Le grand salon, musée Nissim de Camondo, 2013 © Les Arts Décoratifs, Paris

La construction et l'aménagement intérieur de l'hôtel

Le gros œuvre

Le chantier démarre dès l’acceptation des plans de René Sergent. Le 25 novembre 1910, le marché de démolition de l’hôtel Violet est signé avec M. Antoine Loubeyre qui achète les matériaux récupérables [1].

Jusqu’à l’installation du comte de Camondo, les appels d’offre se succèdent et font l’objet de nombreuses tractations. Ainsi, alors qu’il visite l’Écosse en août 1911, Tédeschi, chargé des négociations avec les entreprises, lui annonce : « Voici le jaune d’un mot que j’adresse à M. Sergent pour lui remettre le document que “je crois” être, enfin, le “Permis de reconstruire”. Il me dira si c’est bien cela. […] j’ai terminé ce matin avec la maison Deschamps pour la couverture à 15 000, au lieu des 16 000 demandés. J’en informe M. Sergent pour qu’il prépare le nécessaire [2]. »

Après le terrassement, le permis de construire obtenu le 1er juin 1911 [3] marque le début des travaux de gros œuvre. Dès lors, le chantier est minutieusement suivi par Moïse de Camondo qui se rend sur place très fréquemment. Il convoque, exige, rectifie et veille au moindre détail. Telle son ombre portée, Tédeschi note et rapporte tout avec précision et se fait l’écho des décisions prises.

Le renforcement des murs de la cave à vin conservée du côté de la façade ouest est effectué par l’entreprise Plaudet [4]. Pour ce faire, on utilise le béton armé à la technique maîtrisée depuis peu. Il sert aussi en partie à la construction proprement dite dont le marché, le plus élevé de tous, est remporté par l’entreprise de Travaux publics et particuliers Michau et Douane. Fondations, élévations et ravalements des façades, niveaux, cheminées, escaliers, voûtes et corniches, mais aussi conduits des filtres et maçonnerie des batteries, lui sont confiés. Malheureusement, les devis détaillés ne nous sont pas parvenus, seuls quatre « marchés à forfait » fournissent quelques précisions. On apprend ainsi que les murs et les voûtes des vestibules, des galeries et de l’escalier d’honneur sont réalisés en pierre de Tercé extraite d’une carrière située dans la Vienne.

Mais les travaux n’avancent pas assez vite. Moïse de Camondo s’en plaint et reçoit de la part de Michau et Douane l’assurance « qu’ils doubleront les équipes de manière à imprimer le maximum d’activité à [sa] construction pour rattraper, dans la mesure du possible, le temps perdu [5] ». Les maçons hissent le drapeau final du chantier fin septembre 1912 [6].

Concomitamment, sont réalisés les travaux de canalisation en ciment et ceux de tout-à-l’égout [7].

Les charpentes en bois des combles et les faux planchers [8] sont achevés en février 1912. L’entreprise Ravier frères qui exécute ces travaux est également chargée de construire les escaliers provisoires pour accéder aux différents niveaux. Elle réalise aussi les escaliers de service et est présente sur le chantier jusqu’en mars 1913 pour effectuer des modifications, et, au besoin, des maquettes de préfiguration [9].

Sont ensuite posées la couverture en zinc [10] de l’hôtel pendant l’été et l’automne [11] ainsi que les huisseries extérieures et les bâtis des ouvertures intérieures [12].

On peut donc penser que le gros œuvre est achevé à la fin de l’année 1912. Le temps presse en effet. Moïse de Camondo écrit à René Sergent : « Veuillez bien, par un ordre de service auquel je vous prie de tenir la main, en informer tous vos entrepreneurs afin que les travaux soient poussés très activement. Il faut absolument, en effet, qu’à la date du 1er juillet 1913 mon nouvel hôtel soit complètement achevé pour que je puisse y emménager [13]. »

L’installation du confort

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Fig. 5 : Stérilisateur à eau commercialisé par la société Lacarrière, installé dans la cuisine et les offices
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris

Le comte désire que son hôtel bénéficie de toutes les installations nécessaires au bon fonctionnement du service domestique et au confort quotidien : éclairage électrique, chauffage central, eau courante et stérilisée (fig. 5), ascenseurs, système de nettoyage par le vide, cuisine fonctionnelle et salles de bains hygiéniques. C’est vraiment dans ce domaine que transparaît son goût de la modernité.

