Nissim de Camondo et la Grande Guerre 1914-1917

Journal de campagne du maréchal des logis Nissim de Camondo du 3e Hussards, 4e Escadron.

Septembre 1916

DU 29 AOÛT AUSEPTEMBRE 1916
Nissim de Camondo profite des permissions de l’été 1916 pour revoir famille et amis. Il est photographié à cheval à Fontainebleau ainsi qu’avec un ami à Paris.
De retour à l’escadrille, il effectue de nombreuses heures de vol et prend notamment des photographies de la ville de Reims. Distante d’à peine quelques kilomètres de la ligne de front et détruite à plus de 60% par les bombardements, Reims est l’une des villes françaises les plus touchées par la guerre. La cathédrale, notamment, a reçu plus de 300 obus.

Reims. La place Drouet-d’Erlon et la cathédrale after the bombardement
© DR

Mardi 29 août
50’ vol avec lieutenant Infanterie.

Mercredi 30 août
Départ pour Paris.

Jeudi 31 août
Fontainebleau.

Vendredi 1er septembre
Champs.

Samedi 2 septembre
Retour de Paris. Mat de Gobut.

Dimanche 3 septembre
1h30 avec Dupré. Photos de Reims.

Lundi 4 septembre
45’ avec Pippo. Liaison Infanterie. Mauvais temps.

Août 1916

DU 22 AU 28 AOÛT 1916

Nissim a pu rejoindre sa famille à la faveur d’une permission, comme le montre cette photo prise à Fontainebleau en août 1916
© Les Arts Décoratifs

En cette fin du mois d’août, le quotidien de Nissim de Camondo est calme, ponctué de vols d’entraînement et de moments de détente. Les notes prises dans son journal de campagne ainsi que sa correspondance témoignent de ses pensées, tournées vers ceux qui lui sont chers. « N. a 24 ans ? », écrit-il dans son journal le 22 août. S’agit-il de Renée Dorville, surnommée « Ninette » ? Vraisemblablement. Ils se sont rencontrés au début de l’année 1915, lorsque Nissim est en convalescence après avoir subi une opération de l’appendicite. Toujours proche des siens, Nissim écrit à son père : « Je suis enchanté de voir que votre séjour à Fontainebleau est agréable et qu’il te distrait un peu de tes soucis ; ».

Mardi 22 août
N. a 24 ans ? 1h.30 vol avec Larmina et un caporal du 77.

Mercredi 23 août
1h. vol avec petits fantassins ? [D]îner Kergariou.

Jeudi 24 août
2h. avec Pagaudet. Photos. 40’ vol seul.

Vendredi 25 août
1h. Trelluyer.

Du samedi 26 au lundi 28 août
Mauvais temps.

DU 15 AU 21 AOÛT 1916
Plusieurs lettres de Nissim de Camondo adressées à son père Moïse de Camondo évoquent la villa Béatrice, la propriété familiale d’Aumont dans l’Oise depuis1904. La chasse, l’équitation et le tennis étaient alors les principales occupations des enfants et amis de la famille qui viennent y séjourner. Une ambiance gaie, conviviale, détendue régnait en ces temps heureux. Dans une lettre, le 15 août, Nissim note la prochaine installation à Aumont de son père et de sa sœur, il écrit « J’espère que vous ne vous y ennuierez pas trop ». Et de nouveau dans une nouvelle lettre le 16 août, « C’est curieux mais je n’arrive pas à me représenter que la vie mondaine puisse continuer dans l’Oise ; il me faut un effort pour me représenter les tennis et les goûters d’autrefois subsistant maintenant. »

Jean Baptiste Oudry (1686-1755) « Le rendez-vous au Puys du Roi à Compiègne », 1733
Inv. CAM 440
© Les Arts Décoratifs, Paris / photo : Jean Tholance

La présence de plusieurs scènes de chasse dans la collection du musée Nissim de Camondo reflète le goût de Moïse de Camondo, de Béatrice et de Nissim pour la vénerie.

Jeudi 17 août
Arrivée du 1er R. 4. Cne Laurent.

Vendredi 18 août
Départ Pippo pour Paris voir sa mère.

Samedi 19 août
Retour de Pippo.

Dimanche 20 et lundi 21 août
Mauvais temps.

DU 8 AU 15 AOÛT

Soldats australiens équipés de masques à gaz dans une tranchée du secteur d’Ypres, en 1917, par le Capitaine Frank Hurley

Fréquents en ce mois d’août 1916, la pluie et le mauvais temps empêchent les pilotes de voler et il est également impossible de prendre des photos. Dans ses lettres à son père, Nissim de Camondo parle de deux attaques aux gaz, manquées par les Allemands dans un secteur voisin.
En effet, c’est pendant la Première Guerre mondiale que les armes chimiques sont développées, entraînant les belligérants dans une course constante à la recherche de gaz toujours plus efficaces.
Le plus utilisé est le chlore, mais sa couleur verdâtre empêche tout effet de surprise et ses effets sont limités par le port des masques à gaz, adoptés par l’ensemble des troupes. Son efficacité psychologique a cependant été grandement démontrée, notamment à la bataille d’Ypres.
Employé par les Français, puis les Allemands, le Phosgène a été inventé par Victor Grignard. Incolore et presque inodore, il attaque les voies respiratoires avec un effet retard de 12 à 24 heures.
Nommé « gaz moutarde » par les Français, au regard de sa couleur jaune d’ocre et de son odeur, le LOST1 est utilisé pour contraindre l’ennemi à quitter une zone ou l’empêcher de tenir une position. Brûlant littéralement la peau, il est une cause de frayeur parmi les soldats des tranchées car il se dépose insidieusement, cause des œdèmes et des empoisonnements en 4 à 5 semaines.

Du mardi 8 au jeudi 10 août
Pluie. Mauvais temps

Vendredi 11 août
1h avec adjudant du 30e. Départ de Grange.

Dimanche 13 août
Retour Grange. Châlons. Dîner Benoît.

Lundi 14 août
Départ Paris 8h. Arrivée 2h1/2.

Mardi 15 août
Retour et dîner Kergariou.

DU 1ER AU 7 AOÛT

Alternant entre le camp Marchand et Châlons sur Marne (désormais Châlons en Champagne), Nissim de Camondo passe son temps à voler ou prendre des photos. Son ami Daillens est promu Sous-Lieutenant. Son escadrille reçoit la visite de l’ancien ministre radical-socialiste Louis Laferre, peu apprécié dans l’armée, l’accueil qui lui est réservé est modeste. Durant la semaine, Nissim de Camondo réalise de nombreux essais photographiques. La photographie aérienne se développe durant la Grande guerre. Les appareils photographiques avec des objectifs, de type grand angle, sont fixé directement au fuselage des avions et dirigés vers le sol. Les appareils les plus répandus sont les Demaria-Lapierre, le modèle pèse 9,7kg et son magasin de 12 plaques 8,4kg.

Mardi 1 août
Pippo contre Bordage. Essai photos 30’ Daillens.

Mercredi 2 août
1h photos avec Griffon

Jeudi 3 août
Départ sur F.40. 20’.

Vendredi 4 août
Photos avec Griffon ; a+ très canonné. 30’ vol sur F.40 avec Saillard.

Samedi 5 août
30’ essai photos avec Griffon, mais nuages. Châlons après-midi.

Dimanche 6 août
Déjeuner Benazé. 1h. vol avec type au obus

Juillet 1916

DU 25 AU 31 JUILLET

Été 1916, Moïse de Camondo et son fils Nissim dans le jardin de l’hôtel particulier, 63 rue de Monceau
© Les Arts Décoratifs, Paris

Nissim de Camondo semble avoir la possibilité d’organiser son temps, ce qui lui laisse le loisir de venir passer quelques jours à Paris. Il est toujours resté très proche de sa famille comme en témoigne le ton affectueux de la correspondance avec son père et avec sa sœur Béatrice. Nissim est également très attaché à sa mère, qu’il adore et n’a jamais cessé de voir. Bien qu’il habite chez son père, rue de Monceau, Nissim passe de fréquents moments avec Irène Cahen d’Anvers, remariée depuis 1903 avec le comte Charles Sampieri.

Mardi 25 juillet
Déjeuner chez Benazé. Photos Daillens 1h30’ de vol sur 130. Bombardement de la cagna de Guillaumont.

