La marquise de Païva est la plus célèbre courtisane du Second Empire. Les mystères qu’elle a soigneusement entretenus autour d’elle, ont nourri les affabulations les plus variées sur toute son existence. Née Thérèse Lachmann, probablement en 1819 dans le ghetto de Moscou, d’un père qui semble avoir été modeste commerçant de tissus, elle est mariée très jeune à un tailleur dont elle a un fils. Mais très vite, laissant là époux et progéniture, elle traverse l’Europe en vivant de ses charmes et arrive à Paris vers 1845. Elle y rencontre le pianiste Théodore Herz, qui l’entretient confortablement et l’introduit dans le milieu des artistes et des écrivains parisiens. Pendant que son amant fait une tournée aux Etats Unis, elle s’installe à Londres, où elle séduit de richissimes aristocrates tels lord Stanley. Lorsqu’elle revient à Paris elle s’est considérablement enrichie. En 1850 elle fait la connaissance du faux marquis de Païva, joueur désargenté et l’épouse, conquérant ainsi un précieux titre de noblesse. Mais s’en sépare très vite et tombe amoureuse d’un jeune comte prussien, Guido Henckel von Donnersmarck, héritier des mines de fer de Silésie et seconde fortune de Prusse.

À l’occasion de l’exposition universelle de Paris en 1855, elle se serait fait présenter l’architecte Pierre Manguin et lui demande de concevoir un somptueux hôtel particulier sur les Champs-Élysées, à proximité de célèbres demeures, dont celle du prince Napoléon, cousin de l’Empereur. Le chantier dure 10 ans, et en 1866 l’hôtel est inauguré, non sans avoir suscité de nombreuses jalousies. Elle y reçoit des écrivains célèbres, dont son plus fidèle ami, Théophile Gautier, des musiciens, des artistes.

Lors de la guerre franco-prussienne de 1870, le couple se retire au château de Pontchartrain que le comte Guido avait offert à la marquise de Païva une dizaine d’années plus tôt. Leur mariage a lieu en 1871, alors que le comte fait partie de la délégation prussienne lors des négociations du traité de paix et de surcroit est nommé gouverneur d’Alsace-Lorraine. La marquise est désormais comtesse, mais son titre de marquise lui reste dans tous les écrits contemporains.

Après avoir fait un accident vasculaire cérébral, la marquise de Païva se retire avec le comte Guido au château de Neudeck, construit sur les terres silésiennes des Henckel von Donnermsarck et y meurt en 1884.

Les Arts Décoratifs, 107, rue de Rivoli, 75001 Paris
tél. : +33 (0)1 44 55 57 50