rendez-vous ont lieu à partir d’avril 1912. Duchêne remet plans et devis en juin. Conservé au musée des Arts décoratifs, un projet dessiné au crayon noir compte sans doute parmi ses premières propositions [1]. Les principes de base sont déjà adoptés : jardin à la française près de l’hôtel et jardin à l’anglaise en bordure du parc Monceau.

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Le treillage surélevé en 1929, restauré en 2003
© Les Arts Décoratifs, Paris

Duchêne sous-traite la réfection du jardin avec M. Collin, entrepreneur paysagiste. Il propose aussi plusieurs croquis pour un « treillage artistique » qui est exécuté par le décorateur E. Bocquet au printemps 1913 [2]. Les travaux de « terrassement pour la transformation du jardin » commencent dès l’automne 1912 [3]. Des canalisations pour l’arrosage sont posées par Kula [4].

L’exigence de Moïse de Camondo dans le suivi des travaux transparaît là encore. Il s’en explique auprès des collaborateurs de Duchêne, car Mr Collin en a pris ombrage : « […] je viens vous dire que Mr Collin a mal interprété ce que je lui ai dit hier. Je lui ai, simplement, manifesté mon étonnement de n’avoir pas vu une seule fois, (aux rendez-vous habituels) Monsieur Duchêne surveiller les travaux de son entrepreneur, ce qui nous eut permis d’échanger nos impressions sur le résultat qui, pour ma part, ne m’enthousiasme pas du tout. Nous avons donc, Monsieur Sergent et moi, demandé à Mr Collin de prévenir Monsieur Duchêne que nous désirions le voir au plus prochain rendez-vous sur place [5] . »

Au cours du printemps 1913, un nouveau devis est accepté pour « l’établissement de deux parterres de couleurs sur la terrasse, plantation de buis au pied du mur de la terrasse et fourniture complémentaire d’arbres [6] ». Les buis sont plantés dès le mois de juin, mais les arbres attendront. Tédeschi en avertit Duchêne : « J’ai vu Monsieur Collin qui se proposait de planter de suite les douze troènes. Le Comte, à qui j’en ai parlé, est tout à fait d’avis, la saison étant très avancée, de ne le faire qu’à l’automne prochain, ce dont j’avise Mr Collin [7]. »

Comme l’attestent les factures du jardinier, une tondeuse à gazon est achetée et les parterres sont dès lors abondamment fleuris.

Les communs

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La remise aux automobiles
© Les Arts Décoratifs, Paris / photo : Luc Boegly

Homme moderne et amateur « d’automobilisme », Moïse de Camondo a prévu d’affecter l’aile gauche des communs à l’emplacement et l’entretien de ses voitures. Lors de son installation, un landaulet, une limousine Renault, un coupé, un double phaéton et une limousine Panhard prennent place dans la remise aux automobiles qui leur est réservée [8].

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Le revêtement mural des écuries (détail)
© Les Arts Décoratifs, Paris

Mais les chevaux font encore partie de la vie quotidienne et sont omniprésents dans le paysage parisien, du moins jusqu’en 1914. L’aile droite des communs abrite donc une salle de pansage et une écurie accueillant neuf chevaux d’attelage et de selle, aménagée par les établissements Mouton H. Oranger. Les boxes sont délimités par des poteaux en fonte, les cloisons et les portes se composent d’un lambris en chêne surmonté de barreaux en fer forgé. Des lambris similaires recouvrent tous les murs, du sol jusqu’aux mangeoires. Au-dessus, le revêtement mural est en carreaux blancs de faïence de Longwy ornés de deux frises bleues . Le plafond est en voûtes de briques. Les palefreniers Arthur et Robert prennent soin des chevaux dénommés Gisbon, Jumbo, Destrie, Sultan, Nigro, Pataud et Togo qui semblent suivre leurs cavaliers dans leurs déplacements et villégiatures [9]. Des plaques de fonte émaillées aux noms des chevaux, du modèle dit « jarretière » en deux tons de bleus et rehaussé d’or, sont placées au-dessus des râteliers.

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Plaque d’écurie en fonte émaillée, au nom du cheval Gisbon
Documentation du musée Nissim de Camondo
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris

Celle de Gisbon nous est parvenue dans son intégrité, dernier témoin de ce lieu en grande partie détruit [10].