Mercredi 26 juillet
45’ avec Pagandet pour photos. 1h. vol seul sur 130.

Jeudi 27 juillet
Premier passager Dupont. 1h.15 de surveillance. Ensuite photos 1h. avec Daillens.

Vendredi 28 juillet
Vendredi. Départ pour Paris. Arrivée 11h30. Déjeuner avec maman.

Samedi 29 et dimanche 30 juillet
Paris. Retour de papa de Vichy.

Lundi 31 juillet
Lundi. Retour à l’Escadrille. 1h30 de vol ; réglage sur batterie contre avion avec Rotival.

DU 18 AU 24 JUILLET

Capitaine Alfred Jean Bordage, pilote et commandant de l’escadrille MF 33 / F 33 du 2 octobre 1914 au 20 avril 1917

En compagnie de l’adjudant Jean Daillens avec lequel il vole fréquemment, Nissim de Camondo effectue plusieurs reconnaissances aériennes. L’équipage travaille sur le front de Champagne dans le secteur de Saint-Souplet sur Py (Marne). Entre les missions, le temps libre s’organise entre Châlons sur Marne et Paris où Nissim se rend avec le capitaine Alfred Bordage. Les deux hommes semblent s’apprécier mutuellement.

Mardi 18 juillet
Châlons avec Bordage. Pepin etc.

Mercredi 19 juillet
Photos St-Souplet entre nuages ; manquées. 45’.

Jeudi 20 juillet
Brume épaisse. Photos saillant Othou. 35’. Pégoudet. Pagandet

Vendredi 21 juillet
2 reconnaissances photos ; Daillens et Dupré. 2h45 de vol. Départ 5h du soir pour Paris avec Bordage.

Samedi 22 juillet
Retour 8h du matin. Arrivée Camp Marchand pour déjeuner. Photos avec Daillens.

Dimanche 23 juillet
Photos Daillens, 1h.

Lundi 24 juillet
Photos Griffon. 1h30 sur le Py à 3000.

DU 11 AU 17 JUILLET

Menu du repas servi à l’escadrille MF 33, le 14 juillet 1916

La vie de l’escadrille est rythmée par la météo. Nissim de Camondo vole sur un Farman F40 équipé d’un moteur Renault de 130 CV. Quand elles ont lieu, les sorties sont courtes car les avions ne peuvent voler que par temps clair et vent modéré.
Nissim est promu au grade de lieutenant, en récompense de son courage et de son dévouement pendant la longue bataille de Verdun. La fête nationale du 14 juillet donne lieu à des festivités organisées autour d’un repas, suivi d’un concert donné par les soldats de l’escadrille MF33.

Mardi 11 juillet
Mauvais temps.

Mercredi 12 juillet
Mauvais temps.

Jeudi 13 juillet
Mauvais temps. Apprends ma nomination de Lieutenant.

Vendredi 14 juillet
Départ sur 130 HP. Vilain temps. Fête de l’Escadrille.

Samedi 15 juillet
Vilain temps. 40’ sur 130 HP.

Dimanche 16 juillet
Vilain temps. 45’ sur 130 HP. Liaison Infanterie.

Lundi 17 juillet
Vilain temps. Engueulade de Barthélémy-Camors.

DU 4 AU 10 JUILLET
Les pilotes et observateurs continuent de voler quand le temps le permet. Etant désormais connu comme observateur photographe, Nissim de Camondo est sollicité et a peu de temps pour lui. La troupe estime que les Allemands commencent à faiblir, mais l’armée française « ne s’emballe pas », selon une missive de Nissim.
C’est au cours du mois de juillet 1916 qu’a lieu l’offensive franco-britannique de la Somme où était précédemment basé le régiment de Nissim de Camondo. Elle s’enlise dans un combat meurtrier jusqu’en novembre. C’est l’une des batailles les plus violentes de la Grande Guerre. Les hommes sont littéralement écrasés sous le feu de l’artillerie. Aux premiers jours du conflit, on estime la cadence des tirs d’obus du côté anglais à 3500 tirs par minute. Au début du mois de juillet, les soldats sont loin de se douter de l’importance du combat qui vient de débuter.

Bataille de la Somme, Juillet 1916, artilleurs anglais

Mardi 4 juillet
15’ vol avec Daillens. Pluie. 25’ vol le soir.

Mercredi 7, jeudi 8 et vendredi 9 juillet
Pluie et vent. Impossible faire photos.

Samedi 10 juillet
Bonnes photos Navarin. 1h30 Daillens.

Juin 1916

DU 27 JUIN AUJUILLET

Sainte-Marie-à- Py,
Autochrome de Hans HILDENBRAND
© DR

Après un premier vol en tant que pilote le 29 Juin, Nissim de Camondo s’entraîne quotidiennement et en effectue de plus en plus longs. Il poursuit la photographie lorsque Daillens est aux commandes de l’appareil et attend patiemment son brevet. Il est en effet interdit d’homologuer des élèves formés sur le front. Le 3 juillet, il écrit à son père : « Au point de vue consécration officielle, il est douteux que Bordage puisse me faire avoir mon brevet […] si Bordage osait demander qu’on m’homologue mon brevet, il sauterait probablement illico. » Cette semaine, il prend des photos du village de Sainte-Marie-à-Py, situé dans la Marne, qui sera longtemps occupé par les troupes allemandes.

Jeudi 29 juin
Pluie. 1er vol comme pilote. 2 fois 10’.

Vendredi 30 juin
Vent et nuages. 15’ vol seul.

Samedi 1 juillet
Photos de Ste Marie à Py avec Daillens. Très canonné. Temps superbe. Réglage de Rotival. 45’ vol.

Lundi 3 juillet
Temps gris et pluie. 1h. Vol seul.

DU 20 AU 26 JUIN

L’insigne de l’escadrille MF 33, la célèbre hache d’abordage, a été imaginée à partir d’un jeu de mot sur le capitaine Alfred Bordage qui commande l’escadrille et a l’habitude de signer ses ordres «  A.Bordage  ».

« Nous sommes peu sortis ces derniers jours à cause d’une pluie à peu près ininterrompue », écrit Nissim de Camondo à son père le 26 juin. Ce mauvais temps lui permet de s’absenter. Il vient à Paris assister au mariage de sa cousine Irène Halfon avec Robert Anspach. Voyage éclair et éprouvant, Nissim est de retour le 23 juin. Les permissions se succèdent. Alfred Bordage, commandant l’escadrille est rentré le 24 juin, Jean Grange, observateur part à son tour le 25 juin.

Mardi 20 juin
Photos Daillens. Visite Pépin. Retour Pippo.

Mercredi 21 juin
Photos 8h. matin. Départ Paris 11h.

Jeudi 22 juin
Journée Paris. Mariage Irène. Dîner Armenonville.

Mercredi 23 juin
Retour par train 8h. Chaleur effroyable.

Jeudi 24 juin
Mauvais temps. Retour de Bordage.

Vendredi 25 et samedi 26
Immédiatement pagaïe complète. Histoire de Delavenue. Grange en perme. Pluie.

DU 13 AU 19 JUIN

Le changement d’heure dans « Le Petit Parisien » du 14 juin 1916

À la date du 14 juin Nissim de Camondo écrit « changement d’heure ». La Grande Guerre est à l’origine d’une heure d’été ou heure de guerre et les principaux belligérants y ont recours. Cette mesure préconise d’avancer les pendules et les montres d’une heure afin d’économiser la lumière artificielle et donc le charbon, qui, devenu précieux dans le cadre de l’effort de guerre sera plus utile pour la Défense nationale.
Adoptée le 8 juin 1916, la loi sur l’heure de guerre entre en vigueur le 14 juin à onze heures du soir. Le retour à l’heure normale aura lieu cette année là, le dimanche 1er octobre.

Mardi 13 juin
Châlons (Rob. De Rothschild).

Mercredi 14 juin
(changement d’heure).

Jeudi 15 juin
Châlons (Rotival – Benoît).

Vendredi 16 juin
30’ de vol avec Dagouassat. Reconnaissance du secteur.

Samedi 17 juin
Photos. 1h avec Daillens.

