Assiette

Assiette, Manufacture de Rubelles, 1842-1857
Faïence fine
© photo : Felipe Ribon

Le baron Alexis du Tremblay ouvre en 1838 une manufacture de faïence fine dans son château de Rubelles, situé près de Melun. En 1842, il dépose le brevet d’invention de l’« émail ombrant », un procédé de décor original qui connaît rapidement un grand succès. La manufacture de Rubelles se voit en effet décerner une médaille de bronze à l’Exposition des produits de l’industrie française de 1844 puis une médaille d’argent à la suivante, en 1849. Ces émaux ombrants sont déclinés avec une grande créativité jusqu’à la fermeture de la manufacture en 1857. (…)

Assiette (détail), Manufacture de Rubelles, 1842-1857
Faïence fine
© photo : Felipe Ribon

Couverte d’un émail chargé en oxyde de cobalt, cette assiette présente un décor en camaïeu de bleus ordonnancé selon sa structure. Le bassin est orné d’un décor de rosaces très resserrées tracées au compas. Si les médaillons et les blasons sont des ornements classiques de la production de Rubelles, ce décor géométrique qui occupe la plus grande surface de l’assiette, est plus rare. Une caravane dans le désert, composée de cavaliers arabes menant des chameaux et des ânes au milieu de montagnes et de dunes ponctuées de palmiers, se déploie comme un vaste panorama sur l’aile de l’assiette. (…) Les décors historiés des faïences fines de Rubelles sont caractéristiques du goût romantique des années 1840. Vues de ruines pittoresques, paysages écossais ou hollandais, mais aussi orientalistes avec des motifs architecturaux et des personnages d’Afrique du Nord, scènes médiévales ou galantes dans la tradition du XVIIIe siècle font partie des thèmes les plus prisés.

Grand rivage

« Grand rivage », service à poisson, deux plats, Sylvain Rieu-Piquet (designer), Guy Éliche (modeleur-mouleur), 2015
Faïence émaillée, or
© photo : Felipe Ribon

(…) Bloc de céramique monolithique et rectangulaire, il ne laisse rien présager de son usage. Il pourrait être un élément de surtout et rappelle l’utilisation d’une soupière comme objet décoratif. (…) Dense, fluide et en mouvement, il est une superposition de textures et de formes abstraites qui évoquent un univers aquatique, tantôt des végétaux, tantôt des membranes écailleuses. Pour comprendre l’utilité de Grand Rivage, il suffit de soulever son élément supérieur : il dissimule un second volume concave, orné du même vocabulaire. Grand Rivage est un service à poisson composé de deux plats, dont un pour l’accompagnement. Conçu à partir de la technique utilisée par la manufacture de Rubelles, il explore le domaine de l’invention. (…) Pour la création de Grand Rivage, modeleur-mouleur et dessinateur ne connaissent plus de hiérarchie. Il ne s’agit plus pour l’artisan d’art de reproduire le dessin d’un artiste mais pour l’artiste de venir lui-même graver le moule dans lequel la faïence sera mise en forme. Ce nouveau mode opératoire permet d’agir sans composition artistique préalable. Le motif est improvisé sur le bloc de plâtre et l’envahit en son entier. Il ne s’appuie sur la forme que pour en faire ressortir un détail, il la couvre intégralement et en discontinu pour devenir lui-même forme et matière. L’utilisation de moulages successifs regravés, et non plus un moulage unique, aboutit à la fabrication de volumes supplémentaires dans le dessin. Les jeux de contrastes illuminés par le voile d’émail translucide sont alors accentués pour donner l’illusion d’éléments enserrés dans l’objet. Également référence aux faïences de Bernard Palissy, dont les entrelacs organiques sont ici revus avec la tentation de l’épure et du minimalisme, la technique développée pour Grand Rivage emploie le motif gravé en creux et les reliefs pour sublimer la matière et n’utilise plus la matière pour créer une imagerie.

Les Arts Décoratifs, 107, rue de Rivoli, 75001 Paris
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