Élévation de la façade sur la cour d’hon­neur, par René Sergent © Les Arts Décoratifs, Paris

La conception de l'hôtel

Le plan en « L »

JPEG - 799.2 ko
Cat. 1 : Élévation de la façade sur jardin par René Sergent
Paris, musée Nissim de Camondo
Inv. CAM 1156.6.
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris

C’est durant l’été 1910 que René Sergent dessine le plan de cet hôtel classique entre cour et jardin, librement inspiré du Petit Trianon (ou Pavillon carré), construit entre 1763 et 1768 par Ange-Jacques Gabriel dans le parc du château de Versailles. De l’ancien hôtel Violet, l’architecte ne conserve que les caves – notamment celle dite « aux vins fins » située sous l’ancienne demi-rotonde construite par le comte Nissim en 1874 –, et les communs qu’il réaménage (cat.1). D’un côté, les écuries abritent les chevaux de selle pour les traditionnelles promenades au Bois, de l’autre, l’ancienne remise aux voitures attelées est affectée aux automobiles avec un atelier de mécanique et des appartements pour les chauffeurs mécaniciens. Enfin, dans la cour d’honneur, la serre jouxtant le corps de logis principal est démolie.

JPEG - 943.6 ko
Fig. 3 : Élévation de la façade sur la cour d’honneur, par René Sergent
© Les Arts Décoratifs, Paris

Moïse de Camondo, secondé par Léonce Tédeschi – homme de confiance de la famille depuis de nombreuses années et irremplaçable secrétaire –, suit le projet minutieusement comme l’atteste la correspondance entre les deux hommes. Ainsi, le 19 juillet 1910, Tédeschi écrit au comte parti en villégiature : « Je suis allé ce matin à mon rendez-vous et j’ai eu avec M. Sergent une conférence de plus d’une heure. Il m’a fait voir 1° quel est le résultat de son étude ; 2° ce qui lui manque et que je dois lui reconstituer ; 3° la superficie, revérifiée, qui est, en totalité de 3465 m2 comporte en construction actuelle : 435 m2 Hôtel 626 m2 Communs = 1061 m2. Sur les 3465 m2 la partie non édifiable est de 995 m2 ce qui réduit à 2470 m2 la partie que l’on peut construire. Tout ceci sous réserve de l’acte que j’ai à retrouver. [1] »

À peine deux mois plus tard, Tédeschi, satisfait, annonce à Moïse de Camondo : « J’ai pu aujourd’hui, trouver un moment pour faire un saut jusque chez M. Sergent. Il est arrivé, semble-t-il à faire, de ses plans, quelque chose de parfait et il attend votre retour pour vous les soumettre. Il a modifié les dimensions indiquées par vous : arrangé les ½ lunes des deux côtés de la façade sur la cour et a trouvé une disposition plus heureuse du petit salon des Huet qui au lieu d’avoir la forme hexagonale a la forme ovale, bien nette, ce qui donne à l’ensemble l’apparence d’une disposition plus architecturale et plus esthétique. Dans 2 ou 3 jours, ces plans seront achevés et d’ici une huitaine, il m’en enverra deux ou trois bleus. [2] »

JPEG - 1.1 Mo
Élévation de la façade côté jardin, par René Sergent
René Bétourné, René Sergent, architecte, 1865-1927, Paris Horizons de France, 1931, p. 22
© Les Arts Décoratifs, Paris

Fin septembre 1910, René Sergent propose à son client les premiers projets [3] qui seront suivis, début 1911, d’une série d’élévations et de plans définitifs très soignés et détaillés (cat. 2).

La forme allongée et étroite du terrain conduit l’architecte à dessiner un plan en forme de « L ». Il privilégie deux façades : l’une sur la cour qui bénéficie du soleil et l’autre largement ouverte sur le parc Monceau, suivant le souhait de Moïse de Camondo. Les deux façades latérales sont quant à elles peu visibles ou du moins difficilement accessibles à l’œil.

Les élévations des façades sur cour et sur jardin

JPEG - 943.6 ko
Fig. 3 : Élévation de la façade sur la cour d’honneur, par René Sergent
© Les Arts Décoratifs, Paris

L’ordonnancement de la façade sur la cour d’honneur fait directement référence à son illustre modèle (fig. 3) : élévation à trois niveaux avec rez-de-chaussée traité en bossage, étage noble et attique. Un entablement surmonté d’une balustrade couronne l’édifice. Les trois travées centrales sont soulignées par des pilastres d’ordre corinthien. Les autres éléments décoratifs comme les encadrements des baies, les balustres et les entrelacs, sont les mêmes qu’à Trianon, ce qui accroît l’effet de ressemblance. Mais le corps central du bâtiment est resserré entre deux avancées reliées par une travée en quart de cercle pour épouser l’arrondi de la cour. La composition est ainsi construite sur sept travées, et non cinq, comme au Petit Trianon.

Côté jardin, René Sergent s’éloigne de son modèle en ouvrant le plan en deux ailes perpendiculaires de part et d’autre d’une rotonde centrale, animée d’une frise d’enfants en bas-relief [4]. Ainsi, neuf travées offrent une vue sur le parc Monceau. L’élévation de cette façade est néanmoins proche de celle du Petit Trianon et rehaussée des mêmes ornements : colonnes à chapiteaux corinthiens, entrelacs et oculi du perron, balustrade et traitement décoratif des encadrements de fenêtres et linteaux.

Quelques différences de réalisation apparaissent cependant par rapport à ces projets. On note, par exemple, plus de balustres que prévu.