DU 7 AU 11 JUIN

Gravure du début du XXe siècle représentant Marchand

Nissim de Camondo fait le voyage en sens inverse pour regagner Paris et rejoindre son escadrille qui est désormais basée plus près du front, au sud de Suippes (Marne). Les baraques en planches qui composent le camp sont, d’après lui, très agréables. En septembre 1915, elles formaient le quartier général du général Marchand, d’où le nom de « camp Marchand » donné à ce qu’il appelle « notre village ».

Mercredi 7 juin
Retour Toulon et départ Paris 17h.

Jeudi 8 juin
Arrivée Paris matin 7h.

Vendredi 9 et samedi 10 juin
Paris

Dimanche 11 juin
Rentrée à l’Escadrille. Camp Marchand.

Mai 1916

DU 30 MAI AUJUIN
Pendant cette semaine de permission, Nissim de Camondo rejoint son amie Renée Dorville (surnommée « Ninette ») et profite de la tranquillité de la côte d’azur, de la chaleur et de la beauté des paysages plantés de palmiers.

Carte postale de Hyères

Mardi 30 mai
Départ de Brocourt2 en coucou pour Courtisols par la pluie avec Grossard.

Mercredi 31 mai
Départ pour Paris, Dupré, Daillens.

Jeudi 1er juin
Paris. Départ pour Toulon 20h15.

Vendredi 2 juin
Arrivée Toulon matin ; Ninette. Hyères pour dîner.

Samedi 3 juin
Longue promenade. Allons à Mont-Clair.

Du dimanche 4 au mardi 6 juin
Mont-Clair par Hyères.

DU 23 AU 29 MAI

Saucisse de Blanzy
© ECPAD/France/1915-1918/Robertet, Paul

En dépit de toutes les annonces, la prise de Douaumont ne se concrétise pas. Le corps d’armée de Nissim de Camondo est relevé en grande partie et l’escadrille suivante déjà sur place, mais les hommes demeurent encore inoccupés. Nissim en profite pour monter à cheval, sa première passion avant celle de l’aviation. Dans un courrier à son père, il l’informe des pertes parmi les aviateurs : « depuis quelques jours ; tous les jours il y en a 2 ou 3 dans la région. Les Allemands sont exaspérés que nous ayons brûlé leurs 6 saucisses l’autre matin et ils essayent d’en faire autant ».

Mardi 23 mai
Enterrement de Chûray.

Jeudi 25 mai
Rencontre de Robert Halfon.

Samedi 27 mai
Visite à la C. 4. Caraco.

DU 16 AU 22 MAI
Nissim de Camondo réalise presque chaque jour des photographies. Son engagement et sa valeur dans ce domaine lui valent une citation à l’ordre du 9e corps d’armée en tant qu’observateur photographe : « Observateur en avion de haute valeur, ayant montré en diverses circonstances de remarquables qualités de courage et de sang-froid, notamment en prenant des photographies du secteur du corps d’armée devant Verdun, malgré les attaques quotidiennes de plusieurs avions ennemis en groupe et puissamment armés (avril-mai 1916). ».

L’enthousiasme du pilote est à nuancer car les combats féroces menés au Fort de Douaumont se soldent par un échec.

Mardi 16 mai
Photos 13 x 18 – draps de 304 – Griffau.

Mercredi 17 mai
Photos 18 x 24 - d° d°

Jeudi 18 mai
Photos

Vendredi 19 mai
Arrivée de la C. 13.

Samedi 20 mai
Je suis cité au C.A.

Dimanche 21 mai
Photos faites par la C. 13.

Lundi 22 mai
Photos de Verdun. Prise de Douaumont.

DU 9 AU 15 MAI

1916, un avion Nieuport à Froidos

En ce printemps 1916, l’escadrille 33 est stationnée non loin de Verdun. Dans une lettre adressée à son père le 9 mai, Nissim de Camondo évoque la puissance des assauts ennemis dans le secteur de la côte 304 où il se trouve, « nous avons été absolument écrasés sous les bombardements ».
Le 9 mai, Nissim écrit dans son journal « Arrivée de la Division Marocaine ».Tout au long du conflit, en effet, le Maroc s’est engagé aux côtés de la France. Dès 1915 les troupes marocaines reçoivent le nom de Régiment de Marche des Tirailleurs Marocains. Partie prenante de toutes les grandes offensives, le RMTM, participe à la bataille de Verdun.

Mardi 9 mai
Meilleures nouvelles de N. Arrivée de la Division Marocaine.

Mercredi 10 mai
50’ de vol avec Gressard. Brouillard et nuages.

Jeudi 11 mai
Benazet rentre avec son coucou cisaillé par des balles de mitrailleuses.

Vendredi 12 mai
Mauvaises nouvelles de Ninette ?

Samedi 13 mai
Daillens, Coucou, Bar, Paris.

Dimanche 14 mai
Paris

Lundi 15 mai
Quitte Paris à midi. Arrivée Froidos ? Cap. De St Sauveur.

DU 2 AUMAI
Le 2 mai, les Allemands tentent une série d’attaques sur Verdun. Ils sont chaque fois repoussés. Dans les deux camps qui s’affrontent en ces lieux depuis février 1916, les pertes sont énormes. La mission des aviateurs et des photographes se poursuit, tant pour informer que pour combattre. Petite colline située au nord-ouest de Verdun, la côte 304 est un emplacement idéal pour observer le champ de bataille, les villages de Malancourt et Hautcourt, au nord, ainsi que la vallée d’Esnes, au sud. Elle offre surtout une position de tir stratégique pour appuyer les combats qui se déroulent au « Mort-Homme », à l’est.

Vue panoramique du terrain des opérations entre Avocourt et la rive gauche de la Meuse

Mardi 2 mai
Photos assez faciles.

Vendredi 5 mai
Grande attaque Boche sur 304. 2 reconnaissances de photos.

Samedi 6 mai
Impossible photos. Temps brumeux. Mino perdu.

Dimanche 7 et lundi 8 mai
Pluie continuelle. Très mauvaises nouvelles de N.

Avril 1916

DU 25 AVRIL AU 1ER MAI

Faïencerie de Montereau, Félix Boutreux, assiette, La Bataille, service « Commémoration de la guerre de 1914-1918 », 1917
Faïence. Les Arts Décoratifs. Inv. 20672 C.
© Les Arts Décoratifs / photo : Jean Tholance

Le beau temps revenu, les campagnes photographiques menées par Nissim de Camondo s’intensifient à tel point qu’il est maintenant « surchargé de travail », comme il l’écrit à son père le 25 avril 1916. Le jeune observateur sait combien ses photographies aériennes « rendent actuellement des services inappréciables » d’autant que les assauts sont à cette date de plus en plus intenses et réguliers sur le front. Dans les airs, Nissim de Camondo et ses compagnons d’escadrille dont le pilote Grange qui est parvenu à mettre en péril un Luftverkehrsgesellschaft (LVG) en le mitraillant, sont régulièrement confrontés aux attaques ennemies et à la mort. Au sol, il constate : « le bombardement réciproque est toujours formidable et la situation des troupes aux tranchées est un enfer ».

Mardi 25 avril
Photos difficiles sur 304.

Mercredi 26 avril
Photos très difficiles sur 287, Haucourt, bois des Peupliers, etc. Boches en masses. (Pilote M.F. 19 Stugaki).

Jeudi 27 avril
Photos difficiles. Trelluyer.

Vendredi 28 avril
Photos très difficiles avec Stugocki, convoqué par Grange et Trelluyer. Attaque des 2 L.V.C.- 2 Kokers.

Samedi 29 avril
Photos très faciles. Pas de Boches mais beaucoup de vent. Stugocki et 2 convoyeurs.

Dimanche 30 avril
Photos faciles. Stugocki et 1 convoyeur. Petit Charles vient nous voir.

Lundi 1er mai
Photos faites par Dorsand. Retour de Dupré. Ninette malade.

DU 17 AU 24 AVRIL

Agence Rol, Le tir d’un canon de 155 mm - artillerie en Argonne, 1915
Photographie sur verre
Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des Estampes et de la Photographie

Les lettres que Nissim de Camondo adresse à son père ainsi que les rares informations fournies par son journal font état des déplacements de l’escadrille en route vers Verdun. Malgré quelques campagnes photographiques, parfois rendues pénibles par le mauvais temps, les longues journées d’attente qui ponctuent chaque étape (Bar-le-Duc, Brocourt, Avocourt) semblent lasser le jeune soldat qui annonce à son père le 20 avril : « Il paraît que nous allons dans un pays de sauvages ». Il précise aussi que si les courriers se font plus rares dans les s à venir, c’est que « malheureusement notre terrain est à portée du canon et on nous bombarde souvent ».