Ayant auparavant aménagé de luxueux hôtels de voyageurs, René Sergent est au fait des dernières innovations en matière d’hygiène et de confort et possède donc les meilleures compétences.

Hormis le charbon utilisé pour le chauffage et la cuisson des aliments, toutes les autres sources d’énergie sont distribuées par réseaux : l’eau, le gaz et le téléphone, par la Ville de Paris ou par l’État ; l’électricité pour l’éclairage, et l’air comprimé pour les ascenseurs, par des compagnies privées. Sur place, l’énergie nécessaire aux services des sonneries et du téléphone provient de piles Leclanché montées en batterie dans des placards du sous-sol.

La circulation de ces fluides par câbles, tuyaux et gaines assure le confort de façon discrète. C’est le cas du chauffage : un réseau de gaines maçonnées dans l’épaisseur des murs permet de distribuer au sol, par 35 bouches de soufflage à grille réglable, l’air chaud filtré et pulsé du calorifère. Des radiateurs installés dans les espaces de service complètent ce dispositif. Ce système de chauffage à vapeur à basse pression et la distribution de l’eau chaude font l’objet d’un devis descriptif extrêmement détaillé [14]. Commencée dès l’été 1912, l’installation était censée être opérationnelle pour l’hiver suivant, ce qui ne semble pas être le cas. Moïse de Camondo s’en indigne auprès de René Sergent : « Mr Tédeschi a vu Mr Godeberge qui prétend que tout marche normalement, alors que je constate que L’ON NE CHAUFFE PAS. Depuis six semaines, suivant les promesses de Mr Godeberge, mon immeuble devait être chauffé par le calorifère. […] J’EXIGE que la maison soit chauffée [15]. »

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Fig. 6 : L’ascenseur privé dessert le rez-de-chaussée haut et le 1er étage
© Photo Régine Soulier

D’après la correspondance conservée, il semble que les déconvenues soient nombreuses : malfaçons, retards, matériel défectueux… Un expert est nommé pour surveiller les réparations. Effectivement, elles semblent nécessaires d’après ce télégramme adressé par Tédeschi au comte en janvier 1914 : « Ai regret de vous annoncer qu’un élément de la grosse chaudière rue Monceau a aussi éclaté. Hôtel reste donc sans chauffage et sans eau chaude [16]. »

Autre source de mécontentement pour Moïse de Camondo, le fonctionnement de son ascenseur (fig. 6). Sont installés fin 1912 deux ascenseurs aéro-hydrauliques à piston plongeur [17], l’un pour les domestiques et l’autre pour « les maîtres ». Pour celui-ci, une cabine en acajou moucheté et sculpté est réalisée d’après une maquette [18]. Peu après son emménagement, le comte, mécontent, s’adresse à René Sergent : « Je continue à vous signaler le mauvais état de fonctionnement de l’ascenseur. Ses divers organes, ainsi que les portes, fonctionnent très irrégulièrement. […] Comme je vous ai déjà prévenu, je vous prie de ne pas ordonner la fin des paiements à la maison Vernes, Guinet, Sigros & Cie avant que j’ai (sic) obtenu satisfaction [19]. »

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Cat. 3 : Tableau électrique de la maison Mildé
Documentation du musée Nissim de Camondo
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris

Pour l’éclairage, l’installation des cuisines et salles de bains, des entreprises très performantes, dirigées par des ingénieurs centraliens, sont chargées des travaux [20] : Mildé installe l’électricité ainsi que les services des sonneries et du téléphone (cat. 3) ; Cubain exécute les travaux de fumisterie et livre fourneaux, rôtisserie, chauffe-plats, bacs de plonge et de lavage dans la cuisine et ses dépendances [21] (fig. 7) ; enfin, Kula met en place la plomberie et l’équipement sanitaire (fig. 8).

