A comme Apprendre
Encore et toujours. Collectionner, c’est réunir plusieurs objets d’une même famille. Il se trouve que celle des boutons est très nombreuse, très ancienne et internationale, ce qui amène le collectionneur à une quête d’autant plus passionnante, qui le fait voyager dans le temps et l’espace à la rencontre des artisans, artistes, paruriers et couturiers. (…)

B comme Bonheur
À chaque bouton trouvé correspond un petit instant de joie, d’excitation. D’abord on l’aperçoit dans une boîte ou une vitrine, il mérite qu’on s’y attarde, alors on le prend en main, on le retourne. Le dos et l’attache sont importants pour son identification. (…)

C uéco (Henri)
Cet artiste discret et délicat est l’auteur et illustrateur d’un livre charmant intitulé Dessine-moi un bouton. (…) La famille du bouton se divise en deux grandes parties : la première est constituée par les petits boutons utilitaires, que l’on manipule plusieurs fois chaque jour ; la seconde rassemble ceux dont l’aspect décoratif surpasse la fonction utilitaire. Naturellement, ce sont ces derniers qui ont la faveur des collectionneurs. Dans cette catégorie, plus c’est gros, meilleur c’est – à la pêche au bouton, la taille a son importance : en dessous de 3 cm, il est souvent rejeté à l’eau.

Bouton, vers 1920
Gouache sur papier, sous verre, monture en argent
© Les Arts Décoratifs, Paris / photo : Patrick Gries

D rouot
Le haut lieu des ventes aux enchères parisiennes. Il y a quelques années, maître Grandin organisait des ventes internationales uniquement consacrées aux boutons anciens. (…) Je me souviens de belles batailles d’enchères entre monsieur Voumard (octogénaire), de Suisse, et madame Jacobi (nonagénaire), des États-Unis. Cette dernière avait proposé de m’offrir le billet d’avion et l’hébergement à New York si je lui rapportais de beaux boutons. Jusqu’où va la passion ! (…)

E Bay
Autre terrain de recherche, virtuel celui-là. Depuis quelques années, ce site Internet a pris une grande importance pour de nombreux collectionneurs. (…) C’est sur eBay que j’ai trouvé les boutons Carmontelle aujourd’hui conservés au musée des Arts décoratifs.

F rance
La plupart des beaux boutons sont d’origine française. La production de la fin du XVIIIe siècle, exceptionnelle, constitue le premier âge d’or. Puis, de la fin du XIXe siècle, avec l’avènement de la haute couture, jusqu’aux années 1940, (…) on peut considérer cette période comme un deuxième âge d’or.

Bouton patriotique, Jean Clément, vers 1944
Céramique émaillée
© Les Arts Décoratifs, Paris / photo : Patrick Gries

G ivenchy (Hubert de)
Ayant fait ses débuts après-guerre chez Elsa Schiaparelli, le couturier pouvait m’aider à vérifier l’attribution de certains boutons haute couture à cette célèbre maison de la place Vendôme. Je demandai donc un rendez-vous qui me fut accordé. Mais comment s’habiller quand on rend visite à un tel homme ? (…) Le jour du rendez-vous, légèrement en retard, (…) je sonnai à la porte de son hôtel particulier. « Je vais prévenir Monsieur que vous êtes arrivé », me dit son majordome. Monsieur m’attendait dans son salon, décontracté, en jean et chemise à col ouvert. (…) Une fois les boutons sortis de leur boîte et étalés sur une petite table, comme par magie, ma timidité avait disparu. Monsieur de Givenchy me donna quelques indications précieuses. Il me montra aussi un projet de reproduction de tissu ancien sur lequel il travaillait. À l’issue de cette heure merveilleuse passée en sa compagnie et alors qu’il me raccompagnait sur le pas de la porte, j’osai lui demander s’il accepterait d’écrire un petit texte pour préfacer mon livre. Il me dit qu’il allait y réfléchir et, quelques jours plus tard, je reçus une lettre de lui.

H amm (Henri)
C’est pendant la Grande Guerre que cet artiste attachant débuta sa production. Très vite, les grandes maisons de couture de ce début de siècle – Doucet, Worth, Premet et beaucoup d’autres – se fournirent chez lui. L’une de mes plus grandes émotions de collectionneur fut de trouver aux puces de la porte de Vanves une malle remplie de centaines de boutons provenant de son atelier.

Bouton, Henri Hamm, 1910-1920
Galalithe
© Les Arts Décoratifs, Paris / photo : Patrick Gries

H ugo (François)
Une autre grande joie a été de découvrir le superbe travail de ce talentueux artiste orfèvre, descendant de l’illustre Victor. Avec l’aide de Monique, son épouse, et de Pierre, son fils, j’ai appris à reconnaître son empreinte sur les boutons de sa production, principalement destinée à la haute couture française dans les années 1940.

I dentification
Pour la plupart des gens, un bouton en résine noire gravée des six lettres S.C.H.I.A.P. paraîtra sans intérêt : pas de matière noble ni de belles couleurs. Le collectionneur averti, lui, aura reconnu un précieux modèle de Jean Clément, le plus grand parurier du XXe siècle pour Elsa Schiaparelli, la plus originale des couturières. Être capable d’identifier et d’apprécier un bouton est un défi et un vrai plaisir. (…)

J eunesse
Elle se fait rare dans les clubs de collectionneurs. C’est un peu triste de voir qu’il n’y a pas de relève. Mais les vieux collectionneurs gardent leur cœur d’enfant. (…)

K arageorgevitch, Bojidar (prince et princesse)
Qui se souvient aujourd’hui que ce couple d’artistes joailliers a présenté des beaux boutons Art nouveau à la Société nationale des beaux-arts en 1908 ? Le voici sorti de l’oubli.