Lundi 17 avril
Quitte le Plessis.

Mardi 18 avril
Rejoint l’Esc. A Bar-le-Duc.

Mercredi 19 et jeudi 20 avril
Vie monotone ? Attendons le départ pour Verdun.

Dimanche 23 avril
Dimanche. Départ pour Brocourt 5h matin.

Lundi 24 avril
Photos faciles sur Avocourt. Nuages. Pagandet

S DU 4 AU 16 AVRIL
Après un bref séjour à la villa Béatrice, propriété acquise dès 1904 par Moïse de Camondo à Aumont dans la forêt d’Halatte (Oise), où parties de chasse, équitation et tennis ont rythmé le quotidien de la famille durant les week-ends, le caractère particulièrement laconique des notes laissées par Nissim de Camondo dans son journal et l’absence de correspondance en ce début du mois d’avril laisse supposer peu de nouveautés dans la vie du jeune pilote et de la compagnie cantonnée au Plessis-Belleville. Alors qu’il est bientôt question de rallier Verdun, les bombardements ennemis s’intensifient sur le front. A chaque attaque, les pertes de l’armée française sont de plus en plus lourdes.

Anonyme, Aumont (Oise) – La Villa Béatrice, carte postale
Senlis, bibliothèque municipale

DU 28 MARS AUAVRIL

Bureau du commandant du terrain du Groupe des Divisions d’Entraînement (GDE) du Plessis-Belleville, (Oise) en mars 1916

L’importance du rôle de l’aéronautique durant la guerre a conduit à la création d’écoles de pilotage ainsi que de plusieurs centres de perfectionnement destinés aux pilotes brevetés. Le Groupe des Divisions d’Entraînement (GDE) qui ouvre un site au Plessis-Belleville (Oise) en 1916 est un passage obligé pour tous les aviateurs.

Vue aérienne du terrain du Groupe des Divisions d’Entraînement (GDE) du Plessis-Belleville, (Oise) en mars 1916

Le site va étendre ses compétences à diverses spécialités techniques dont la photographie aérienne qui s’impose comme un indispensable outil d’observation des positions ennemies pour préparer les offensives. En tant qu’observateur aérien, chargé de missions photographiques, Nissim de Camondo vient au Plessis-Belleville, fin mars 1916, participer à un stage de perfectionnement.

Mardi 28 mars
Je pars pour Le Plessis-Belleville.

Du jeudi 30 mars au dimanche 16 avril
Stage au Plessis. Couche presque tous les soirs à Paris. Diner Maisons-Lafitte une fois. Aumont une fois. Pipo part pour le 33, etc. etc.

Mars 2016

DU 21 AU 27 MARS
Une lettre adressée à Moise de Camondo cette nous apprend que Nissim viens de faire l’acquisition d’un vérascope, appareil photographique stéréoscopique pour lequel il demande « quelques boites de plaques rapides » ainsi qu’un étui. Solide et compact, supportant les variations climatiques et capable de restituer la troisième dimension en produisant deux photographies simultanément grâce à un double objectif pour les visionner en relief, le vérascope, imaginé par Jules Richard (1848-1930) à la fin du XIXe siècle, est une véritable révolution dans le domaine de la photographie. Le mauvais temps condamnant l’équipage à rester au sol, Nissim prévoit « d’apprendre la photo à fond » lors d’un prochain passage au Plessis-Belleville.

Jules Richard, Vérascope, 1908
Chalon-sur-Saône, musée Nicéphore Niépce, inv. 3l42
© musée Nicéphore Niépce

Dimanche 21 mars
Mauvais temps.

Lundi 22 mars
Déjeunons et dînons plusieurs fois aux Dunes.

Mercredi 24 mars
Cinéma

Mercredi 25 mars
Déjeuner et dîner aux Dunes

Jeudi 26 mars
Départ de Ninette pour Paris

DU 14 AU 20 MARS

Un timbre de la série « Poste aérienne » rend hommage à Gaston Caudron, originaire du Crotoy dans la Somme, pionnier de l’aviation avec son frère René.
Le portrait de l’aviateur est dressé à côté d’un avion Caudron R4, grand bimoteur à fuselage puissamment armé. Ce timbre est l’œuvre de l’illustrateur Jame’s Prunier et du graveur André Lavergne.
© DR

Nissim de Camondo a commencé le pilotage le 13 mars. Ses formateurs décèlent chez lui de bonnes dispositions, ce qu’il s’empresse d’écrire à son père. Il effectue ses premiers vols en tant que pilote avec Jean Daillens et Marcel Gressard qu’il connaît bien désormais. Il retrouve son père, sa sœur Béatrice puis Ninette quelques jours plus tard.

Mardi 14 mars
Temps splendide. 1h.30 de vol avec Gressard : Eu, Dieppe et retour. 10’ pilotage avec Daillens.

Mercredi 15 mars
Promenade à pied. 2 Caudrons réalisés.

Jeudi 16 mars
1 Caudron à la mer. Téléphone avec Ellissen.

Vendredi 17 mars
Arrivée Papa et Béatrice.

Jeudi 18 mars
Déjeuner aux Dunes. Baptême de l’air P.

Vendredi 19 mars
Déjeuner aux Dunes (et B. – Fournier-Sarlovèze).

Samedi 20 mars
Déjeuner P. et Bella. Arrivée Ninette par Abbeville.

DU 7 AU 13 MARS

Carte postale

Un long texte est retranscrit dans le journal. Une chanson, un poème ? Faut-il y voir la plume de Nissim de Camondo ? Ces mots, écrits en décembre alors qu’il est toujours affecté au 21e régiment de dragons, relatent avec humour les épisodes vécus quelques mois plus tôt : l’inondation des tranchées – la fête nautique ! – la décoration du général de Lastours, la mort du commandant Saglio… Des militaires déjà mentionnés auparavant dans le journal y sont également cités, comme le général Conneau, qui a dirigé le régiment de Nissim de Camondo en 1914, ou le commandant Balaresque. La musique et les chants ont une place importante dans les tranchées et les soldats préfèrent les airs que les chansonniers ou eux-mêmes composent aux musiques militaires imposées par les autorités. « La Chanson de Craonne », « Non, non, plus de combats » ou « Dans les tranchées de Lagny » en sont quelques exemples.

Mardi 7 mars
Neige. Béthune. Davis. Ah.30 piloté par Dupré le matin.

Mercredi 8 mars
2h15 de coucou. Triangle. Dupré. St-Omer. Colonel Desvalières.

Jeudi 9 mars
Avec Bordage. Le Crotoy, Berk et retour.

Vendredi 10 mars
Le Crotoy. Cantonnement et retour avec Gressard.

Samedi 11 mars
Davis et Cummingham. Visite du ballon.

Dimanche 12 mars
Départ avec Gressard en coucou pour Le Crotoy. Nuages et descente à Humières. 1h20 de vol.

“Un beau jour on apprit que l’corps de cavalerie
Sans doute afin d’donner une dernière comédie
Ah ! mes enfants !

Sollicitait du général d’Urbal l’honneur
De prendre pour un’ fois l’commandement d’un secteur.
Ah ! mes enfants !

Au début tout l’monde crût qu’ c’était un’ rigolade
Et l’on se gondola à s’en rendre malade
Ah ! mes enfants !

Mais quand on fut officiellement prévenu
Alors du coup personne ne rigola plus.
Non ! mes enfants !

Le Général Conneau voulut qu’à l’occasion
Son Etat-Major entend’ le son du canon. Ah ! mes enfants !

Maissiat ronchonnait tout bas dans l’ Q.G. d’Auxi :
Mais le son du canon on l’entend très bien d’ici.
Oui ! mes enfants !

La Tour du Pin disait : Si vous croyez qu’ c’est drôle
L’ son du canon, ça n’ s’entend qu’ dans la Carmagnole.
Oui ! mes enfants !

Toussaud trouvait qu’ c’ n’est pas une idée banale
Au début d’ l’hiver d’ lâcher le chauffage central.
Oui ! mes enfants !