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Fig. 7 : Le fourneau en fonte dit « de milieu » de la cuisine, livré par la maison Cubain en 1912
© Les Arts Décoratifs, Paris / photo : J.-M. del Moral

En mars 1913, alors que Moïse de Camondo est en croisière en Méditerranée, Tédeschi tente de coordonner les différents corps de métiers et raconte ses visites quotidiennes : « Je reviens de la rue de Monceau où j’avais convoqué Godeberge et Kula pour les mettre d’accord et coordonner leur travail respectif (étage des domestiques) où il faut que les travaux d’alimentation d’eau chaude soient terminés pour les essais, lesquels essais doivent être faits avant qu’Ebel puisse commencer le carrelage de votre salle de bains. Ce sont, en effet, ces essais qui diront si la tuyauterie Kula n’a pas à être révisée et dans le cas de révision, il est nécessaire évidemment qu’elle soit faite avant qu’Ebel entreprenne son travail. Bref, tout est d’accord maintenant, et ces essais se feront mercredi prochain. Dès lors, comme ledit étage des domestiques sera déblayé, les peintres pourront en prendre possession [22] . »

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Fig. 8 : Salle de bains de Nissim de Camondo
© Les Arts Décoratifs, Paris
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Fig. 9 : Le carrelage de la salle de bains de Moïse de Camondo
© Les Arts Décoratifs, Paris

Dans ces espaces modernes et fonctionnels, peinture Ripolin ou carrelages et revêtements céramiques [23] (fig. 9) recouvrent les sols, les murs, voire le plafond dans la cuisine. Pour les sols dans les étages dévolus au service, on utilise aussi un nouveau matériau sain et hygiénique : le porphyrolithe [24]. Sans doute grâce à ses énergiques exhortations, Tédeschi est soulagé d’annoncer à Moïse de Camondo, bientôt de retour : « J’ai la satisfaction de pouvoir vous dire, aujourd’hui, que sauf quelques finitions et une dernière couche de peinture à l’étage des domestiques, les travaux, depuis votre départ, ont marché comme je le voulais et étant tous les jours sur le dos des ouvriers je suis arrivé, heureusement, à un résultat dont je n’ai pas trop à me plaindre. Le reste marche aussi d’une façon assez satisfaisante [25]. »

Le second œuvre et le décor intérieur

Durant l’année 1912, les appels d’offres concernant le second œuvre sont lancés et les devis sont âprement discutés, voire refusés pour certains. Le sculpteur Jules Visseaux est retenu pour façonner sur place le bas-relief qui orne la rotonde [26], tandis que la sculpture extérieure des fenêtres et de la voûte du porche est confiée à l’entreprise Housset et Guillemain (associée à la maison Cruchet) dont le devis est tout d’abord jugé « exhorbitant [27] » (sic). Cette entreprise avait réalisé l’année précédente la maquette du grand escalier [28].

À l’intérieur de l’hôtel, l’activité est intense dès le début de l’année 1913. Après la pose des parquets [29] et dallages de pierre et de marbre [30], la décoration des espaces intérieurs commence véritablement. Pour la créer ou la compléter, René Sergent s’adjoint la collaboration des meilleurs artisans d’art : sculpteurs sur pierre et sur bois, ébénistes, menuisiers, tapissiers, ferronniers, doreurs, peintres décorateurs, marbriers… C’est surtout dans ce domaine que s’exprime le sens aigu du détail chez Moïse de Camondo. Il exige en effet la perfection, comme en témoigne cette demande : « Cher Monsieur Sergent, (à la ligne) Faisant suite à notre conversation de ce matin, je vous prie de vouloir bien aller chez M. Fabre, antiquaire rue de Rennes, voir deux lanternes. Vous seriez bien aimable d’en faire prendre les mesures et de faire deux petites maquettes desdites lanternes pour les accrocher dans notre maquette de l’escalier [31]. »