Sans aucun décor, simplement « ravalée » en sable mortier coloré [5], la façade située du côté est donne sur une voie en impasse ouvrant sous le porche du numéro 105, boulevard Malesherbes. Niveaux et ouvertures reflètent l’organisation des espaces de service logés derrière celle-ci qui sont desservis par un escalier et un ascenseur (fig. 4). Domestiques et fournisseurs pénètrent ainsi dans la demeure par cet accès secondaire.

L’organisation horizontale et verticale de l’hôtel permet des parcours parallèles afin que les « gens de maison » travaillent et vivent dans des espaces séparés de ceux des maîtres : cuisine et ses annexes, dans le soubassement ; offices, dans les étages ; penderies du comte et de son fils ainsi que lingerie et chambres du personnel, sous les combles.

Les plans par niveau

Comme au Petit Trianon, René Sergent a créé une différence de niveau entre la façade sur cour et celle sur jardin, ce qui lui a permis d’affecter la majeure partie du rez-de-chaussée bas, semi-enterré du côté du parc Monceau, aux espaces de service (cat. 3) : cuisine, laverie, salle des gens, frigorifique, garde-manger, fruitier, offices du chef et du maître d’hôtel.

Le maître de maison accueille les visiteurs dans le vestibule qui donne de plain-pied sur la cour d’honneur. Sous la volée de l’escalier monumental, une deuxième entrée qui communique par une grille en fer forgé avec la descente à couvert d’automobiles est empruntée par les invités en cas d’intempéries. Construit en pierre de taille, le grand escalier s’inspire des plus illustres modèles du XVIIIe siècle, mais ses proportions et son volume le rattachent à l’architecture des hôtels particuliers de la Belle Époque. Il dessert l’ensemble du rez-de-chaussée haut qui est affecté aux pièces de réception (cat. 3). D’échelle plus réduite, un escalier particulier à deux révolutions conduit vers le premier étage, réservé aux appartements privés.

On remarque sur tous ces plans que les axes de symétrie des pièces principales sont systématiquement indiqués ainsi que l’emplacement des bouches de chaleur et la nature des sols. Chaque pièce est, en outre, nommément désignée. L’usage ou la décoration ont parfois entraîné des modifications : la salle de bal (avec tribune des musiciens dans l’alcôve) sur le plan du rez-de-chaussée haut de septembre 1910 devient le fumoir puis prend la dénomination de grand bureau ; le salon anglais a d’abord été mentionné comme salon Directoire en référence à sa décoration, avant de s’appeler petit bureau ; enfin, le terme galerie est finalement adopté pour l’espace polygonal dénommé hall.

Sur le plan du 1er étage, on peut observer la configuration originale de l’appartement de Béatrice de Camondo (cat. 4) dont le boudoir et la chambre sont réunis après son départ de l’hôtel en 1924. Moïse de Camondo fait aménager en 1929 ce vaste espace en salon-bureau : le salon bleu [6].

Les autres différences sensibles entre ces plans et leur réalisation concrète concernent la forme de certaines pièces ou la simplification de quelques détails. René Sergent avait notamment prévu des fenêtres sur le côté est du cabinet des porcelaines qui sont finalement fermées, mais présentent un décor factice de l’extérieur.

[1] Lettre de Léonce Tédeschi du 19 juillet 1910. Archives du musée Nissim de Camondo AMNC. LC47, p. 361.

[2] Lettre de Léonce Tédeschi du 16 septembre 1910. AMNC. LC47, p. 374.

[3] Daté du 22 septembre 1910, le plan du rez-de-chaussée haut nous est parvenu (CAM 1156.11) : le tracé de l’ancien hôtel y est indiqué en rouge. Il s’agit d’un « bleu », c’est-à-dire d’une reproduction du plan original par diazographie, une méthode de tirage utilisant la lumière pour reproduire l’original transparent sur du papier-contact photosensible chimiquement traité pour donner un dessin blanc sur fond bleu. D’où le nom de « bleu » porté par ce type de tirage. Il n’y a aucun changement d’échelle. Ce procédé de reproduction a été utilisé durant tout le XXe siècle pour réaliser des copies de plans d’architecture ou de dessins industriels.

[4] Ce bas-relief a été exécuté sur place par Jules Visseaux (Carignan, 1854-Paris, 1934), sculpteur originaire des Ardennes et primé à Paris en 1889. AMNC. LM63.15.33.

[5] Marché à forfait, Michau et Douane, 6 mai 1911. AMNC. LM63.3.3.

[6] Le salon bleu doit son nom à ses lambris peints à l’origine en bleu-canard (qui a verdi avec le temps).

Pratique

Musée Nissim de Camondo
63, rue de Monceau
75008 Paris

Tél. : 01 53 89 06 50 ou 06 40 (boîte vocale)
Métro : Villiers, Monceau
Bus : 30, 94, 84
Parkings : Place P. Goubaux, Malesherbes, Avenue de Villiers

- Plan d’accès
- Horaires et tarifs


PDF - 931.9 ko
Téléchargez le dépliant de l’exposition « Le Centenaire de l’hôtel Camondo, chef-d’œuvre de l’architecte René Sergent. »
PDF - 539.6 ko
« Le Centenaire de l’hôtel Camondo, chef-d’œuvre de l’architecte René Sergent. » (English Version)

Pour télécharger ce(s) document(s) au format .pdf, vous devez posséder le logiciel Acrobat reader.

Plan du site   Flux RSS   Contacts   ©   Crédits
Ministère de la Culture     Les Arts Décoratifs 107, rue de Rivoli 75001 Paris - tél. : 01 44 55 57 50