La collection de design graphique du musée des Arts décoratifs est l’une des plus riches et des plus anciennes collections françaises consacrées à cette pratique artistique. Mais depuis 2009 et l’invitation du musée au duo Antoine et Manuel, les collections s’enrichissent d’ensembles constitués principalement de fonds monographiques issus pour la plupart de donations faites par les graphistes eux-mêmes. Plus de 700 nouvelles pièces entrent ainsi chaque année au musée. Ces ensembles permettent aujourd’hui, à partir d’une sélection de 300 pièces, de dresser le portrait d’univers graphiques aussi différents que ceux de Frédéric Teschner, Pierre Di Sciulo, Les Graphiquants, Jocelyn Cottencin, M/M Paris, deValence, Fanette Mellier, Change is good, Irma Boom, H5, Yorgo Tloupas… Ils permettent de mesurer la diversité des champs investis par le design graphique et de comprendre comment ces travaux faits d’expérimentation, d’hybridation se nourrissent de la contrainte et de réflexions liées aux commanditaires.

Le parcours présente neuf thématiques phares correspondant aux différents champs d’application du design graphique : le spectacle vivant et plus particulièrement le théâtre qui amène les graphistes à penser la narration, la danse et l’art contemporain aux codes plus conceptuels, mais aussi la musique et la mode, l’autoproduction, le livre, la typographie, l’identité visuelle. Ces typologies permettent d’appréhender l’évolution d’une discipline, d’un métier, de ses commanditaires et de ses médiums.

L’exposition s’ouvre sur un hommage à Frédéric Teschner, récemment disparu

Frédéric Teschner, Midi Festival 2010, 2010
Affiche
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance

Teschner envisageait justement sa pratique comme un espace de rencontre et de collaboration avec les institutions, les petites structures ou les artistes. En cela il se sentait investit du rôle de traducteur ou de passeur entre commanditaires et public. Frédéric Teschner, c’était aussi l’affirmation d’un vocabulaire graphique et d’une palette stylistique novatrice directement en prise avec la « révolution » internet que sa génération voit naître. Ce qui intéressait le graphiste c’était moins l’outil que ce qu’il a engendré de nouveau dans nos relations à l’image, que ce soit en termes de diffusion, de hiérarchisation, d’utilisation et même de détérioration de l’image. Il a fait du pixel grossier, le point de sa trame, exagérant sa taille pour en faire sa touche picturale.

En choisissant de retenir l’exemple d’une commande pour chacun des graphistes présents dans les collections, l’exposition revient sur la richesse et la diversité des œuvres présentées, qu’il s’agisse d’affiches, d’éphéméras, de papeterie, d’objets, de livres ou de pochettes de disques et soulignent les enjeux culturels, intellectuels et esthétiques de cette pratique dans un monde envahi d’images et de signes.

Parmi les grands ensembles ainsi réunis le visiteur pourra découvrir :

• Les M/M Paris pour le théâtre de Lorient (de 1996 à 2015)

M/M (Paris), Savannah Bay, CDDB-Théâtre de Lorient, 2002
Affiche
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Laurent Sully Jaulmes

Pour chaque affiche le duo de graphistes a adapté les règles de la tragédie classique : unités de temps, de lieu et d’action. Chaque affiche est construite autour d’une photographie couleur et d’un titre noir et blanc très contrasté. L’image issue du quotidien fait référence à la photographie documentaire mais est le fruit d’un choix défini à la suite d’une lecture attentive de la pièce et des conversations avec le directeur du théâtre, Eric Vignier.



• Annette Lenz pour le Phare - Centre chorégraphique National du Havre (depuis 2011)

Anette Lenz, Pharenheit Festival de danse, Le Phare-Centre chorégraphique du Havre, 2012
Affiche
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance

Pour la conception de l’identité visuelle du Phare, la graphiste est partie du nom du lieu et de ses missions : faire rayonner la culture. L’ensemble des documents de communication transpose ainsi deux éléments, la lumière et le rayonnement, par un jeu de halos lumineux de couleurs, comme autant de faisceaux éclairant titre et nom de la manifestation…



• Pierre Di Sciullo et la revue Qui ? Résiste (depuis 1983)

Pierre di Sciullo, Qui ? Résiste n° 12, 2008
Affiche
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance

Pour le douzième numéro, il conçoit la série « N’importenawak », composée de 12 affiches sur le thème du « joyeux n’importe quoi ». « Ces affiches, dit-il, sont un bûcher typographique de vanités et de réclames, un chant poétique à l’affiche dans la rue. Elles sont autant d’incitations et d’interpellation à découvrir l’ambivalence des mots, la duplicité des slogans et l’acte de lire à contretemps ».

• Les Graphiquants pour Stéphane Kélian (2017)
Invité à renouveler l’identité visuelle de la marque de chaussures, les Graphiquants sont restés fidèles à leurs principes entre signes graphiques et recherche typographique, jouant de l’abstraction géométrique et de la poésie mais la couleur est venue tout de même ponctuer un peu plus leur vocabulaire, notamment par la photographie. « À travers la chaleur de couleurs lumineuses, nous avons voulu donner à la rigueur des lignes architecturales et au minimalisme androgyne chers à la marque, une dimension plus abstraite, picturale ».

• Julie Rousset pour L’Impossible, L’autre journal (en 2012)

Julie Rousset, L’Impossible. L’autre journal n° 1, 2012
Journal
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance

Pour répondre à la multiplicité des plumes et des points de vue du journal, la graphiste a choisi la « sensation du débordement », à travers une maquette affranchie des marges, un contenu accidenté, cadré et recadré et des visuels hors champs pour incarner l’idée du foisonnement, voir du brouhaha.




• Cléo Charuet pour Monoprix (depuis 2010)

Cléo Charuet, Monoprix, 2011
Packaging
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance

L’idée de Cléo Charuet, pour répondre au besoin de renouveler le packaging des produits de la marque, était simple : casser les fausses règles imposées en exploitant le texte obligatoire des emballages comme un élément graphique à part entière. Elle impose de ne plus utiliser de visuels, les packs des marques concurrentes donnant déjà l’information dans les rayonnages et joue de nouveaux codes couleurs, complémentaires et dissonantes pour se distinguer. Typographie et couleur sont ainsi les seuls signes d’appels pour les quelques 2 000 produits : alimentaire, hygiène, beauté, maison, déco…

• Vier5 pour le Centre d’Art Contemporain de Brétigny-sur-Orge (depuis 2002)

Vier5, Rien du tout.X Event, CAC de Bretigny, 2006
Affiche
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance

La posture particulière de Vier5 suppose un véritable engagement de la part des clients. Pierre Bal-Blanc, directeur du CAC Brétigny, considère la production des graphistes comme partie intégrante de l’offre artistique du centre. Les graphistes ont eu la totale liberté de repenser l’identité visuelle du lieu. Le logo se renouvelle constamment en fonction du projet et des artistes invités, chaque manifestation faisant ainsi vivre une nouvelle écriture. Ainsi chaque objet graphique est une réponse spécifique, une mise en signe singulière adaptée au commanditaire, et parce que ces réponses sont également motivées par des prises en compte culturelles, sociales et urbaines, chaque projet présenté dans l’exposition est accompagné de textes afin de comprendre toute la pertinence de la réponse graphique.

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tél. : +33 (0)1 44 55 57 50