Korea Now ! Craft, design, mode et graphisme en Corée

du 19 septembre 2015 au 3 janvier 2016

Dans le cadre de la manifestation organisée sous l’égide de l’Année France-Corée, présidée par Henri Loyrette et réalisée en partenariat avec la KCDF - Korea Craft & Design Foundation, le musée des Arts décoratifs présente, du 19 septembre 2015 au 3 janvier 2016, l’exposition Korea Now ! Craft, design, mode et graphisme en Corée. Cet événement majeur et inédit réunissant plus de 700 pièces de 150 artistes, artisans, designers, créateurs de mode et graphistes, dans la quasi-totalité des espaces temporaires de l’institution, invite le public français à découvrir l’éclectisme des styles, des goûts et des créations qui donnent tout son éclat contemporain à ce formidable patrimoine artistique encore peu connu en Europe. Séoul, cette mégapole qui intrigue et fascine, est aujourd’hui non seulement un terrain de rencontre mais avant tout le lieu d’une effervescence créative, suivie de près par la scène internationale dans le design comme dans la mode.

Exposition présentée dans la nef, les espaces d’expositions mode et textile, publicité et graphisme.

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Exposition organisée dans le cadre de l’Année France-Corée 2015-2016 www.anneefrancecoree.com

Commissaire général
• Olivier GABET, Directeur des musées des Arts Décoratifs

Commissaires de l’exposition
• Karine LACQUEMANT et RHEEM Mi-Sun (Design / Craft)
• Eric PUJALET-PLAÀ et SUH Young-Hee (Mode)
• Amélie GASTAUT et CHOI Bum (Graphisme)

Scénographie
• LIM Tae-Hee (Mode)
• JANG Soon-Gak (Design / Craft et Graphisme)

Craft et Design

Présentés au cœur de la grande nef ainsi que dans ses galeries latérales, le design et l’artisanat coréens sont mis à l’honneur. Afin de montrer la diversité des métiers d’art issus de ce pays, ont été réunis une centaine d’artistes et plus de quatre cents œuvres, mêlant ainsi les héritiers des techniques anciennes à une jeune génération en quête de renouveau technologique.

La laque Ott-chil, la nacre Najeon, le papier Hanji, le bijou et le travail du métal rythment les premières étapes de cette exposition qui débute dans les galeries Rivoli. Des œuvres sujettes à de multiples réinterprétations stylistiques côtoient des pièces aux formes plus traditionnelles, classées pour certaines sous l’appellation de Patrimoine culturel immatériel. Les travaux de CHUNG Hae-cho, l’une des références incontestées pour la laque, sont installés avec ceux du jeune créateur LEE Kwang-ho qui offre pour sa part, une approche alternative de ce procédé. Ce regard novateur fait écho aux productions de LEE Young-soon et de KANG Sung-hee, tous deux spécialistes de l’art du tissage du Hanji, papier d’une grande résistance. L’orfèvrerie, domaine dans lequel les Coréens excellent particulièrement, est illustrée par les arts de la table à travers les productions de KIM Dong-hyun ou encore de KIM Hyeong-jun. Enfin, deux salles sont consacrées à la scène du bijou contemporain, très active en Corée, avec KWON Seul-gi et MOON Choon-sun, connus pour leurs approches expérimentales du plastique et de la silicone. A leurs côtés sont exposés KIM Hee-joo qui exploite des matières naturelles comme le cuir ou encore MIN Bog-ki et SIM Hyun-seok, fidèles quant à eux aux matériaux plus classiques, comme l’or et l’argent.

La nef est essentiellement dédiée au mobilier, au verre et à la porcelaine. Même si le design coréen reste peu diffusé, il est néanmoins présent sur la scène internationale, grâce aux foires prestigieuses telles que celles de Miami et Bâle. Ce regard vers l’étranger est évident chez les jeunes designers ‒ nés pour la plupart pendant les années 1980 ‒ qui mêlent à leur culture artistique d’origine, tout un répertoire formel nouveau, puisé au-delà des frontières coréennes. SONG Seung-yong, l’un des artistes les plus prolifiques de sa génération, laisse transparaitre l’impact de sa formation en France en créant des œuvres aux styles hybrides, comme sa chaise Object O. Dans une veine plus traditionnelle, les pièces de mobilier de BAI Se-hwa illustrent les techniques anciennes du cintrage du bois à la vapeur encore utilisées aujourd’hui.