Bouton, France, vers 1950
Perles de verre
© Les Arts Décoratifs, Paris / photo : Patrick Gries

L comme Loïc
Le nom qui m’a été donné à la naissance. Assez souvent, on m’appelle « Monsieur Bouton ». (…) Qui suis-je en réalité ? « Connais-toi toi-même », répond Socrate, qui probablement ignorait tout du bouton.

M aman
Parfois, on me demande comment tout ceci a commencé. Mon premier bouton me fut offert par ma mère. Le début d’une belle aventure.

N acre
De toutes les matières utilisées pour les boutons, c’est celle que je préfère. Elle est née dans la mer, à l’abri de la lumière du soleil, et pourtant c’est sous ses rayons qu’elle révèle toute sa subtile beauté. Sur un tableau de vanités, on voit parfois un coquillage pouvant symboliser la collection. Nature morte certes, mais pas tout à fait : en y prêtant un peu attention, on peut y entendre le bruit de la mer.

O rigine
De quand date le premier bouton ? On l’ignore. Le plus ancien de ma collection remonte à l’art des steppes (Ve siècle av. J.-C.) et est originaire de la région de l’Ordos, en Chine. (…)

P assion
Sans elle, pas de collection. C’est le moteur qui fait se lever le matin de bonne heure pour aller arpenter les allées des brocantes, des petites aux plus grandes.

Bouton, Guison, 1930-1940
Métal
© Les Arts Décoratifs, Paris / photo : Patrick Gries
Bouton, Jean Clément, vers 1930
Croûte de pain, résine
© Les Arts Décoratifs, Paris / photo : Patrick Gries

Q uestion
Quel est le petit objet usuel, insignifiant et inoffensif qui peut rendre service à l’être humain indépendamment de son âge, de son sexe, de son origine, de sa couleur, de sa religion et de sa fortune ? Facile ! Un indice : il a servi d’enjeu pour une célèbre guerre enfantine.

R abanne (Paco)
Suite à notre rencontre, ce couturier novateur m’a offert un petit carnet de croquis de boutons. Encore étudiant, il avait commencé sa carrière comme parurier. Ce petit carnet appartient maintenant au musée des Arts décoratifs et y sera conservé pour l’éternité.

S chiaparelli (Elsa)
Amoureuse de grands et beaux boutons.

Alberto Giacometti pour Elsa Schiaparelli, début des années 1930
Bronze doré
© Les Arts Décoratifs, Paris / photo : Jean Tholance

T emps
« Avec le temps… Avec le temps, va, tout s’en va », chantait Léo Ferré. Collectionner les boutons, c’est aussi sauver la mémoire d’une certaine époque. (…)

U niforme
Certains collectionneurs se sont spécialisés dans le bouton d’uniforme, d’armée, de livrée ou de vénerie. Personnellement, ce sont les boutons de mode et d’artistes qui m’ont intéressé.

V autrin (Line)
Ses miroirs en « résine » talosel l’ont rendue célèbre dans le monde entier, mais c’est pour ses créations de boutons que j’ai voulu la rencontrer. Nous avons très vite sympathisé. À la fin de sa vie, elle aimait me montrer ses dernières recherches artistiques. On trouve parfois des boutons en ivoire ou en talosel, mais la plupart de sa production est en bronze ou en céramique. Ses boutons sont le plus souvent monogrammés LV. Je me souviens de ce petit gars qui déballait à la sauvette, me présentant un bouton avec ce monogramme, m’affirmant qu’il s’agissait d’un rare exemplaire de Louis Vuitton. Je fis l’innocent et le lui achetai.

W eingott (Lucien)
Les créations de ce doux rêveur génial sont d’une originalité et d’une finition exemplaires. (…)

X
J’ai toujours eu à la maison un tiroir plein de boutons « nés sous X », reconnus comme « bons et beaux » mais dont le créateur n’a pas été identifié. En attente d’une documentation ou d’une information qui me permettra de les sortir de l’anonymat, je les adopte le temps qu’il faut et la recherche continue.

Y comme Yéyé
Jacques Dutronc, qui a participé au début de ce courant musical, a signé de son nom une série de boutons en métal.

Bouton, vers 1860
Papier mâché, incrustations de nacre, de cuivre et d’argent
© Les Arts Décoratifs, Paris / photo : Patrick Gries

Z en
Il faut savoir le rester quand, pour la énième fois, année après année, à l’invariable question « Du nouveau pour ma collection de boutons ? », le même brave brocanteur répond : « J’en ai un sur la fesse gauche. » Avec parfois une variante : la fesse droite ou le dos. Pourquoi se fâcher ! C’est peut-être lui qui vous dénichera un jour LE bouton mythique, celui dessiné et créé par Léonard de Vinci. On peut rêver. C’est aussi ça la collection.

1 COMMENTAIRE
  • « Collectionner les boutons de A à Z » par Loïc Allio
    16 février 2015 12:01, par Cercle Celtique an alarc’h dinard

    Bonjour,

    Actuellement nous sommes en recherche d’éléments pour reproduire des costumes traditionnels portés dans les années 1880 1900 à Dinard et les environs. Après 2 ans de recherche (coiffe costume bijoux...) Nous avons repéré un modéle de robe qui porte de gros boutons devant. Pouvez vous nous aidez dans le choix des boutons nous sommes un petit cercle mais nous tenons à respectez chaque élément dans le + bref détail pour etre au plus proche de la réalité. Cordialement Véronique Le Méhauté

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