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Fig. 10 : La galerie du rez-de-chaussée bas : la fontaine en marbre rouge royal
La fontaine (inv. CAM 30) est appliquée contre un panneau de glaces argentées, agencées en damier
© Les Arts Décoratifs, Paris / photo : J.-M. del Moral

La maison Chamouillet se voit confier les travaux de miroiterie. Ses ouvriers déposent des glaces dans l’appartement d’Isaac de Camondo, avenue des Champs-Élysées [32], et dans l’hôtel alors habité par le comte, rue Hamelin. Chacune est taillée et posée suivant un emplacement précis [33] (fig. 10).

Plusieurs cheminées proviennent aussi de l’hôtel rue Hamelin, celles du grand salon, du salon des Huet, du petit bureau et de la chambre de Moïse de Camondo. Chargée de leur dépose et repose, l’entreprise Gilis [34]² fournit celles de l’appartement de Nissim ainsi que le dressoir en marbre Campan mélangé de la salle à manger qui est réalisé sur mesure. Elle fixe également des consoles en marbre blanc et la fontaine en marbre jaune de Sienne, après les avoir déposées rue Hamelin [35].

Durant l’année 1911, Moïse de Camondo recherche et acquiert de nombreux lambris anciens pour le décor des pièces principales de son hôtel. Ceux-ci en déterminent la hauteur et parfois la forme bien qu’ils ne soient pas remontés comme à l’origine.

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Fig. 11 : Le grand salon
Musée Nissim de Camondo, 2013
© Les Arts Décoratifs, Paris

Chez Lemoine et Leclerc, tapissier-décorateur, le comte achète la boiserie du grand salon [36] (fig. 11). Provenant du salon de compagnie du comte de Menou situé 11, rue Royale, et simplement peinte en blanc à l’origine, elle est dorée et l’une des portes, placée dans le grand bureau, est décapée [37]. Les lambris destinés à la salle à manger et les deux niches garnies de glaces de la galerie sont acquis chez l’antiquaire Armand Sigwalt [38]. Il trouve chez Édouard Larcade la cheminée et la boiserie de la bibliothèque dont les panneaux déterminent la hauteur de cet étage d’attique ainsi que les lambris de l’alcôve de sa chambre [39].

Lorsque certains éléments anciens sont introuvables sur le marché, Moïse de Camondo, qui en a une vision extrêmement précise, les fait copier d’après des modèles historiques. Il fait ainsi appel à la maison Bricard, fabricant de serrures et quincaillerie de luxe, pour dupliquer ou compléter crémones et mécanismes de fermeture, parfois sur un « modèle spécialement créé et sculpté pour Mr de Camondo, suivant la décoration de son espagnolette ancienne, dorée au mercure [40] ».

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Fig. 12 : Le grand escalier
© Les Arts Décoratifs, Paris / photo : J.-M. del Moral

Il commande aussi à la maison Baguès la reproduction d’une rampe pour l’escalier d’honneur [41] (fig. 12). Déçu de la dorure, le comte alerte René Sergent : « Bourdier (le doreur) prétend que l’on n’arrivera jamais à un résultat convenable avec l’or qui a été employé ; il faudrait de l’OR CITRON et un patinage par un homme absolument du métier. Il me semble, dans ces conditions, qu’après avoir manifesté tout mon mécontentement à la maison Baguès, vous pourriez la persuader de s’adresser à Bourdier pour ce travail, bien entendu à ses frais, car elle me doit un travail bien fait et qui nous donne, à vous et à moi, toute satisfaction [42]. »