La céramique fait aussi l’objet d’une attention particulière dans les salles longeant les Tuileries. Classées en trois grands thèmes, le céladon, le buncheong et la porcelaine blanche, sont des méthodes de production très appréciées et répandues en Corée. Le céladon, développé sous la dynastie Koryo (918-1392) est aujourd’hui réinterprété selon des formes simples et plus actuelles, avec notamment les œuvres de LEE Ga-jin. Certains potiers, tels que REE Soo-jong, se réapproprient également le procédé du buncheong, en ayant recours à une gestuelle très spontanée et libre. De même pour la porcelaine blanche de la période Joseon (1392-1910), avec les travaux de KWON Dae-sup, qui tend aussi vers cette tendance de renouveau, avec ses grandes jarres blanches aux formes simples et très épurées.

La fin de ce parcours initiatique se termine avec l’évocation d’une maison coréenne Hanok conçue autour du principe du vide, sans portes et avec très peu de meubles, afin de favoriser la mesure et l’harmonie. Une typologie de petites tables mobiles et légères, les soban, façonnées par YANG Byung-yong, sont installés afin d’illustrer la vie quotidienne au « ras du sol ». Le travail du bambou et des services de la cérémonie du thé complètent cette vision d’un art de vivre traditionnel.

Mode

L’exposition Korea now ! offre l’opportunité de présenter l’étonnant panorama de la mode coréenne contemporaine, avec plus de cent vingt silhouettes et accessoires.

Émergente à partir des années 1980, la création de mode a trouvé sa première reconnaissance internationale la décennie suivante avec les créateurs Séoulites devenus célèbres tels que JIN Te-ok (Jin Tae ok), André KIM, LEE Young-hee (Maison de Lee Young hee) et SUL Yun-hyoung (Sul Yun-Hyoung). Une sélection de leurs créations est présentée dans le parcours qui s’ouvre aussi amplement à l’expression de la génération montante. Les années 2000 et 2010 voient, en effet, arriver sur les podiums de nouvelles silhouettes représentant la vitalité de l’école de Séoul : JUNG Wook-jun (Juun.J) en est un chef de file. Il renouvelle notamment l’image de l’homme en maniant avec une égale maîtrise les références de la mode occidentale et celles du costume traditionnel local. PAI Sung-youn & JUNG Hyuck-seo (Steve j Yoni P), LEE Suk-tae (Kaal E. SUKTAE), KWAK Hyun-joo (KWAK hyun joo collection), CHOI Chul-yong (Cy Choi) comptent au nombre des jeunes créateurs présentés. Leur travail se caractérise par une variété d’inspirations tirées des cultures urbaines et des mythologies contemporaines, allant de la référence aux années 1950 américaines aux citations des mouvements Punk, Hip-hop et bien sûr K-pop.

Au-delà de la démarche singulière de ces créateurs, ce projet ambitionne de révéler les rapports étroits qu’ils entretiennent avec leur culture d’origine, une culture riche dont l’héritage ancestral est précisément le facteur d’assimilation de toutes les formes de modernité.

La direction artistique de l’exposition est assurée par SUH Young-hee, personnalité influente du monde de la mode et du stylisme photographique coréens. Elle pose un regard original sur la création de mode de son pays en concevant un dispositif d’exposition non chronologique, articulé autour des cinq couleurs cardinales du Obangsaek. Rouge, jaune, noir, bleu et blanc sont chargées d’une symbolique complexe qui prévaut dans la tradition esthétique coréenne. Dans l’exposition, chaque couleur évoque le travail d’un créateur en soulignant sa note expressive dominante. La couleur rouge est, par exemple, associée aux créations de LIE Sang-bong (LIE Sang bong) passionné par les rites magiques des chamanes. Le jaune d’or rappelle l’opulence des costumes d’André KIM. Le noir de la nuit est celui de la jeune génération des créateurs. Le bleu, synonyme d’intégrité, est réservé à JUNG Wook-jun (Juun.J). Enfin, le blanc répond à la transparence et à la légèreté des silhouettes de JIN Te-ok.

