L’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925 marque le relèvement de l’économie nationale après les années de guerre. Pour l’annoncer, quatre affiches issues d’un concours ont été éditées. Les projets sont soumis à un jury officiel composé de romanciers, d’architectes, et d’hommes politiques, sans participation d’affichistes ou de professionnels de la publicité.

Maquette d’affiche « Exposition internationale des Arts Décoratifs et Industriels modernes. Paris 1925 », René Prou (affichiste), 1925
Papier cartonné, gouache, mine de plomb, encre, 52,5 cm (hauteur) ; 37,5 cm (largeur). Inv. 11341
© photo Cyrille Bernard pour Les Arts Décoratifs

La sélection des œuvres d’Antoine Bourdelle, Robert Bonfils, André Girard et Charles Loupot, fruit de compromis, ne reflète pas l’art de l’affiche des années 1920. Marquée par la recherche de la synthèse graphique telle que la pratiquent Cassandre ou Jean Carlu, l’affiche moderne, puissante et suggestive délivre un message clair.

L’affiche de Bourdelle, prouve qu’un grand sculpteur n’est pas un bon affichiste. Sa composition complexe et bitumeuse ne suggère rien des « arts décoratifs modernes et industriels » au public de la rue.

La composition d’André Girard , sombre et charbonneuse, tente de conjuguer l’intitulé de l’exposition dans une allégorie où l’art domine l’industrie.

Si l’affiche de Robert Bonfils, décorateur et illustrateur , s’impose comme la plus décorative, elle reste toutefois une vignette proche de celles qui émaillent le catalogue officiel de l’exposition. Cette illustration était à l’origine un projet de timbre, pas une affiche.

Affiche « Exposition internationale Arts Décoratifs et industriels modernes avril Paris 1925 octobre », Charles Loupot (affichiste), 1925
Commanditée par Ministère du Commerce et de l’Industrie, Les Editions de l’Image de France (éditeur), Paris. Papier, lithographie couleur, 59 cm (hauteur) ; 39 cm (largeur). Inv. 11331.3
© Adagp, Paris / photo Cyrille Bernard pour Les Arts Décoratifs

Seule l’affiche de Charles Loupot , affichiste professionnel répond à la commande. Elle est choisie pour l’affichage en France et à l’étranger.

R.L. Dupuy, publicitaire et professeur à l’École de haut enseignement commercial de Paris, critique sans complaisance, en fait une très belle analyse : « L’idée toute simple est celle-ci : une rose d’or symbolisant l’œuvre d’art se dégage de l’usine rouge entre deux immenses torsades de fumée noire. À la vérité ces panaches de fumée sont peut-être un peu trop épais, trop noirs. Mais la rose d’or, par contraste, apparaît très pure, très précieuse et en juxtaposant ainsi la grossièreté de l’industrie à la finesse des produits qu’elle fournit. Loupot a remarquablement symbolisé l’idée exprimée par le texte Exposition des arts décoratifs et industriels modernes ».1.

Quant aux propositions géométriques et publicitaires de René Prou, écartées par le jury, elles restent à l’état de maquettes.

La présence de l’affiche à l’Exposition de 1925 a été arrachée tardivement aux organisateurs, frileux à son égard, grâce aux efforts de l’Union de l’affiche française. La professionnalisation de la publicité s’impose peu à peu et est enfin reconnue par la création d’un pavillon consacré à la publicité lors de l’Exposition Internationale de 1937.

1Gebrauchsgraphik, n°3, 1927, p.45.

Les Arts Décoratifs, 107, rue de Rivoli, 75001 Paris
tél. : +33 (0)1 44 55 57 50