Cette exigence et ce sens du détail apparaissent plusieurs fois à la lecture de la correspondance ou des mémoires de travaux. On découvre, par exemple, que l’entreprise A. Felz chargée de la peinture décorative peine à donner satisfaction quant à la réalisation du décor du petit bureau : elle devra recommencer trois fois et réclame le règlement du temps passé et des marchandises employées… L’architecte tranche par une note à l’encre rouge : « Il est d’avis [43] de ne payer ce travail qu’une fois en supplément au lieu de trois fois [44]. »

Enfin, entre en jeu la maison Decour. Fondée en 1834, l’ancienne maison Simon a été reprise par la famille Decour père, puis fils. Installée 41, rue Joubert, et à partir du 1er juin 1914 26bis, rue François-1er, Decour a travaillé pour plusieurs résidences Rothschild, notamment à Waddesdon Manor, puis sa réputation a traversé l’Atlantique. Henry Clay Frick a fait appel à elle à New York [45]. Moïse de Camondo la connaît et l’a déjà employée, notamment pour décorer sa maison de campagne, la villa Béatrice, à Aumont dans l’Oise.

Dès lors, la maison Decour cumule les fonctions. Outre son rôle de décorateur et tapissier, elle fournit également au comte plusieurs éléments de boiseries anciennes [46] et parfois du mobilier, des textiles anciens ou des objets d’art. Elle lui sert aussi de temps en temps d’intermédiaire pour revendre. Dans son entrepôt rue Balagny, Decour garde les glaces, boiseries [47], rideaux, tapis et thibaudes démontés par ses soins dans l’appartement d’Isaac de Camondo, puis les œuvres déposées rue Hamelin et les boiseries achetées depuis 1911 par Moïse de Camondo.

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Fig. 13 : Élévation au bleu des boiseries du passage vers le salon des Huet
© Les Arts Décoratifs, Paris / photo : Jean Tholance

Ses devis sont conservés dans les archives du musée. L’architecte les reçoit de son côté, accompagnés de dessins de détails [48]. Pour juger de l’effet produit, des présentations de ces dessins et projets sur une charpente sont prévus au garde-meuble et sur place, rue de Monceau [49]. Très attentif, le comte suit le déroulement des travaux au jour le jour, fait apporter des modifications, relit les mémoires de travaux à la loupe et remplit des pages d’observations. Par exemple, à propos du remplacement d’un lambris, il note et tranche : « Erreur de Decour, j’avais signalé ce changement dès le lendemain du devis ; il l’a oublié, tant pis pour lui ». Et, bien sûr, Tédeschi surveille lui aussi : « Decour après lequel il faut constamment se gendarmer [50]. »

Par un « État de situation des travaux » du 9 mai 1913, on apprend que Decour et ses ouvriers sont sur place depuis le mois de janvier et ont commencé par la pose des bâtis destinés à fixer les boiseries anciennes, puis ceux qui soutiennent les ornements des corniches (fig. 13). Les lambris anciens sont remis en état, souvent retaillés, toujours complétés et parfois décapés. Moulures d’oves, modillons, rais de cœur et rosaces sont fournis, posés, adaptés, plinthes et baguettes d’encadrement sont ajustées.

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Fig. 14 : Les vitrines du cabinet des porcelaines garnies de moire rose
© Les Arts Décoratifs, Paris / photo : J.-M. del Moral
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Fig. 15 : Placard de la chambre forte de l’argenterie
Les caissons et tiroirs sont gainés de drap rouge
© Les Arts Décoratifs, Paris

À l’occasion de la réparation de certaines tapisseries, Moïse de Camondo prévient le restaurateur : « Veuillez noter que mon tapissier, Mr Decour, a fait tous les cadres de ces tapisseries sur leurs mesures anciennes et il me prie d’appeler sur ce point, votre attention pour que, après le nettoyage, les dimensions de chacune d’elles soient absolument pareilles à ce qu’elles étaient avant [51]. »

Tandis qu’on s’affaire rue de Monceau, dans les ateliers de la maison Decour on découd, retaille et confectionne drapés, tentures, stores et rideaux pour chaque croisée, après avoir démonté et nettoyé ceux de la rue Hamelin. On regarnit des sièges, fournit ou restaure sommiers et matelas. Sur place, les tentures sont fixées, les tiges des lustres habillées et les armoires et vitrines garnies (fig. 14 et 15). En dépit de tous les aléas, la fin des travaux est maintenue pour le 15 août 1913 [52].

