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« Artiste universellement curieux, artiste éclectique, Fornasetti a connu un certain purgatoire dans les années 1960 et 1970. L’histoire de l’art, et celle des arts décoratifs et du design en particulier, a une certaine propension à privilégier les grandes épopées, styles ou écoles, et reste souvent mal à l’aise pour parler des singuliers de l’art, des à-côtés savoureux de ces épopées, ces rameaux un peu originaux que l’on ne manque pas de trouver dans les généalogies bien ordonnées. Longtemps, on a mal compris et mésestimé l’imagination inextinguible de Fornasetti, sa capacité à aborder les influences les plus diverses, Picasso, De Chirico et la Métaphysique, le compagnonnage avec Ponti ou Eugene Berman, son enthousiasme à repousser les limites du possible, son courage salutaire à passer par-dessus bord le bon goût qui signe très souvent la mort du goût tout court. En France, jamais une exposition rétrospective n’a été consacrée à cet artiste-monde, cet autre homme-chêne, comme l’est Verdi aux yeux de Savinio : certes une exposition « Objets et meubles décorés de Fornasetti » se tient en novembre 1956 à la galerie Bernheim-Jeune, sans pour autant qu’une manifestation muséale vienne rendre grâce à sa prolixité artistique. Piero dut en souffrir, pour lui la France était un second pays, et Paris aussi essentielle que les villes italiennes chères à son cœur, Milan bien sûr, mais également Venise, Vérone ou Turin. Au printemps 1970, Fornasetti avait signé l’affiche de l’exposition « Bolide design » organisée par François Mathey au musée des Arts décoratifs, assurant une sorte de direction artistique à un choix de voitures de compétition mis en œuvre par un comité où siégeaient Roger Tallon, Joe Colombo, Pio Manzu, Jean Tinguely, Robert Delpire et Victor Vasarely. Fornasetti, la folie pratique et le sens de l’inattendu…

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Autant dire qu’il était grand temps, et naturel, de rendre hommage enfin à Piero Fornasetti au musée des Arts décoratifs, après l’exposition que lui consacra le Victoria and Albert Museum à Londres en 1991, trois années après sa mort. Depuis les années 1980, de nouveaux regards se sont posés avec justesse sur une œuvre protéiforme que notre époque rend plus sensible encore, l’œuvre d’un artiste qui se définissait lui-même comme un « pré-post-moderne ». »
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Les Arts Décoratifs, 107, rue de Rivoli, 75001 Paris
tél. : +33 (0)1 44 55 57 50