Antoine+Manuel, pour La Comédie de Clermont-Ferrand (2005)

Antoine+Manuel, La Comédie de Clermont-Ferrand, affiche 2004/2005
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance

La collaboration avec la Comédie de Clermont-Ferrand débute en 2002 avec l’arrivée à sa direction de Jean-Marc Grangier : « je les ai sollicités pour inventer une communication qui soit comme un langage très original mais qui puisse rassembler, intriguer et ravir. Ils me demandent de leur apporter des documents, des textes, mes références ainsi que des explications sur mes choix de programmation. Ils se positionnent pour troubler, amuser, toucher les gens, de telle manière qu’ils deviennent des familiers. Ils apportent une exigence de qualité, de précision, que l’on retrouve aussi bien dans le choix du papier, dans celui de la police de caractères, que dans les dessins. Ils sont d’un raffinement et, en même temps, d’une grande brutalité qui racontent qui nous sommes. Ils montrent à la fois notre singularité, un théâtre sans bâtiment, sans adresse fixe et notre inscription dans un réseau institutionnel. » Les premières années sont marquées par des dessins à la gouache ou aux feutres, contournant « l’épineuse question des photos de spectacle qui limitent l’imaginaire. Les affiches de saison évoquent la profusion de la programmation par l’accumulation des dessins. » Antoine+Manuel

Thomas Bizzarri & Alain Rodriguez, pour les Éditions Le Feu Sacré (2016)

Atelier Thomas Bizzarri & Alain Rodriguez, Éditions Le Feu Sacré, livre 2016
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance

En 2012, Thomas Bizzarri et Alain Rodriguez conçoivent l’identité graphique de la maison d’édition Le Feu Sacré fondée par Fabien Thévenot. Ils dessinent deux caractères : le Feu, un alphabet au dessin géométrique utilisé pour les couvertures, et le Thermidor pour les textes courants. Le Thermidor est inspiré d’un caractère de labeur dessiné par Charles Beaudoire, de la Fonderie générale, dans les années 1890. Son nom vient du titre du livre, Neuf Thermidor, imprimé en 1907, où ils ont découvert ce caractère. Ils dessinent également un ex-libris autour de la devise de la maison d’édition, une citation de Nietzsche : « Malheur à qui fait croître le désert ». L’ex-libris rassemble la figure du philosophe, une couronne de barbelé (clin d’œil à l’éditeur qui était un ancien punk) et un mur de flammes. « L’idée était de ne pas choisir un logo en particulier, mais une myriade de symboles. Le nom de “Feu Sacré” est lui aussi compréhensible de différentes manières. Il peut être la métaphore de la force de la vie, de la volonté de puissance, de la foi, de l’amour ». Fabien Thévenot

Roman Cieslewicz, Kamikaze 2, revue d’information Panique (1991)

Roman Cieslewicz, Kamikaze 2, la revue d’information Panique, 1991
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance

À partir de 1986, Roman Cieslewicz délaisse le style « baroque et très coloré » des photomontages commencés en 1976 avec Changements de Climat, pour entamer une période marquée par une tendance à l’épure : réduction du nombre d’images, importance des mots et de la typographie, limitation des couleurs au noir, blanc et rouge. Membre du groupe Panique, fondé en 1960 par Arrabal, Topor et Jodorowski, Roman Cieslewicz crée en 1976, Kamikaze, la revue d’information Panique. Cette revue qui connaîtra trois numéros (1976, 1991, 1994) avait pour objectif de réagir à l’information, de s’interroger sur sa diffusion et sa hiérarchisation par les médias. Composée de photographies de presse puisées dans ses archives, chaque double page présente en vis-à-vis deux photographies en noir et blanc qui se répondent et conversent entre elles en se confrontant. Roman Cieslewicz réanime ainsi des images qui, prises dans le flux des mass médias, ont été désincarnées. C’est ce qu’explique Patrick Roeggiers, dans le texte Panique et réalité (publié dans le catalogue de l’exposition Scalp) quand il oppose les « images Panique de la réalité », celles de la presse écrite ou télévisuelle, aux « images mentales du Panique » qui, une fois vues, ne peuvent plus s’effacer. Roman Cieslewicz qualifiait ce travail de photographisme.