La 3e division, dont la France est si fière
Eut l’honneur de prendre le secteur la première.
Ah ! mes enfants !

Et Robillot disait : ce Lastours est veinard
Pourvu qu’il n’aille pas baiser les Boches en canard.
Oui ! mes enfants !

Boisredon très inquiet disait à Poidebard :
Faut pas vous affoler, le secteur est peinard.
Ah ! mes enfants !

Cependant j’ vous engage, car parfois on écope,
A n’ jamais regarder que dans un périscope.
Oui ! mes enfants !

Le pauvre Saglio pensait : « Ma croix de guerre
Qu’ j’ai si péniblement décrochée à l’arrière.
Oui ! mes enfants !

Ce serait vraiment de la guigne, nom de nom,
D’aller la perdre tout justement sur le front. »
Oui ! mes enfants !

Pour garder le secteur on mit du personnel :
4 ou 5 généraux, 8 ou 10 colonels.
Ah ! mes enfants !

Des chefs d’escadron on en voyait tant et plus
Si bien qu’on n’ savait plus où caser les poilus.
Non ! mes enfants !

Pour faire du nouveau, à force de chercher,
On inventa le rôl’ de major de tranchées
Ah ! mes enfants !

Et pour qu’ la comédie devienne plus grotesque
On s’empressa d’ confier le rôle à Balaresque.
Oui ! mes enfants !

À chaque instant ces Messieurs de l’Etat-Major
Très affairés demandent d’urgence un rapport,
Ah ! mes enfants !

Pour savoir si en cas d’attaque, vivement
Ils auraient à Barincourt le temps d’ f’ le camp.
Oui ! mes enfants !

Allo ! vite un rapport pour dir’ si les All’mands
Quand ils tirent le canon mettent des obus dedans ;
Oui ! mes enfants !

Allo ! n’oubliez pas qu’ pour les fusées il faut
Avoir soin d’ toujours allumer par en haut ;
Ah ! mes enfants !

Allo ! Gastineau si vous voulez des rondins
J’ vais vous faire scier de charmants p’tits sapins.
Ah ! mes enfants !

Des rondins si c’est possible, envoyez-les nous,
Mais quand à nous faire scier, je m’en rapporte à vous.
Oui ! mes enfants !

Un beau jour vint la flotte et ce secteur unique
Devint le théâtre d’une vraie fête nautique.
Ah ! mes enfants !

L’eau monta tellement que dans tous les boyaux
Pour circuler il aurait fallu des bâteaux.
Oui ! mes enfants !

Alors, prenant enfin un parti héroïque,
L’Etat-Major de la Division, l’air tragique,
Ah ! mes enfants !

Se transporta en grande pompe à Gastineau
Et s’écria en chœur : Que d’eau, que d’eau, que d’eau !
Ah ! mes enfants !

`Mais comm’ le soir à Gouy y’avait un’ grande fête
Ils rentrèr’nt au galop faire un brin de toilette
Ah ! mes enfants !

Et le soir, tous frisés, pommadés et musqués,
Applaudir’nt aux couplets contre les embusqués.
Oui ! mes enfants !

En les voyant sortir un poilu derrière eux
Murmura : Nom d’un chien ! si c’ n’est pas malheureux
Ah ! mes enfants !

D’penser qu’avec le bois de ces tréteaux charmants
On ferait de si bons abris d’ bombardement.
Oui ! mes enfants !

On n’saura jamais si ces Messieurs ont compris ;
Les uns prétend’nt que non, les autr’s prétend’nt que oui.
Oui ! mes enfants !

A quoi bon discuter, car voyons, entre nous,
Comm’ ça n’y chang’ra rien, pour ma part, je m’en fous !
Oui ! mes enfants !”

Lundi 13 mars
On s’installe bien. Déjeuner avec Roumefort au Mess de l’Ecole. 1er pilotage. 30’ avec Daillens

Février 1916

du 29 février au 6 mars

1916 est une année bisextile, mais ce début de mars ne déroge en rien aux habituelles giboulées. Le temps s’égrenne selon la météo et plus encore depuis que Nissim de Camondo survole les lignes avec les différents pilotes déjà évoqués. La neige est dangereuse pour les aviateurs car outre les remous terribles que les nuages occasionnent, en cas de panne, elle empêche toute possibilité de choisir un champ propice pour atterrir. Suite au départ de l’officier photographe, Nissim de Camondo est désormais en charge de cette mission et réalise, pour s’entraîner, des « points pittoresques de la région ».

Mardi 29 février
Beau temps. Visite de Cummingham. Départ sensationnel.

Mercredi 1 mars
1h30 vol avec Gressard. Photos d’Arras, St Eloi, Loos etc. très bas.

Jeudi 2 mars
Pluie. Rien à faire

Vendredi 3 mars
Je prends la photo à l’Escadrille.

Samedi 4 mars
Neige

Dimanche 5 mars
Giboulées. 20 m. de coucou piloté par Dupré.

du 22 au 28 février

Frank Hurley, The Famous Leaning Madonna and Child in Albert
© DR

Nissim de Camondo passe par la ville d’Albert (Somme) le 27 février et rapporte dans une lettre à son père la « vision extraordinaire » de la ville, en particulier sa basilique avec la « statue dorée de la vierge qui est en haut, renversée dans le vide et suspendue par les pieds par un miracle d’équilibre. » Cette Vierge à l’Enfant, couronnant l’édifice construit par Edmond Duthoit vingt ans auparavant, subit les bombardements de la guerre (2000 obus en quatre ans). Le 15 janvier 1915, un obus transperce le dôme, projetant la statue dans le vide, maintenue alors uniquement par sa structure métallique. L’image fait le tour du monde. Photographiée pour la presse ou les cartes postales, « la vierge penchée », également appelée « Notre Dame de travers », frappe les esprits durant trois années. Incarnant tantôt la résistance (le sonnet La Vierge du clocher d’Albert écrit en 1915 par le poète et chansonnier Théodore Botrel), tantôt les horreurs de la guerre (des soldats disent que sa chute signifiera la fin de la guerre), elle tombe finalement le 18 avril 1918.

Dimanche 27 février
Retour Amiens. Auto Davis. Albert.

Lundi 28 février
Vilain temps. Pilote anglais perdu à déjeuner.

du 15 au 18 février

Le temps est très pluvieux depuis le début du mois de février et pendant plusieurs jours souffle un vent violent qui fait d’importants dégâts, détruisant des appareils au sol et des hangars. Cette situation condamne les observateurs à l’inactivité, toutes les missions aériennes de renseignements photographiques sont suspendues. Dans une lettre datée du 16 février, Nissim de Camondo écrit à son père, « Le résultat immédiat c’est que nous les observateurs, nous n’avons plus rien à faire (…) il se pourrait qu’il y ait un grand départ en permission ». La permission se confirme, Nissim réécrit dès le lendemain, « il est probable que je serai à la maison samedi ou dimanche au plus tard ».

Terrain d’aviation, hangar avec Farman S 11 au premier plan
Commune de Merville (Nord)
© DR

Mardi 15 février
tempête ) Dupré et moi allons inutilement à la cantine d’Aire. Revenons à Béthune et faisons achats grâce à un officier de Marine.

Mardi 16 février
Ouragan. Hangars et coucous détruits.

Mercredi 17 février
Promenade. Verquin Me Démazière, Béthune.

Jeudi 18 février
Permission. Auto. Abbeville

du 8 au 14 février

Préparation avant le vol (Nissim de Camondo est au second plan, au centre)
Photographie argentique.
Paris, Archives du musée Nissim de Camondo

Alors que les combats continuent de faire rage entre Arras et Béthune, Nissim de Camondo et l’adjudant Jean Daillens multiplient les missions de reconnaissance aériennes. Le vendredi 11 février, il écrit à son père, « j’étais à environ 1000 mètres au-dessus de cet enfer […] et l’absence totale de bruit, me faisait prendre ce combat gigantesque pour un joujou d’enfants ». Lorsque le mauvais temps ne permet pas de survoler le front, les déplacements se font en automobile. Au sol, la réalité de la guerre trouble le jeune observateur de l’escadrille. Nissim traverse alors avec amertume les villages désormais dévastés qu’il avait connus intacts deux ans auparavant.

Mardi 8 février
Vais à Fosseux. Phonographe. Dîner, Tetard, Proust.

