Pourquoi utiliser le terme de maison plutôt que d’entreprise pour qualifier Pierre Frey ? Une maison se caractérise par son esprit, sa capacité à se transcender, son audace et sa philosophie. (…)

Au commencement, il y a un homme, Pierre Frey.

« Arc-en-ciel », Jay Yang, 1978
© DR

Né le 29 décembre 1903, il passe son enfance à Douai. La crise des emprunts russes le pousse à s’installer à Paris avec sa mère. (…) Il débute sa carrière professionnelle à l’âge de dix-sept ans chez un chapelier avant d’être recruté par la maison Burger, fabricant de tissus d’ameublement, comme coupeur. (…) En 1933, il devient directeur de la maison Lauer, également éditeur de tissus, où il croise l’artiste Jean Chatanay. Cette rencontre marque le début d’une nouvelle aventure professionnelle.

Le 27 décembre 1934, les deux hommes s’associent pour créer la société Chatanay et Frey. Son expérience chez Burger lui permet de connaître les désirs et les besoins des décorateurs. Jean Chatanay apporte ses compétences techniques. Au départ, la société est installée rue des Jeûneurs à Paris. Pierre Frey est tour à tour créateur, vendeur, représentant, patron, livreur. (…) Le succès venant rapidement, Pierre Frey commence à teindre en fil certains coloris (…). En avril 1936, (…) la société prend le nom de Pierre Frey et déménage en 1937 au 47, rue des Petits-Champs (…).

Les premiers imprimés sont édités en 1936 grâce à deux décorateurs, Jacques et Henri Barroux, qui financent leur réalisation. Le succès de ces premières réalisations rend possible le développement de nouvelles créations. L’épopée des imprimés Pierre Frey est lancée. (…)

Le 3 septembre 1939, la France entre en guerre. (…) Grâce aux métiers à bras, la société est inscrite au registre du commerce comme « artisan ». Cette particularité lui permet, contrairement à ses concurrents qui ont fermé, d’obtenir une aide sous la forme de bons-matières et de maintenir une activité. Bien que les métrages ne suffisent pas à répondre aux besoins, il en conserve toutefois une part afin d’élaborer une collection d’imprimés, anticipant la fin de l’Occupation. Pour ce faire, bravant les difficultés et les risques, il achète de nombreux dessins à des artistes comme Jean-Denis Malclès, Jacqueline Guidoux-Desfontaines ou Jean Chatanay et les fait graver par Brunet Lecomte. Cette intuition lui permet de produire abondamment dès que l’approvisionnement en matières premières s’améliore et que les outils de production sont remis en ordre de marche, en 1946.

(…) Au cours des années 1950, ses collections s’exportent en Suisse, en Angleterre, en Belgique et aux États-Unis. (…) Parallèlement à la création de tissus destinés à l’édition, il crée des modèles en exclusivité pour les décorateurs, Alavoine, Mauny, Beranger, pour la styliste Elsa Schiaparelli et bien sûr pour Carlos de Beistegui.

« Velours », Castiglione, 1969
© DR

(…) Patrick Frey, qui rejoint la société en 1969, se donne pour mission de perpétuer l’action menée par son père. (…) Dans un contexte économique plus difficile, il réussit à développer la maison en s’appuyant sur les concepts suivants : Une création éclectique, qualitative et originale, pivot central de la maison. Une communication maîtrisée. (…)

Patrick Frey imagine toute une ligne d’accessoires (sacs, vaisselle, carrelage, coussins, nappes, foulards, etc.) qui est commercialisée sous la marque Patrick Frey de 1983 à 1997. (…) Aujourd’hui, la notion de décoration globale intègre les tissus, les papiers peints, les meubles, les luminaires, les tapis, les moquettes et quelques accessoires.

(…) En 1980, un showroom conçu par Andrée Putman ouvre ses portes rive gauche à Paris. (…) En 1991, Fonthill Ltd devient le distributeur exclusif américain de Pierre Frey. (…) À partir des années 1990, de nombreuses filiales sont ouvertes à l’étranger : États-Unis, Angleterre, Suisse, Allemagne, Italie, Dubaï et plus récemment à Singapour.

« La chasse aux papillons », 1988
© DR

Patrick Frey souhaite valoriser le savoir-faire français et participer au rayonnement de la France à sa mesure. Pierre Frey entre au Comité Colbert en 1976. En 1989, il se porte acquéreur de l’usine De-nimal, spécialisée dans le tissage (…), liée à la maison depuis longtemps et désormais labellisée Entreprise du patrimoine vivant. De plus, il rachète plusieurs marques emblématiques françaises qui racontent à leur façon l’évolution du goût et de la manière de vivre depuis le XVIe siècle. Les marques Braquenié, Lauer, Boussac et Fadini-Borghi et Le Manach, rachetées de 1991 à 2013, offrent un large panel d’étoffes représentatif de l’évolution du textile d’ameublement à travers les siècles. Aujourd’hui, cette maison est toujours dirigée par Patrick Frey, entouré de ses trois fils, Pierre, Vincent et Matthieu. Ainsi, l’esprit d’origine se transmet de génération en génération.

Les Arts Décoratifs, 107, rue de Rivoli, 75001 Paris
tél. : +33 (0)1 44 55 57 50