Ce parcours, composé comme une suite chromatique de créations contemporaines, est ponctué de costumes traditionnels illustrant, sous forme de pièces authentiques ou de répliques, l’originalité du « Hanbok » qui est une source d’inspiration essentielle pour tous les créateurs.

Korea now ! offre ainsi l’expérience d’une vision poétique et invite à une réflexion sur la dimension culturelle du regard. La scénographie, confiée à l’architecte – designer, LIM Tae-hee, place les créations de mode dans des structures polygonales abstraites qui déjouent le principe occidental de la perspective.

Cet événement est en outre l’occasion d’inviter un créateur contemporain parisien à concevoir à partir de soieries traditionnelles une ou plusieurs silhouettes qui seront mises en regard des créations coréennes. Il s’agit d’une collaboration que le musée des Arts Décoratifs propose en partenariat avec le Hanbok Advancement Center. Cette démarche témoigne du fait que la création de mode est aujourd’hui le vecteur d’un important échange culturel entre la France et la Corée.

Graphisme

À travers une vingtaine d’artistes et plus de deux cents œuvres, affiches sérigraphiées, livres et magazines, révèlent le dynamisme, la diversité et la singularité de cette jeune génération.

Intimement liée à l’histoire du pays, celle du graphisme coréen est relativement récente. L’émergence de cette pratique artistique est en effet ponctuée par des moments marquants, tels que la proclamation d’indépendance en 1945 ou encore les Jeux olympiques de Séoul en 1988, qui contribuent au développement d’un milieu propice à la créativité, encore aujourd’hui en plein essor. Si cet art ne dispose d’aucune tradition à proprement dite, il intègre rapidement les codes et les spécificités culturelles locales. En proposant un langage visuel moderne et libre, il est le reflet d’une quête de renouveau, actuellement omniprésente en Corée.

Ce volet s’ouvre sur un espace dédié à AHN Sang-soo, reconnu comme le père de la discipline. Créateur influent auprès des artistes émergents, il est le premier à avoir fait de l’alphabet hangul son sujet principal. Inspiré par la poésie du mouvement Dada et par le poète moderniste YI Sang, AHN Sang-soo s’est affranchi des règles normatives de la typographie, en jouant avec la géométrie et l’échelle des lettres, tout en brouillant parfois les codes de la linguistique. À travers son travail, l’exposition évoque ainsi l’engouement commun des graphistes pour la typographie et plus particulièrement pour cet alphabet, inventé au XVe siècle. Le Hangul, initialement créé comme alternative au chinois, alors dominant et réservé aux personnes lettrées, est aujourd’hui devenu une référence culturelle et identitaire primordiale : souvent transmis par les femmes, à sa création, il est aujourd’hui la langue maternelle.

Le public est également invité à découvrir le travail de PARK Kum-jun, fondateur du studio 601 Bisang. Ses ouvrages exposés pour l’occasion, révèlent son attention accordée aux qualités formelles du livre en faisant usage de matériaux traditionnels, tel que le papier hanji, fabriqué à la main. PARK Kum-jun, participe également à l’expansion du milieu littéraire, avec notamment la création en 2001 de Paju Book City, ville où se sont implantées plus de cinquante maisons d’édition, bibliothèques et librairies.

La jeune génération est aussi représentée par l’atelier Practice, le studio Therewhere, ainsi que par les graphistes KIM Bo-huy, Chris Roe ou encore PARK Yeoun-joo. Leurs productions sont à la fois synonymes d’un attachement profond à la tradition et aux fondements des mœurs coréennes, mais sont aussi symptomatiques d’une volonté d’ouverture vers le monde occidental. Depuis quelques années, de nombreux ateliers ont été créés par ces artistes émergents en quête d’indépendance et de liberté créatrice. En élargissant les champs de leur activité, les designers graphiques coréens se positionnent comme des acteurs centraux de la scène artistique, en participant pleinement à son émergence. Parmi eux, KIM Do-hyung, et KIM Na, viennent clôturer le parcours de l’exposition.