Mercredi 9 février
1h10 de vol sur les lignes avec Daillens. Visite de Berard.

Jeudi 10 février
1h05 de vol avec Daillens sur les lignes. Ensuite à la liaison et dîner Béthune avec Anglais et Dupré.

Vendredi 11 février
Tour des batteries. Bully-Grenay, Bouvigny. Dîner Boril, Davies, Berard.

Samedi 12 février
Déjeuner avec les Anglais à Esdigneul. Visite de Fleury.

Dimanche 13 février
Visite du Cl du Touchet – 4e Spahis- Pluie et vent en tempête.

du 1er au 7 février

Parmi les pilotes de l’escadrille MF33 figure l’adjudant Jean Daillens avec lequel Nissim vole fréquemment
Carte postale «  Le biplan Sommer, piloté par Daillens  », 1910

Passionné par ses missions aériennes, Nissim de Camondo les partage par courrier avec son père. Il détaille notamment les qualités de son 130 doté d’un moteur Renault 12 cylindres « absolument merveilleux ». Les vols sont parfois suspendus pour cause de brouillard ou de grands vents, Nissim de Camondo en profite pour poursuivre sa découverte de l’artillerie. Son passage à la cantine anglaise incarne le début d’une collaboration plus étroite avec les forces britanniques, très présentes dans la Somme et qui viennent d’introduire en janvier 1916 la conscription après deux années d’engagement basées sur le volontariat.

Il n’y a pas tant d’aviateurs nommé Daillens dans les registres de l’armée de l’air, celui représenté sur cette carte postale, Jean Daillens, pilote depuis 1910, peut donc être celui avec lequel Nissim de Camondo vole ce 5 février 1916.

Mardi 1er février
9h matin. Visite du Penty. Je ne vais pas à Cazaux.

Mercredi 2 février
Départ 1h après-midi. Temps médiocre. Arrivée Bruay à 1h40 dans la brume.

Jeudi 3 février
Arrivée de Rouch. Après-midi à la popote.

Vendredi 4 février
Promenade auto. Cantine Anglaise à Aire.

Samedi 5 février
1h20 de vol avec Daillens ; reconnaissance du secteur.

Dimanche 6 février
Visite de Mallet.

Lundi 7 février
Promenade à Béthune.

Janvier 2016

du 25 au 31 janvier

Nissim de Camondo poursuit son apprentissage d’observateur dans l’aviation. Toujours éloigné du front, cette période de tranquillité et d’initiation contraste avec la situation à Paris où la tension est plus palpable : dans la nuit du 29 au 30 janvier, un zeppelin allemand bombarde la ville et fait une vingtaine de victimes. Dans sa correspondance et son journal, Nissim de Camondo évoque les difficultés d’atterrissage des avions, en particulier sur le sable sec qui surprend les équipages et occasionne des capotages et des accidents parfois mortels. Le pilote qui accompagne Nissim de Camondo, et que ce dernier apprécie, est Marcel Gressard, un aviateur engagé dans l’escadrille MF 33 en 1915, qui meurt au combat en juillet 1917.

Marcel Gressard en mai 1913
© Corpus historique étampois

Lundi 31
Ramène N. à Abbeville 7h. soir. Ballade en ville avec Dupré. Couche chez la modiste. Retour.

Dimanche 30
Excellente journée. N. vient après dîner au Château.

Samedi 29
Excellente journée. N. me plume aux cartes.

Vendredi 28
Arrivée à Boutifer. Chambre froide, etc.

Jeudi 27
Changement de chambre. Ninette arrive à 2h. du matin.

Mercredi 26
Allons à Abbeville, au parc d’autos. Rencontre la petite pharmacienne à la gare. Dépêche de N.

Mardi 25
Beau temps. Le Crotoy. Capotage. Roumefort. Toulouse. Bamberger. Photos. Colère du patron.

du 18 au 24 janvier

Hermann-Paul, « Le Retour des aviateurs », dans Hermann-Paul (et. al.), « La Grande Guerre par les artistes (1914-1918) »
© DR

Les mauvaises conditions climatiques ne permettent pas à Nissim de Camondo d’effectuer de nombreux vols. Son quotidien est donc plus paisible et presque « mondain » : il reçoit la visite de Christian Mallet – dragon, puis cavalier dans l’infanterie qui fera paraître le mois suivant, en février 1916, ses souvenirs intitulés Étapes et Combats. Souvenirs d’un cavalier devenu fantassin – ainsi que celle de Charles de Noailles, futur mécène et collectionneur d’artistes de l’avant-garde, commanditaire de la célèbre villa Noailles réalisée par Robert Mallet-Stevens à Hyères à partir de 1923. Nissim de Camondo déjeune également avec le commandant de l’aéronautique de la 10e Armée, Paul du Peuty.

Lundi 24
Mauvais temps. Après-midi à la popote.

Dimanche 23
Voyagé toute la nuit. Arrivée Sq. Thiers 3 h. matin. Personne. Colère. Retour midi 35. Arrivée Abbeville. Canards. Sailly Brey.

Samedi 22
Déjeuner St-Pol Commt du Penty. Train 5h43 Abbeville.

Vendredi 21
Départ 4h. du matin. Malassise. Aumont. Retour par Amiens. (Grange – pneu crevé)

Jeudi 20
Mauvais temps.

Mercredi 19
Très beau voyage Avion 130. Bruay Doutiger 1 h. vent, soleil (Et. Major 2 devis, infant. Gl Lefebvre et Patin ? (Balsan).

Mardi 18
Auto, déjeuner Cl Guillochau. Visite de Charles de Noailles et de Christian Malet.

du 11 au 17 janvier

Nissim de Camondo devant un Farman de l’escadrille MF 33 en 1916
Archives du musée Nissim de Camondo
© Les Arts Décoratifs, Paris

Nissim de Camondo est affecté le 11 janvier à l’escadrille MF 33 en qualité d’observateur. Il en est informé le 15 et part à Bruay pour commencer sa formation dès le lendemain. Cette escadrille a été créée en octobre 1914 et possède des avions de modèle Maurice Farman, qui ne sont pas très rapides selon le nouvel arrivant, mais qui permettent néanmoins le succès des missions de reconnaissance grâce aux aviateurs et observateurs audacieux. Cette nouvelle affectation enthousiasme le jeune homme.

Lundi 17
Auto, 9e Corps, Barlin. Chasse Bordage.

Dimanche 16
Arrivée M.F. 33. Bruay.

Samedi 15
Tel. Peralda. Vicot, chevaux.

Jeudi 13
Averse grêle. A cheval. Retour de Sartiges.

Mardi 11
Marmitage de Gastineau (carreau cassé). Je suis relevé par Sartiges.

du 3 au 10 janvier

Anonyme, « La Cathédrale d’Arras »
Photographie prise le 15 décembre 1915
© Laughton

Après avoir fait ripaille pendant quelques jours grâce aux colis envoyés par sa famille et au champagne du gouvernement, Nissim de Camondo retrouve la cruauté de la guerre et ses horreurs dans la ville d’Arras sinistrée. En ce début janvier 1916, il espère intégrer l’escadrille MF 33, alors placée sous le commandement du capitaine Alfred Bordage.

Dimanche 9 et lundi 10
Lettres aigres-douces au sujet des bicyclettes.

Samedi 8
Parti pris de Balaresque.

Vendredi 7 _ Je remonte à Gastineau avec le 1e G.L. Colonel Gillois.

Jeudi 6
Excurs. A Arras. Lettre de Bordage.

Lundi 3
Je descends à Bailleval. Bavincourt. Général. Peralda.

Décembre 1915

Samedi 18
Gouy. Diesbach. Pichat.

Dimanche 19
Cheval Avesnes-le-Comte.

Lundi 20
Cheval Sory. Esc. N° 57. Téléphone Bordage.

Mardi 21 et mercredi 22
Fin de notre installation à Lesseps et à moi. Sartiges part en permission.

Jeudi 23
Départ pour les tranchées. Alouette et

Vendredi 24
de Bellecourt. Triste réveillon.

Dimanche 26
Arrivée des poulets truffés.

Lundi 27
Visite de Lastours et Violaud.

Mardi 28
Arrivée fruits, pâtés Larue.

Mercredi 29
Mort du commandant Saglio.