[1] Il est précisé qu’il doit commencer par l’enlèvement du kiosque du jardin. Sont conservées les glaces du jardin d’hiver, des armoires en chêne, le coffre-fort, l’escalier en chêne allant du 1er au 2e étage. Il est également stipulé dans le contrat que « les monnaies d’or ou d’argent et tous autres objets pouvant constituer un trésor » resteront la propriété de Moïse de Camondo. AMNC. LM63.3.

[2] Lettre de Léonce Tédeschi du 9 août 1911. AMNC. LC47, p. 381.

[3] Lettre de Léonce Tédeschi du 1er juin 1911. AMNC. LC47, p. 160.

[4] Marché à forfait et mémoires de travaux Plaudet. AMNC. LM63.3.

[5] Correspondance, 22 avril 1912. AMNC. LC35, p. 33.

[6] Correspondance, 1912. AMNC. LC35, p. 120.

[7] Entreprise Millot, marchés à forfait. AMNC. LM63.3.8.

[8] Un « faux plancher » est un sol posé au-dessus du sol principal dans un but d’améliorations esthétiques, thermiques, acoustiques, ou pour faire passer des câbles, tuyaux ou gaines.

[9] « Pour figuration de la nouvelle disposition de l’escalier, établissement et mise en place d’une maquette en bois et carton… » AMNC. LM63.6.10.

[10] Entreprise P. Seurat et Deschamps. AMNC. LM63.7.13.

[11] Au printemps, pour les communs.

[12] Entreprise Raoul Lassagne fils. Cette entreprise réalise également les travaux de menuiserie intérieure tels que les portes, plinthes, le mobilier des espaces de service, etc.

[13] Correspondance 6 novembre 1912. AMNC. LC35, p. 148. Finalement, il quitte la rue Hamelin le 15 juillet 1913. AMNC. LC35, p. 221.

[14] Marie-Noël de Gary et Gilles Plum, Les Cuisines de l’hôtel Camondo, Paris, Union centrale des Arts décoratifs, 1999.

[15] Lettre de Léonce Tédeschi du 20 mars 1913. AMNC. LC47.

[16] Lettre de Léonce Tédeschi du 13 janvier 1914. AMNC. LC36, p. 9.

[17] Vernes Guiret Sigros, mémoire de travaux. AMNC. LM63.3.5.

[18] La cabine est réalisée par la maison Housset et Guillemin. AMNC. LM63.6.9.

[19] Correspondance du 27 avril 1914. AMNC. LC36, p. 85. Et par un courrier du 27 juillet 1915, Moïse de Camondo écrit : « De retour d’un petit déplacement j’ai trouvé, à nouveau, mon ascenseur ne fonctionnant pas. »

[20] Marie-Noël de Gary, « L’hôtel de Moïse de Camondo. Les centraliens et le confort moderne : Cubain, Kula, Mildé », Le Paris des centraliens, bâtisseurs et entrepreneurs, Action artistique de la Ville de Paris, 2004, p. 212-215.

[21] Marie-Noël de Gary et Gilles Plum, Les Cuisines de l’hôtel Camondo, Paris, Union centrale des Arts décoratifs, 1999.

[22] Lettre de Léonce Tédeschi du 20 mars 1913. AMNC. LC47.

[23] Les travaux sont réalisés par l’entreprise A. Ebel. AMNC. LM63.9.17.