« Craft et design coréen, des va-et-vient du regard »
Karine Lacquemant

(…) Ce pays de la révolution numérique a connu en à peine trente ans une véritable success story et a su s’adapter aux exigences de la mondialisation. L’exposition se propose d’étudier ce que l’on pourrait appeler un « design d’auteur » : un mobilier manufacturé produit en petite série, un art appliqué qui s’étend à la céramique mais aussi au domaine du bijou. Art et pratiques artisanales en Corée ne connaissent pas les mêmes oppositions dialectiques qu’en France. Dans toutes les catégories artistiques, la modernité ne s’oppose pas à la tradition, mais l’adapte en la réinterprétant. Dans la culture coréenne, comme dans beaucoup de pays asiatiques, tradition et modernité se côtoient ; les jeunes artistes coréens reconnaissent aujourd’hui la richesse et la singularité de leur patrimoine tout en avançant pas à pas vers un futur innovant.

Une esthétique ancrée dans la tradition

Dans le domaine du mobilier, les matériaux naturels comme le bois, la laque, le papier et la pierre sont utilisés en étant associés à de nouvelles formes.

Song Seung-yong (né en 1978), (…) est l’un des créateurs les plus prolifiques de sa génération, sa réflexion s’orientant sur la communication entre l’objet et l’homme. Il aime à marier des matériaux traditionnels à des formes contemporaines, visible dans la chaise Object-O : en bois de bouleau, coiffée d’une énorme boule en papier coréen (hanji), elle est conçue comme une cachette secrète et cherche à reproduire les sensations liées à l’enfance. Elle fait écho à un autre projet, la cabane hybride Salanbang : à la fois lieu de repos et de réflexion, celle-ci évoque la maison traditionnelle coréenne où extérieur et intérieur communiquent. (…)

Dans la même lignée, le designer Lee Kwang-ho (né en 1981) propose une réinterprétation du tissage, travail simple et répétitif qu’il nomme Obsession. Il part de matériaux de récupération humbles – canapés, sièges, mais aussi tabourets ou luminaires –, qu’il tresse avec des câbles ou des tuyaux d’arrosage ou, plus luxueusement, avec un épais fil de soie ou de cuir, recherches qu’il a menées pour l’industrie Nylon Kolon et pour une récente commande de la maison Fendi. (…)

Il vient de dessiner une série de petits sièges en bronze revêtus d’une laque ottchil aux couleurs vives, New Armor. Lee Kwang-ho s’est inspiré de fouilles archéologiques ayant révélé des armures de guerre en papier (hanji) de l’époque Joseon (1392-1910), en bon état de conservation car recouvertes de plusieurs couches de laque. Lorsque l’artiste a enduit ses petits sièges d’appoint de laque, le métal a réagi, créant des filets d’or répétés de manière aléatoire qu’il a conservés comme motif décoratif. (…)

D’une autre génération, Choi Byung-hoon (né en 1952), diplômé de l’école des beaux-arts de la Hongik University, est considéré comme le père du design contemporain coréen. Il a créé en 1977 la Société des arts décoratifs et appliqués modernes avec la volonté de favoriser la rénovation des arts décoratifs coréens, principalement fondés sur la fonction. (…) C’est en sculpteur qu’il aborde le mobilier. Ses formes organiques très épurées font l’objet de petites maquettes inspirées par les dolmens des sites de Gochang, Hwasun et Ganghwa, situés au sud de la péninsule. Il a recours à des matériaux simples, comme le bois, la céramique, le basalte et la pierre, ou plus élaborés, comme le métal et la laque. Son approche se réfère à la philosophie et à la religion taoïste en quête d’une harmonie entre l’homme et la nature (…) Choi Byun-hoon a formé de nombreux jeunes designers, tel Bae Se-hwa (né en 1980), qui cherche avec la série Steam une harmonie entre la forme et la fonction. Ce dernier dessine un mobilier en bois courbé façonné à la vapeur, généralement du noyer. La nature et le paysage montagneux environnant Séoul sont la principale source de ses créations tout en courbes avec l’idée que l’homme doit vivre en parfaite harmonie avec elle. (…)