Jeudi 30
L’eau commence à diminuer…

Vendredi 31
Marmitage sur les Anglais.

Du 9 au 17 décembre 1915

Temps béni où Nissim de Camondo est en permission à Paris auprès des siens.

Du jeudi 9 au vendredi 17
Permission.

Du 1er au 6 décembre 1915

Félix Boutreux, assiette Gloire aux aviateurs, 1917
Inv. 20676 K
© Les Arts Décoratifs / Béatrice Hatala

Revenu en 3e ligne, Nissim de Camondo réfléchit à cette guerre qui se poursuit et aux missions qu’il pourrait plus efficacement mener. Il pense déjà à demander l’aviation en qualité d’observateur. Organisé, il fait en sorte d’être sollicité personnellement par un commandant d’escadrille. Mais son commandant qui l’apprécie et souhaite le conserver près de lui ne lui laisse pas augurer une suite positive.

Mercredi 1er
Déjeuner Peralda, Bordage, F. Dupré.

Jeudi 2
Le Commandant refuse demande Aviation.

Vendredi 3
Déjeuner à Fosseux. Ma demande est faite et le certificat de médecin aussi.

Dimanche 5
Ballade à Berles.

Samedi 6
Déjeuner à Gastineau. Dîner Liautey.

Du 23 au 30 novembre 1915

Francois Flameng, « Souchez, 18 décembre 1915 »
© DR

Un seul tir, et c’est à nouveau la désolation dans les rangs. Les hommes sont toujours sous la menace du feu ennemi. Alors que le secteur était annoncé calme, 2 obus tombent à nouveau, tuant 4 hommes et blessant 5 de ces combattants qui s’étaient abrités, mais sous une toiture insuffisante. Les questions de relèves et permissions, cruciales dans de telles circonstances, dépendent de l’état-major de la Division, qui, alors que les positions se stabilisent, fait en sorte de conserver les hommes 15 jours en place, les escadrons se relayant entre la 1re ligne, à 800 m des positions allemandes, et un secteur mieux protégé.

Mardi 23 novembre
Départ 8h. pour tranchées. Installation. Gastineau.

Mercredi 24 novembre
Secteur calme. Guigne terrible. 4 tués et 3 blessés 1er esc. Arrivée Danglade.

Samedi 27 novembre
1er, 2e, 3e esc. Relevés par 4, 5, 6. D’Espies nous quitte.

Dimanche 28
Coup de téléphone. Cne Peralda. C. 56.

Lundi 29 et mardi 30 novembre
Rien de nouveau.

Du 16 au 22 novembre 1915

Félix Boutreux, assiette Gloire aux mitrailleurs, 1917
Inv. 20676 E
© Les Arts Décoratifs / Béatrice Hatala

La mort de Thouroude, dans d’atroces souffrances, a ébranlé le lieutenant en second du peloton de mitrailleurs du 3e Groupe léger, qui a également adressé des condoléances empreintes d’humanité et de réconfort à la mère de Lucien Villetard, mitrailleur, mort dans ses bras. Il est, pour cette période et pour quinze jours encore, le commandant de tous les mitrailleurs du groupe.

Mardi 16 novembre
Enterrement de Thouroude. Triste. Froid de canard.

Mercredi 17 novembre
Mise en ordre tous papiers etc.

Jeudi 18 novembre
Vais à Berle et Savy. Michelette. Auto.

Vendredi 19 novembre
Tir le matin.

Samedi 20 novembre
La fuite. N. 57. St Pol, Amiens, Paris.

Dimanche 21 novembre
Gontault-Biron. Retour.

Lundi 22 novembre
Arrivée Fosseux midi.

Du 9 au 15 novembre 1915

Les conditions météorologiques sont toujours aussi pénibles pour les combattants, pluie et boue sont leur quotidien. Le canon de 150 est une arme puissante, qui fait des dégâts importants dans les lignes adverses. Dans un courrier à son père, Nissim de Camondo décrit avec précision ce que produit un tel engin : « Les bougies s’éteignent, nous sommes aveuglés par la fumée, la terre, les vitres se brisent en mille morceaux et, dans la demi obscurité, j’ai l’impression que tout bouge, que les piliers remuent et que tout va nous tomber sur la tête. Le silence se rétablit et, au milieu des gravats et des décombres, je vois mon malheureux Thouroude par terre, essayant de se relever, et, dans l’escalier à pic qui mène à l’orifice extérieur, le corps étendu à la renverse d’un de mes mitrailleurs. Je vous fais grâce des autres détails ; toujours est-il que Thouroude avait deux éclats d’obus dans les reins et la colonne vertébrale atteinte. Transporté immédiatement à l’ambulance de Beaumetz-les Loges et opéré immédiatement, il y est mort dans la nuit après avoir gardé toute sa connaissance jusqu’au bout et après avoir répété vingt fois qu’il était heureux de mourir pour la France. Il est mort en vrai héros. » Son régiment quitte comme cela était prévu ces lignes exposées et atteint Fosseux (près d’Arras) pour huit jours de repos, après 12 kilomètres de marche.

Mardi 9 novembre
Vais photographier l’église.

Mercredi 10, jeudi 11 et vendredi 12 novembre
Calme plat. Popote au petit Moulin.

Samedi 13 novembre
150 arrive sans éclater.

Dimanche 14 novembre
Visite de Lastours. Popote avec Cap. De Rosiers. 150 me fiche par terre. À 4 h. de l’après midi un 150 atteint Thouroude et Villetard. Relève de Guirray. Arrivée 11 h. soir Fosseux.

Lundi 15 novembre
8h du matin mort de ce malheureux Thouroude.

Du 2 au 8 novembre 1915

Le courrier était essentiel pour le moral des troupes et le gouvernement mit tout en œuvre pour que sa distribution soit la plus rapide possible. La censure veillait à ce que les lettres des combattants ne transmettent pas d’informations stratégiques, ne dévoilent pas les conditions de vie dans les tranchées et ne véhiculent pas d’idées pacifiques. Mais les autorités savaient qu’une lettre reçue était un moment de distraction et de grande émotion pour ces soldats éprouvés. Les chiffres sont édifiants : pour l’armée française, 200 000 paquets transitaient chaque jour entre le front et l’arrière, tandis que près de 4 000 000 de lettres passaient chaque jour par le Bureau central militaire à Paris. « C’était la meilleure ration qu’on allait partager : ce qu’on touche de bonheur pour vingt-quatre heures. […]. Ceux qui n’avaient rien reçu s’écartaient découragés, et pour se soulager de leur rage impuissante, ils regardaient le fourrier d’un air mauvais, comme s’ils l’avaient vraiment soupçonné de jeter leur courrier aux feuillées. […] Gilbert était heureux. En prenant son paquet, il avait tout de suite reconnu la large enveloppe de Suzy qui dépassait. Une bouffée de bonheur lui était montée à la tête. Maintenant qu’il avait sa lettre dans sa poche, il n’était plus pressé de la lire, il ne voulait pas dépenser toute sa joie d’un seul coup. Il la goûterait à petits mots, lentement, couché dans son trou, et s’endormirait avec leur douceur dans l’esprit. » (Les Croix de bois, Roland Dorgelès, 1919).

Mardi 2 novembre
Pas de lettres

Mercredi 3 novembre
Pas de lettres

Jeudi 4 novembre
5 chiffons et 1 lettre.

Vendredi 5 novembre
Pas de lettres

Samedi 6 novembre
5 lettres. Bonheur !

Dimanche 7 novembre
Départ tranchées de Vailly, en face Ficheux et Blaireville. Bon secteur mais très sale.

Lundi 8 novembre
Sans incidents. Visite d’Edgar. Arrivée de Thouroude.

Du 26 octobre au 1er novembre 2015

Mathurin Méheut, le 13 janvier 1915, carnet de guerre
© DR

Nissim de Camondo déplore la perte d’un brigadier, mais poursuit sa mission en allant inspecter ses pièces dont l’une est installée à moins de 20 mètres d’un poste d’écoute allemand. Sous les pluies incessantes, les tranchées sont devenues boueuses et des éboulements se produisent. Vient enfin la relève. Soulagé, Nissim quitte ce secteur du Bois en Hache particulièrement éprouvant. A son arrivée à Queux, il peut se réjouir de la bonne livraison d’un phonographe demandé quelques jours plus tôt à son père. Malgré l’étonnement de voir de tels instruments à proximité du front, ceux-ci faisaient partie du divertissement des hommes dans les bases-arrière, voire dans les tranchées dem oins en moins rustiques au fur et à mesure que le conflit perdurait.