[24] Ciment composé de magnésie, spath, farine de bois et couleurs minérales, mélangés à une solution de chlorure de magnésium. Parmi ses avantages, il est résistant à l’usure et léger, incombustible et absorbant acoustique (Le Béton armé, n° 73, juin 1904, p. 193). Posé par l’entreprise P. Blanc & Cie au printemps 1913. AMNC. LM63.15.29.

[25] Correspondance, 31 mars 1913. AMNC. LC47.

[26] Marché à forfait exécuté pendant l’année 1913. AMNC. LM63.15.33.

[27] Correspondance, 27 septembre 1912. AMNC. LC35, p. 120.

[28] Forfait n° 338, lettre d’acceptation du 7 avril 1911. AMNC. LM63.6.9.

[29] Entreprise Lucien Fender. AMNC. LM63.13.27.

[30] Entreprise Festoc. AMNC. LM63.13.28.

[31] Correspondance, 19 juillet 1911. AMNC. LC34, p.219.

[32] Isaac est décédé le 7 avril 1911. L’ensemble de ses collections est légué au musée du Louvre, mais Moïse de Camondo récupère certains éléments modernes qui ornaient l’appartement de son cousin tels que les glaces, certaines boiseries ainsi que des tapis et moquettes.

[33] V. Mantelet successeur de L. Chamouillet. Mémoire des travaux. AMNC. LM63.15.35

[34] Ch. Gilis. Mémoire de travaux. AMNC. LM63.15.34

[35] Respectivement inv. CAM 119, 187, 337, 635, 749 et 1088 (cheminées) ; inv. CAM 236, 459, 723 et 260 (consoles).

[36] Facture du 30 septembre 1911. AMNC. MC1.

[37] Bruno Pons, Grands Décors français 1650-1800, reconstitués en Angleterre, aux États-Unis, en Amérique du Sud et en France, Dijon, Éditions Faton, 1995, p. 388.

[38] Facture du 14 janvier 1911. AMNC. MC1.

[39] Facture du 30 décembre 1911. AMNC. MC1.

[40] D’après la facture du 30 juin 1914, p. 6. AMNC. LM63.13.24.

[41] D’après celle du serrurier Joseph Bosc créée vers 1780 pour l’hôtel Dassier à Toulouse. Baguès exécuta également la rampe de l’escalier particulier, les lanternes, torchères et potences extérieures, les balcons de la façade latérale du côté du 61, rue de Monceau. AMNC. LM63.15.32.

[42] Correspondance, 28 octobre 1913. AMNC. LC35, p. 445.

[43] Expression que l’on peut comprendre comme « il est entendu »

[44] Mémoires des travaux. AMNC. LM63.15.40.

[45] Bertrand Rondot, « Bâtir une collection », Marie-Noël de Gary (dir.), Musée Nissim de Camondo, op. cit., p. 300, note 60.

[46] Factures du 6 novembre et du 13 décembre 1912. AMNC. LM63.9.19.

[47] Il s’agit des boiseries en acajou-gû qui ornaient la galerie d’Extrême-Orient et sont réutilisées dans les trois habillages du nouvel hôtel.

[48] Voir lettre de René Sergent à Moïse de Camondo du 21 novembre 1912. AMNC. LM63.2.

[49] C’est le cas pour le salon des Huet, devis du 22 octobre 1912. AMNC. LM63.9.19.

[50] Correspondance, 31 mars 1913. AMNC. LC47.

[51] Correspondance, 25 mai 1913. AMNC. LC35, p. 321.

[52] Ce qui n’a pas été le cas. Ainsi, les sept panneaux de J.-B. Huet ne sont posés définitivement que fin octobre 1913. Correspondance, 23 octobre 1913. AMNC. LC35, p. 434.

Pratique

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« Le Centenaire de l’hôtel Camondo, chef-d’œuvre de l’architecte René Sergent. » (English Version)

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