La référence au mobilier coréen des XVIIe et XVIIIe siècles de la période Joseon est au centre des créations de Bahk Jong-sun (né en 1969). Il privilégie des pratiques artisanales liées au travail du bois : le noyer, le cerisier, mais aussi l’érable sont utilisés pour son mobilier minimaliste, alternant des zones de vides et de pleins. (…)

Un design appliqué à la porcelaine qui s’émancipe

La tradition céramique coréenne est vieille de plusieurs siècles. La Seoul National University, l’un des rares établissements publics, est la plus prestigieuse dans ce domaine. (…) Elle a formé de nombreux céramistes réputés, plusieurs d’entre eux y sont devenus professeurs consacrant une grande partie de leur temps à l’enseignement. Le cursus de la section céramique, (…) est particulièrement performant dans les techniques du design appliqué à la porcelaine, associé à une recherche pointue en émaillage. La galerie LVS, installée à Séoul, ne s’est pas trompée en signant des contrats d’exclusivité avec les meilleurs étudiants. Nombre d’entre eux partagent le même atelier, voire le même four.

La céramiste Lee In-hwa réalise des vases cylindriques aux dégradés subtils dans des tons émaillés jaunes ou orange, tandis que Kim Deok-ho oriente ses recherches sur la technique des terres mêlées. Autre artiste phare, Lee Min-soo, avec la série +,- Trace, produit des contenants minimalistes qui rendent compte d’une technique parfaitement maîtrisée. (…) On observe la même perfection chez la jeune artiste Park Seo-yeon (née en 1982), dans ses décors de lignes courbées polychromes en léger relief qui célèbrent la beauté de la matière, la pureté de la forme et la discrétion du décor. La pratique du céladon est une technique ancienne connue et développée sous la dynastie Koryo (918-1392), que réinterprète Lee Ka-jin (née en 1985) avec sa série Water Drop : elle applique une couche d’émail très épaisse et cuit la poterie à haute température pour faire ressortir les teintes bleutées. (…)

Le bijou contemporain, une scène active

(…) La majorité de ces bijoutiers sont diplômés de la Kookmin University, école très réputée dans le domaine des arts appliqués, notamment pour son département métal et bijoux. (…)

Artiste confirmée, Kim Seung-hee (née en 1947) associe à l’argent toutes sortes de pierres comme le jade, l’onyx ou l’ambre, assemblées en structures géométriques avec l’idée d’évoquer des paysages. Après avoir étudié trois ans à Stockholm, Woo Jin-soon (née en 1948) a été influencée par le bijou scandinave. Elle privilégie l’argent qu’elle associe à des formes géométriques qui tendent aujourd’hui à devenir plus figuratives. À ces parcours déjà confirmés se juxtaposent des propositions de plus jeunes talents, comme Chung Jee-min (née en 1983), qui dessine des pendentifs « vivants » car mobiles, symbolisant la croissance et la mort de la plante.

Certains jeunes créateurs ont recours à des matériaux naturels comme le travail du hanji (papier) ou du ramie (plante textile), visible chez Kang Mi-na, qui revisite la feuille de ramie dans des couleurs vives et un esprit naturaliste. Chez Kim Hee-joo (née en 1983) le cuir est privilégié et donne lieu à un univers poétique inspiré par le monde végétal et animal (…). L’artiste Yoon Sang-hee redonne un nouveau souffle au travail de la laque (ottchil) avec un torque aux formes audacieuses.

Le silicone et les matériaux synthétiques sont prétextes à de nouvelles expérimentations formelles. Kwon Seul-li (née en 1983) explore par un jeu de transparence et de formes organiques le côté éphémère de la nature tandis que Cho Sung-ho (né en 1975) assemble des matériaux hétéroclites dans des compositions narratives. Plus expérimentales sont les recherches de Kim Kye-ok (née en 1977), qui questionnent l’identité et la contrainte du bijou par un jeu d’empreintes sur la peau, ou celles de Yoon Dok-no (né en 1970), qui conçoit de petites sculptures cinétiques portables dont le mécanisme crée un lien intime avec le corps.

