Le musée Nissim de Camondo, façade sur la cour d’hon­neur, 2012 © Les Arts Décoratifs, Paris / photo : Luc Boegly

Le Centenaire de l'hôtel Camondo, chef-d'œuvre de l'architecte René Sergent. Un chantier hors pair, 1911-1914

C’est le 5 décembre 1910 que commence la destruction de l’hôtel particulier du comte et de la comtesse Nissim de Camondo, 63 rue de Monceau. Achevé en 1864 pour un entrepreneur de travaux publics, M. Violet, il fut l’une des premières constructions sur le parc Monceau. Nissim de Camondo l’acheta en 1870, peu après son installation en France. Il le fit agrandir et embellir par l’architecte Denis-Louis Destors, décorer et meubler suivant la mode de son temps en mêlant les époques et les styles. En juin 1910, Moïse de Camondo, son fils unique, hérita de cette demeure familiale dans laquelle sa mère, veuve depuis vingt et un ans, venait de s’éteindre.
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Élévation de la façade côté jardin, par René Sergent
René Bétourné, René Sergent, architecte, 1865-1927, Paris Horizons de France, 1931, p. 22
© Les Arts Décoratifs, Paris

Moïse de Camondo a alors cinquante ans. Collectionneur depuis le début des années 1890, il est passionné par le XVIIIe siècle français. Vers 1900, sa collection est déjà une référence pour les arts décoratifs de l’époque Transition et du règne de Louis XVI qui représentent, selon ses propres termes, « une des gloires de la France durant la période [qu’il a] aimée entre toutes ». Jusqu’alors installé en location, il réside depuis 1899 au 19, rue Hamelin dans un vaste hôtel particulier nouvellement édifié. C’est sans doute dans ce cadre décoré et aménagé suivant ses goûts, premier réceptacle de ses œuvres d’art, qu’il mûrit le projet d’une construction qui soit l’écrin parfait et définitif de ses collections, tout en répondant aux exigences du confort moderne.

Pour cet homme collectionneur et esthète, mais aussi raffiné et exigeant, la poursuite de son projet de « reconstitution d’une demeure artistique du XVIIIe siècle » passe par la destruction de l’habitation Napoléon III de sa jeunesse.

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Portrait de René Sergent (1865-1927)
René Bétourné, René Sergent, architecte, 1865-1927, Paris
Horizons de France, 1931, p. 3
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris

Pour donner forme à son rêve de bâtisseur, il fait appel à René Sergent (1865-1927), qui a été pendant quinze ans le collaborateur d’Ernest Sanson, architecte de la haute société dont la réalisation la plus célèbre est le Palais rose construit entre 1896 et 1902 pour le comte Boniface de Castellane, d’après le Grand Trianon. René Sergent possède une vaste connaissance de l’architecture classique et s’est fait une spécialité du « néo-Louis XVI ». Il excelle dans la construction d’hôtels particuliers confortables, inspirés de l’œuvre d’Ange-Jacques Gabriel. Ses réalisations sont nombreuses avant la Première Guerre mondiale. Il construit à Buenos Aires, New York, Santa Fé, Londres et Paris, où il édifie notamment place Vendôme l’hôtel d’exposition des frères Duveen, célèbres marchands de mobilier du XVIIIe siècle. Il réaménage également de grands hôtels de voyageurs comme le Savoy ou le Claridge à Londres, et construit à Versailles en 1910 le célèbre Trianon Palace.

Une fois le projet de René Sergent accepté par le comte de Camondo, les ouvriers d’une quarantaine de corps de métiers se sont succédé sur le chantier pendant trois ans et plus de deux millions de francs-or [1] ont été dépensés pour construire ce nouvel hôtel particulier où le sens du détail, le raffinement et le goût du confort reflètent la personnalité de son commanditaire.

Moïse de Camondo, ses deux enfants Nissim et Béatrice ainsi qu’une vingtaine de domestiques, s’y installent pendant l’été 1913. Au printemps 1914, tout est prêt et plusieurs réceptions sont données pour fêter l’achèvement de la demeure.

Il était donc opportun de célébrer en 2014 les cent ans de celle-ci. Des études approfondies [2] et la réhabilitation partielle des espaces de service en 1999 en ont révélé la perfection et les secrets. Cette exposition présente l’histoire de la construction de l’hôtel à travers la chronologie du chantier, d’une part, et de montrer la collaboration féconde et le dialogue constant qui ont existé entre l’architecte et son commanditaire, d’autre part. Divers témoins matériels et beaucoup de documents d’archives nous sont parvenus : tout d’abord les plans de l’hôtel par René Sergent, mais aussi les listes d’entrepreneurs et les états de paiement qui permettent de suivre l’avancement des travaux. Certains devis extrêmement détaillés et des échanges écrits nous éclairent, en outre, sur le déroulement et la conduite de l’aménagement intérieur.

[1] Soit l’équivalent de près de 6 millions d’euros actuels (F. Loyer, « Un hôtel dans le goût du XVIIIe siècle », Marie-Noël de Gary [dir.], Musée Nissim de Camondo. La demeure d’un collectionneur, Paris, Les Arts Décoratifs, 2007, p. 297, note 47).

[2] Voir la bibliographie.

Pratique

Musée Nissim de Camondo
63, rue de Monceau
75008 Paris

Tél. : 01 53 89 06 50 ou 06 40 (boîte vocale)
Métro : Villiers, Monceau
Bus : 30, 94, 84
Parkings : Place P. Goubaux, Malesherbes, Avenue de Villiers

- Plan d’accès
- Horaires et tarifs


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Uhlan (cavalier allemand armé d’une lance) de la Première Guerre mondiale
© DR

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Accrochage réalisé grâce au mécénat de la Galerie Kraemer Antiquaires.

Textes rédigés par Sophie D’AIGNEAUX LE TARNEC, attachée de conservation au musée Nissim de Camondo

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