Mardi 26 et mercredi 27 octobre
Nuit du 26 au 27 : Attaque et tir de barrage fantastique ; tout tremble. (4e Cuir. 1 tué et 5 blessés).

Jeudi 28 octobre
Journée et nuit relativement calme.

Vendredi 29 octobre
Préparatifs de départ. Passons la …… à …….. Grand dîner avec Commandant Meignan. Relève admirablement faite et terminée vers 10h. Cependant Thomassin en panne 2h. matin. Revenons par la route. Autobus. Hersin. Bistro. Dép. Thouroude.

Samedi 30 octobre
Retour excellente auto. Arrivée Phono.

Lundi 1er novembre
Reçois un mot du 30 midi.

Du 20 au 25 octobre 1915

Explosion de l’usine de grenades de Tolbiac, à Paris : des pompiers sur les lieux de l’explosion.
© Source : Collections BDIC/Cl. Identité judiciaire

Venu remplacer le 3e Bataillon de Chasseurs à pied, le régiment de Nissim de Camondo est en première ligne entre Aix-Noulette et Givenchy. Le combat est intense, les espoirs d’une fin proche s’estompent. Outre les bombardements, les grenades fusent de part et d’autre. Elles sont de plus en plus utilisées dans les combats, même si, le 20 octobre 1915, rue de Tolbiac à Paris, l’usine dirigée par Louis Billant explose et dévaste le quartier faisant une cinquantaine de morts et plus de cent blessés. La vie s’organise dans les tranchées. Dans une lettre à son père, Nissim se félicite du confort de sa « cagnée » très profonde et taillée dans la pierre. Il sait qu’il a encore huit jours à combattre sous les bombardements incessants avant d’être relevé et regagner l’arrière.

Jeudi 21 octobre
Quittons Queux en autobus 7h. matin pour Aix-Noulette. Prenons tranchées face à Angres, à gauche du Bois en Hache ; petits chasseurs morts ; officiers du 3e bataillon.

Vendredi 22 octobre
Journée calme. Allons voir Robert.

Samedi 23 octobre
Un homme tué ; Goetz (br) blessé en déjeunant Cagna avec Commandant ; recevons éclats. (lettres de tous. N.)

Dimanche 24 octobre
Le Général n’ose pas venir. (Excursions aux cyclistes sape V)

Lundi 25 octobre
Visite du Pasteur Protestant.

Du 20 septembre au 13 octobre 1915

Carte des positions au 25 septembre 1915

En cette fin de septembre 1915, Nissim de Camondo a quitté le 3e régiment de hussards pour le 21e régiment de dragons, rejoignant ainsi l’état-major du groupe. Cette quinzaine est éprouvante, entre pluie incessante, boue gluante et espoir de passer enfin les lignes ennemies. En plus des canons français pris en nombre, 18 000 combattants ont été faits prisonniers en quelques jours.

Dans son journal de campagne, Nissim mentionne pour la première fois « Ninette », surnom de Renée Dorville, la jeune et belle infirmière de la Croix Rouge qui l’a soigné pendant sa convalescence et est devenue sa maîtresse.

Lundi 20 septembre
Voyage à Abbeville et retour Hesdin avec Ninette.

Vendredi 24 septembre
Départ en autobus pour

Samedi 25 septembre
Départ à pied pour Hermaville. Redépart à pied pour Habarq

Dimanche 26 septembre
Cantonnement bivouac à Habarq. Apprenons l’avance en Champagne et les 30 canons.

Lundi 27 septembre
Habarq

Mardi 28 septembre
Venons cantonner au Hameau. Apprenons 70 canons et prise cote 140.

Mercredi 29 septembre
Vais déjeuner à la C. R. Charles C.

Mardi 12 et mercredi 13 octobre
Départ en autobus pour Queux. Suis malade comme un chien.
48 h. à Abbeville. Pauvre N. enrhumée.

Début septembre 1915

Creil bombardé : les débris du grand pont de fer
Carte postale de Philippe Dorvain à André Jacquelin 25 Février 1915 http://blog.franceculture.fr/conversation-des-absents/philippe-dorvain/
© DR

En ce début septembre, Nissim de Camondo a terminé sa convalescence qui nous a privés de son journal de campagne ces derniers mois. Il rejoint son régiment à 5 kilomètres du cantonnement qui était le sien en janvier 1915. Affecté à l’état-major du 3e groupe léger, il retrouve le 3e Régiment de Hussards et aimerait retourner à la colonne à cheval. A Creil, à quelques kilomètres de Cinqueux (Oise), il rencontre le colonel Lyautey qui le renseigne sur les mitrailleuses qui doivent lui être acheminées.

Vendredi 3 septembre
Arrive à Queux.

Janvier-août 1915

Début janvier, Nissim de Camondo souffre d’une appendicite qui nécessite une opération. Il quitte le front le 6 janvier et regagne Paris. Examiné à l’Hôpital complémentaire du lycée Buffon , il est évacué le 15 janvier vers l’Hôpital Auxiliaire 28, rue Georges Bizet pour être opéré par le docteur Antonin Gosset 10 jours plus tard. Sorti le 19 février, le service de santé de l’armée lui accorde un congé de convalescence à la caserne de Clignancourt qui s’achève fin mars.

Début avril, il est affecté à Saumur. À l’école de cavalerie, il s’entraîne avec son peloton et est notamment chargé du dressage des chevaux de selle.

Durant les mois de juillet et août, il suit une formation d’artillerie au Centre d’instruction des mitrailleurs aux Sables d’Olonne.

Début septembre, il repart pour le front dans le Pas-de-Calais (3e bataille de l’Artois) et est versé à l’escadron à pied du 21e Régiment de Dragons (10e Armée).

Mercredi 6 janvier
Départ.

Jeudi 7 janvier
Arrivée à Paris 1h. après midi. Amiens Robglissen.

Vendredi 8 janvier
Je continue sur Saumur.

Samedi 9 janvier
Retour à Paris.

Dimanche 10 janvier
Permission de 6 jours

Jeudi 14 janvier
Entrée à Buffon.

Vendredi 15 janvier
Entrée rue Bizet.

Du 29 décembre au 4 janvier

Salle de convalescence de l’hôpital canadien de Saint-Cloud
© Archives départementales des Hauts-de-Seine

En ce 1er janvier 1915, 153e jour de combat, les troupes ne sont pas à la fête. Sur tous les fronts, dans l’Aisne, le Nord, l’Est et en Champagne, les combats font rage avec tantôt des échecs allemands, tantôt des pertes françaises. Le régiment de Nissim de Camondo est toujours au repos, mais des rumeurs circulent depuis quelques jours sur d’éventuels transferts vers le front. Nissim note dans son journal qu’il est souffrant : victime d’une crise d’appendicite et atteint de jaunisse, il est pris en charge par le docteur Chastel. Ce sont là les débuts d’une période de maladie qui l’éloignera pour une longue durée des champs de bataille…

Vendredi 1er janvier 1915
Malade. Appendicite ; jaunisse.

Samedi 2 janvier
Mr de Fraguier est un ange. Chastel aussi.

Lundi 4 janvier
Le Général est un sauvage.

du 22 au 29 décembre

« Veille de Noël sur le front », carte postale publicitaire, Dubonnet, 1914

Le froid est mordant à Galametz où le régiment cantonne toujours en ce 24 décembre 1914. « Étrange Noël que celui-ci […] Ce sont les armées prêtes au choc sanglant que guide ce soir l’étoile du Berger. […] Dans les cantonnements, voire dans les tranchées, ils ont organisé de discrètes réjouissances » (Le Gaulois, 24 décembre 1914). Aucune presse ne va pourtant relater un événement resté célèbre de la Grande Guerre : une trêve

1Acronyme formé à partir des noms combinés de ses deux inventeurs allemands, Lommel (LO) et Steinkopf (ST).

2Il semble qu’il s’agisse de Brocourt-en-Argonne (Meuse), commune située à 60 km à vol d’oiseau ou de «  coucou  » de Courtisols (Marne).

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