Des Signes, pour le Conservatoire national supérieur Musique et Danse de Lyon (2013)

Des Signes, Conservatoire national supérieur Musique et Danse de Lyon, affiche 2013
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance

Pour l’identité visuelle du Conservatoire national supérieur Musique et Danse de Lyon, Des Signes s’inspirent du rythme et du mouvement qu’évoquent les deux disciplines enseignées. « Les lettres du logo s’animent et se colorent ! Ronds et barres battent la mesure ! Les images jouent avec les mots. En noir et blanc, ponctuée de couleurs moderato, une partition graphique se met en place au service d’un contenu plus vivant et chaleureux. » Leur source d’inspiration pour ce projet est l’avant-garde en typographie : après avoir découpé les lettres, ils jouent avec elles, en les assemblant, répondant ainsi à l’image d’un lieu en construction. Enfin, pour illustrer les passerelles entre ces deux disciplines initiées par le conservatoire, le studio a créé un jeu d’imbrication, de bascule du sens de lecture. Le programme devient ainsi un objet que l’on doit manipuler, que l’on doit faire tourner pour pouvoir lire les textes placés dans des sens différents.

Maurice Estève, La moutarde XYZ donne un fameux coup de fourchette (1929-1930)

Maurice Estève, La moutarde XYZ donne un fameux coup de fourchette, affiche 1929-1930
Don de Mme Maurice Estève, 2016
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance

En 1929, un an avant sa première exposition à la galerie Yvangot, le peintre Maurice Estève, pour faire face à des difficultés matérielles, envisage de gagner sa vie comme affichiste. Avec son ami Marcel Debarbieux, il réalise une série de six maquettes qui ne seront jamais éditées. Restées dans l’atelier de l’artiste, ces maquettes n’avaient, jusqu’ici, jamais été exposées.

Christophe Gaudard, Journées Portes Ouvertes Institut supérieur des Beaux-arts de Besançon (2013, 2014)

Christophe Gaudard, Journées Portes Ouvertes - Institut supérieur des Beaux-arts de Besançon, affiche 2014
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance

Graphiste et enseignant à l’Institut Supérieur des Beaux-arts de Besançon, Christophe Gaudard réalise depuis 2010 les affiches des portes ouvertes de l’école. La thématisation de ces journées lui permet d’utiliser l’affiche plus comme espace de prise de parole que comme fournisseur d’informations. […] En 2013, pour le thème du voyage à l’ère du numérique, il revisite le logo de Google Earth, montrant que ce qui évolue dans le voyage, c’est moins la facilité de déplacement que la notion de l’inconnu, qui tend à disparaître. En 2014, pour le thème du futur, il fait référence au film de Jean-Luc Godard, Alphaville, portrait d’une ville dont la société est régie par l’ordinateur dont il reprend la devise : « Silence, sécurité, logique, prudence », qui faisait alors écho à l’actualité de Besançon, où le sujet principal des élections municipales était la sécurité et l’armement des policiers municipaux. Pour évoquer la note d’optimisme finale du film, la naissance d’une histoire d’amour, il recouvre la devise d’un smiley tagué à la bombe.

Helmo pour le Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape (2012)

Helmo, Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape, livret 2013
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance

Une des devises de Helmo, citation de François Morellet, « un amour pervers pour les contraintes », a probablement sous-tendu la conception de l’identité visuelle du CCNR (Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape), dont la principale contrainte était le budget limité. La réponse graphique d’Helmo est la sobriété, aussi bien dans son économie de moyens que dans sa forme : l’utilisation d’une seule couleur en tons directs et un jeu de briques qui se construit, se déconstruit et se reconstruit de manière différente pour chaque projet ; évocations du processus créatif, de la construction d’une pièce chorégraphique, du mouvement dans la danse.

Ill Studio, pour Deewee (2015)

Ill Studio, Deewee, pochette d’album 2015
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance

Le projet Deewee, créé en 2015 par les frères et DJ’s David et Stephen Deweale (2manydjs), est un projet global autour de la musique électro. L’identité visuelle a été confiée à Ill Studio. Chaque initiative, chaque nouveau projet, quels que soient sa nature et son médium, sont numérotés par ordre d’arrivée. Le numéro 001 est le studio d’enregistrement Deewee, situé à Gand en Belgique, conçu par le studio d’architecture Glenn Sestig Architects. Les couleurs noir et blanc, ainsi que le damier, sont les principaux éléments décoratifs du studio, utilisés à l’extérieur comme à l’intérieur. Ils sont repris comme couleurs de l’identité visuelle du label, associés à des photographies d’objets technologiques, électroniques, photographiés de manière très objective. Le disque de 2manydjs, numéroté 002, est le second projet initié par le label Deewee.