(…) Si la jeune génération tente de trouver un juste équilibre en intégrant à son héritage culturel un nouveau répertoire de formes et de décors, l’histoire encore récente du design coréen recèle quelques faiblesses : éditeurs, lieux de diffusion et collectionneurs restent rares pour ces créateurs indépendants.

« La mode coréenne en perspective. Essai »
Éric Pujalet-Plaà

La Corée semble aujourd’hui l’Eldorado du luxe (…) Les grands groupes s’y sont implantés dans les années 1990. Ce commerce florissant révèle l’intensité d’un échange culturel situé, dans le temps, au croisement de l’histoire de la mode française – dont découle le système de mode contemporain – et de l’histoire du costume coréen. Car si les grands groupes rencontrent en Corée une clientèle férue de mode, c’est parce que la culture des apparences y est une expression essentielle de l’identité. (…) Le costume traditionnel, hanbok, a aujourd’hui disparu de la foule métropolitaine séoulite et n’est plus couramment porté qu’au cours des cérémonies familiales. (…) Il ressurgit pourtant sur les podiums sous une forme manifeste. (…) Cet intérêt pour la mode coréenne que l’on observe en France reflète sans doute l’attraction existant entre deux cultures vestimentaires fondées sur la prévalence de codes esthétiques symétriquement inversés. La culture de la mode française, faite de ruptures saisonnières, répond étonnamment à celle du costume coréen, faite de permanence de formes immémoriales. Elle interroge aussi la création contemporaine coréenne dans sa quête. Comment satisfera-t-elle deux cultures d’essence si contradictoire ? (…) Les créateurs coréens ont chacun adopté une posture particulière pour composer avec cet antagonisme. Leur démarche a valeur de création de mode car elle relève du défi intellectuel : cinq spécialistes du hanbok représentent essentiellement le tribut à la tradition ; les créateurs de mode les plus fameux illustrent ensuite différentes réappropriations de la culture ancestrale ou récente, tandis que les plus jeunes manifestent un désir d’émancipation ou de retour aux sources d’un patrimoine redéfini. (…)

Histoire

(…) Les travaux de Kim Young-jin, Kim Young-seok, Kim Hye-soon, Lee Hye-soon réunis sous l’égide de l’Arumjigi Culture Keepers Foundation illustrent ainsi plusieurs approches intuitives ou scientifiques du hanbok.

L’histoire du costume en Corée est également racontée de manière métaphorique par les créateurs de mode les plus célèbres en Corée. Jin Te-ok, André Kim, Lee Young-hee, Lie Sang-bong, (…) ont transmis, dès les années 1980, la culture du costume traditionnel sous forme de propositions créatives. La pureté et la transparence des vêtements de toiles blanches, inlassablement foulées et blanchies, qui composaient l’essentiel du costume national de l’époque Joseon, revivent chaque saison dans les collections de Jin Te-ok. André Kim a transmué les ors des costumes des parades militaires du début du XXe siècle en fastueuses tenues hybrides, martiales et rocailles. Lee Young-hee a révélé la sensualité du hanbok en le transformant d’un geste en déshabillé. Lie Sang-bong a cultivé un chaleureux syncrétisme de grigris et de croix pectorales pour exorciser avec humour l’attirail des chamans et des missionnaires…

Les créateurs de la génération montante explorent aussi le passé du costume coréen en découvrant et en remontant d’autres séquences : Juun.J interprète les fondamentaux du costume masculin occidental avec une élégance de clerc du palais, Kwak Hyun-joo revisite la culture pop américaine avec le professionnalisme d’une star du drama. Tous les créateurs se prennent à ce jeu de rôle pour dresser l’inventaire de l’héritage vestimentaire de la Corée, allant jusqu’aux citations vintage les plus récentes.