Enfin, dans l’aile gauche des communs, à côté de la remise aux automobiles, se trouve une sellerie aux murs lambrissés pour mieux préserver les cuirs de l’humidité. C’est là qu’étaient exposés les harnais et les selles de prix [11].

Durant le printemps 1914, plusieurs réceptions réunissent amis et connaissances dans le nouvel hôtel du comte Moïse de Camondo. Des buffets fleuris sont dressés, petits fours et sandwiches sont commandés, la terrasse est ornée de géraniums et bégonias. Il est vrai que le lieu s’y prête, malgré la fragilité des œuvres d’art qui y sont présentées – une préoccupation constante pour le maître de maison.

La guerre éclate début août alors qu’acomptes d’honoraires et règlements définitifs des travaux sont en cours. L’entreprise Michau et Douane, sans doute dépassée par le niveau d’exigence du comte « et les aléas de toute sorte qu’entraîne la construction à forfait d’un hôtel de cette importance qui ne devrait être exécuté qu’au métré », déplore le fait que « tous [ses] métreurs étant partis aux armées, il [leur] est impossible d’examiner le détail du règlement et de redresser les erreurs […] qui peuvent s’y être glissées [12]… » Baguès argumente sa demande de règlement : « étant donné les circonstances actuelles […] les rentrées étant excessivement difficiles par suite de l’absence de la presque totalité de notre clientèle à Paris, il nous est impossible de faire rentrer des fonds [13]. » Quant à Sergent, il accuse réception d’un chèque d’honoraires en remerciant Moïse de Camondo chaleureusement « car en ce moment l’argent est très rare et on en a plus besoin que jamais pour pouvoir garder ouverts ses bureaux [14] ».

Le lieutenant Nissim de Camondo sur les marches de l'escalier menant au jardin, lors de sa dernière permission en juillet 1917

Jusqu’à son décès en 1927, il s’occupe de l’entretien et des transformations de l’hôtel. Ses associés L. Fagen et R. Bétourné prennent sa suite au sein d’un Cabinet Sergent auquel Moïse de Camondo continue de s’adresser. À la réception d’un ouvrage commémoratif sur l’architecte paru en 1931, le comte le remercie en ces termes : « Monsieur Sergent était un artiste, le digne successeur des grands architectes des XVII et XVIIIe siècles et l’hôtel qu’il m’a construit, à mon entière satisfaction, a eu le plus grand succès [15]. »

[1] Musée des Arts décoratifs, département Arts graphiques, inv. CD 3027.39.

[2] Devis et mémoires de travaux. AMNC. LM63.15.36.

[3] Acompte sur travaux. AMNC. LM63.15.31.

[4] Correspondance, 14 septembre 1912. AMNC. LM63.15.31.

[5] Correspondance, 12 décembre 1912. AMNC. LC35, p. 168.

[6] Devis n° 4, le 2 mai 1913. AMNC. LM63.15.31.

[7] Correspondance, 17 mai 1913. AMNC. LC35, p. 317.

[8] Rénovée en 2003, des sondages ont permis de retrouver la couleur gris-vert d’origine des piliers et des poutres en fonte ainsi que le double filet brun rouge des caissons du plafond.

[9] Jusqu’en 1924, les factures concernant l’entretien et les soins donnés aux chevaux sont établies à Paris et à Aumont suivant les saisons.

[10] Cependant, les traces des lambris demeurent visibles, et les voûtes de briques du plafond ont été peintes.

[11] Restaurée en 2003.

[12] Correspondance du 3 octobre 1914. AMNC. LM63.3.3. François Loyer, « Un hôtel dans le goût du XVIIIe siècle », Marie-Noël de Gary (dir.), Musée Nissim de Camondo, op. cit., p. 297, note 47.

[13] Correspondance, le 29 octobre 1914. AMNC. LM63.15.32.

[14] Correspondance, le 24 février 1915. AMNC. LM63.2.

[15] Le 13 mai 1932, Moïse de Camondo à Mme Sergent. AMNC. LC42.

Pratique

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63, rue de Monceau
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Bus : 30, 94, 84
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Uhlan (cavalier allemand armé d’une lance) de la Première Guerre mondiale
© DR

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