Cet héritage, d’ordre composite, ne se résume certes pas seulement à l’ancien hanbok. Il véhicule des thématiques profondément enracinées dans la tradition de la période Joseon : l’importance de l’espace et du placement dans les assemblées rituelles doit par exemple être prise en compte pour apprécier les défilés et les croquis « scolaires » de Choi Chul-young. De même, la sensibilité aux couleurs codifiées et aux motifs symboliques est sans doute à l’origine des travaux optiques ou signalétiques de Kaal E. Suktae ou de Park Seung-gun pour PushButton (…)

Attitudes

À l’image de Jin Te-ok, doyenne des créatrices séoulites, l’identité des artistes coréens se doit d’être le couronnement d’une attitude. (…) Dans son bureau situé au dernier étage de sa maison de couture, elle traduit en mots ce qu’elle dit en étoffe : c’est la translucidité d’une chemise de son frère séchant au soleil qui, dit-elle, lui a révélé sa vocation dans les années 1950. C’est peut-être de cette période d’après-guerre, (…) qu’elle a gardé un attachement particulier à la figure de la ballerine, idéal féminin du New-Look. (…) Son style épuré, subtilement androgyne, s’est parfaitement accordé à la tendance des années 1990 et constitue l’exemple d’un positionnement stylistique (…).

La tendance au minimalisme explique également en partie l’accueil fait, à la même période, aux créations de Lee Young-hee, « prêtresse du vêtement traditionnel coréen », qui présente ses collections à Paris dès 1994. (…) Ses réinterprétations du hanbok bénéficient en outre à la fin des années 1990 de l’intérêt porté aux matières et aux formes « authentiques », d’origines « ethniques ». (…) Quant à Lie Sang-bong, ni le minimalisme ni la référence au costume traditionnel – qu’il a pourtant cultivé – ne suffisent à saisir sa démarche. (…) Ses collections sont une profusion de plissés, fronces, arceaux, ajours, incisions, franges, glands, feuillets, soufflets, ruchés, festons, drapés, bouillonnés, effets boule, liens, lanières, nœuds, surpiqûres, éléments rigides tels que coques et corsets. Il a le goût de l’illusion et de la mise en scène, mais aussi d’une certaine dédramatisation humoristique confinant à l’aspiration au vide. (…) Le créateur a une prédilection pour le rouge et les couleurs tranchées, bariolées même, qui contribuent au caractère enfantin de ses créations. Lie Sang-bong rejoint l’esthétique post-pop des années 1980 dont il se rapproche aussi par le travail graphique. Il a présenté à Paris à l’automne-hiver 2006-2007 une collection inspirée par le graphisme hangul qui a constitué pour lui un tournant. (…) Tout le monde ne peut déchiffrer ces caractères manuscrits imprimés sur le tissu, mais on comprend que le créateur est parvenu à exprimer sur la scène internationale à la fois sa culture natale et sa fantaisie personnelle.

Lie Sang-bong, Jin Te-ok et Lee Young-hee apparaissent comme les maîtres vivants de ce que l’on peut nommer l’école de Séoul. Cultivant, chacun à leur façon, l’héritage du costume coréen, ils l’inscrivent dans la mode contemporaine et inversement. Ils inspirent la génération montante dans ses orientations. C’est ainsi que le style de son chef de fil Juun.J semble résulter d’une fusion de leur expérience d’ouverture ou d’hommage à la tradition. Ce jeune créateur renouvelle l’image de l’homme en maniant avec une égale maîtrise les références à la mode occidentale et à celles du costume local. Son travail ne relève pourtant pas du métissage et résulte plutôt d’un savant procédé de composition. Kaal E. Suktae, Kwak Hyun-joo, Cy Choi et Steve J. & Yoni P. associent leur identité native à divers emprunts aux cultures urbaines et mythologies contemporaines. (…) Tous sont diplômés d’écoles internationales et présentent leurs collections à Séoul, Paris, New York ou Londres, prenant exemple sur les créateurs qui les ont précédés dans la conquête d’une visibilité internationale. Conscients de leur histoire ancienne et récente, de leur valeur et connaissant le monde, il ne leur reste plus qu’à inventer leur individualité.

« Le graphisme coréen »
Amélie Gastaut

(…) L’une des spécificités du design graphique coréen (…) est l’intérêt commun et quasi général de ses acteurs pour la typographie et plus particulièrement pour leur alphabet, le hangul. Paradoxalement, si le design graphique coréen est jeune, on ne peut aborder cet intérêt pour la typographie sans évoquer deux événements importants de l’histoire de la Corée. Le premier est lié à l’histoire de l’imprimerie au XIIIe siècle, le second à l’histoire même de la Corée et de sa langue avec l’invention au XVe siècle du hangul.

L’invention des caractères d’imprimerie mobiles en métal

La Corée a joué un rôle important dans la grande histoire mondiale de l’imprimerie, avec l’invention, au XIIIe siècle, des caractères d’imprimerie mobiles en métal. (…)

La place de la Corée dans l’histoire de l’imprimerie s’ancre dans une forte et profonde tradition littéraire. (…) Cet intérêt pour le livre demeure vif aujourd’hui au regard de l’importante production de livres dessinés par des graphistes et surtout avec la création, en 2001, à 30 km de Séoul, de Paju Book City, cette « ville » qui couvre l’ensemble du processus du livre (…) jusqu’à l’école de typographie Pati, fondée en 2012 par Ahn Sang-soo. (…)

Une autre initiative privée en faveur du livre est celle du graphiste Park Kum-jun. Entre 2003 et 2010, il a organisé, au sein de son studio 601 Bisang (…), un concours international pour dynamiser le genre du livre artistique. (…)

Le hangul

Si la création du hangul remonte à l’année 1443, son emploi ne se généralise véritablement qu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. (…)

Les vingt-sept lettres (vingt-quatre aujourd’hui) qui constituent cet alphabet, remplaçant les 40 000 idéogrammes chinois, ont été fondées sur des principes à la fois scientifiques et philosophiques. (…) Le hangul s’appuie également sur certains principes théoriques de la pensée néo confucianiste du yin et yang. (…)

Ahn Sang-soo

Le graphiste Ahn Sang-soo est le premier à avoir fait du hangul son sujet principal. Il a su le moderniser en concevant plusieurs polices de caractères, tout en demeurant attaché à conserver (…) les fondements philosophiques qui lui sont inhérents. (…) Dans ses créations typographiques, il travaille sur l’aspect esthétique de la forme des lettres, qu’il géométrise au maximum pour en souligner la beauté et les exhaler, tout en leur redonnant une liberté dans la page même en les faisant sortir du système du carré chinois formel dans lequel elles étaient jusqu’alors enfermées et les rendant ainsi indépendantes les unes des autres. (…)

Nouvelle génération

(…) Si aujourd’hui la typographie est l’une des caractéristiques majeures du graphisme coréen, ils ont néanmoins su trouver des vocabulaires spécifiques, se détachant de l’écriture formelle d’Ahn Sang-soo.

Le graphiste Kim Bo-huy, qui a suivi des études de cinéma avant de se tourner vers le design graphique, réalise chaque jour un visuel, tel un journal intime. Nombre de ses images sont des phrases, écrites en hangul, issues de son état d’esprit du jour. (…)

Si les designers graphiques trouvent dans le hangul un sujet de prédilection, ils aiment aussi travailler sur l’alphabet latin. Un grand nombre d’affiches combinent ainsi souvent hangul et anglais. (…)

Les parcours de ces designers graphiques sont souvent similaires : des études, à Séoul, à la Hongik ou à la Kookmin University, dans le département design visuel ; un perfectionnement dans une grande université américaine ou dans une école suisse ; une première expérience professionnelle dans une agence de design graphique à l’étranger, (…) puis un retour à Séoul plus particulièrement, où ils créent leur studio pour échapper au rythme frénétique des départements de graphisme des grandes entreprises ou des agences de publicité. (…)

Au vu de leur parcours, et au-delà du fil rouge du hangul qui les relie, on pourrait être tenté de chercher dans leurs travaux un mélange entre Orient et Occident. (…)

(…) La majorité des commanditaires des designers graphiques sont issus du secteur culturel. La plupart de ces studios (…) développent parallèlement des projets personnels, éditoriaux ou sous forme d’installations. (…) Ainsi, (…) Jin Jung, docteur en philosophie et en design graphique, qui a fondé en 2009 le studio Therewhere, expose régulièrement à Séoul. Ses projets sont souvent axés sur des problématiques liées à l’urbanisme des villes, sur lesquelles il pose des points de vue politiques, sociaux et culturels dont il rend compte en images dans des projets éditoriaux qu’il déploie souvent lors d’expositions. (…)

Le catalogue
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