Robert Massin, La Cantatrice Chauve (1964)

Robert Massin, La Cantatrice Chauve, livre 1964
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance

Robert Massin s’inscrit dans le sillage de Pierre Faucheux, avec qui il débute au Club du livre Français, avant de prendre la direction artistique du Club du meilleur livre. En 1958, il devient le directeur artistique de Gallimard. Parallèlement, il conçoit des projets personnels autour de la typographie expressive qu’il expérimente dans des interprétations graphiques et typographiques de pièces de théâtre. En 1964, avec l’édition de La Cantatrice Chauve, il se pose en interprète et metteur en page de la pièce d’Eugène Ionesco qu’il voit plus de vingt fois au théâtre de la Huchette, à Paris, dans la mise en scène de N. Bataille. Pour retranscrire dans sa mise en page la diction des acteurs, leurs intonations et leur silence, il enregistre la pièce. Les doubles pages du livre sont traitées comme un espace scénique qui s’anime par des jeux typographiques, des bulles de texte, et des photographies d’H. Cohen. Chaque personnage est associé à une photographie (celle des comédiens) et à un caractère typographique qui subit des variations selon le ton, la diction de la voix. La mise en scène de Bataille est respectée : la typographie se déplace sur la page à l’instar des déplacements des comédiens sur le plateau, la respiration du texte est transcrite par le blanc des pages, les pages deviennent noires quand la lumière s’éteint.

Philippe Millot, Éditions Cent pages (2014)

Philippe Millot, Éditions Cent pages, livres 2014
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance

Philippe Millot se définit comme un dessinateur de livres. Depuis 2001, il collabore avec les éditions Cent pages, fondées par Olivier Gadet. Si les collections Cosaques et Rouge-gorge se singularisent par des couvertures construites sur des principes graphiques spécifiques avec des variations d’un titre à l’autre, il pense le dessin de ses livres au-delà de la couverture. Il porte une grande attention, ligne par ligne, à la construction des blocs textes des pages intérieures. Lecteur des livres qu’il dessine, pour chacun des récits qu’il met en page, il s’applique à dépasser le travail d’exécution pur pour insuffler au texte sa propre interprétation visuelle, que ce soit par le choix des empagements, des justifications, des retours de paragraphes… Cette interprétation graphique accompagne le lecteur dans sa découverte du texte, introduisant un nouveau dynamisme de lecture. Pour les couvertures de la collection Cosaques, Philippe Millot perturbe les conventions : le titre et l’illustration sont placés en quatrième de couverture, le code barre et l’isbn traditionnellement en quatrième de couverture sont disposés sur la tranche. La couverture blanche traversée par une bande couleur, qui varie d’un ouvrage à l’autre, accueille un symbole choisi pour faire écho au contenu du livre.

s-y-n-d-i-c-a-t pour la Villa du parc (2014, 2015)

s-y-n-d-i-c-a-t, Villa du parc, affiche 2015
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance

La Villa du parc est un centre d’art situé à Annemasse, ville française à la frontière franco-suisse. La communication du centre d’art se limitant à Annemasse, où les lieux d’art contemporains sont peu nombreux, s-y-n-d-i-c-a-t a considéré que l’utilisation d’un logotype n’était de fait pas nécessaire dans la mise en place de l’identité visuelle, préférant construire un système graphique composé à partir de deux éléments : des bandes colorées qui divisent l’espace en trois et l’utilisation d’un caractère typographique, l’Arial, légèrement redessiné utilisé en bas de casse. Le choix de l’Arial s’ancre dans le contexte géographique : la Suisse se définissant typographiquement par l’Helvetica, ils utilisent avec ironie l’Arial, une adaptation peu réussie et bon marché de l’Helvetica. L’affiche de saison, imprimée en sérigraphie et en grand format, n’utilise pas de visuels à la différence des affiches des expositions collectives de petits formats et imprimées en offset. s-y-n-d-i-c-a-t se donne la liberté de recadrer dans les images des oeuvres fournies par le centre d’art, car pour eux « l’affiche n’est pas un support d’exposition mais a le droit d’avoir son autonomie visuelle et de se composer avec les éléments textuels qui l’animent. »

Frédéric Teschner, Arthur Cravan (2010)

Frédéric Teschner, Arthur Cravan, affiche 2010
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance

Cette affiche est née de la lecture des textes d’Arthur Cravan (1887- 1918) et d’une collaboration avec le performeur Yves-Noël Genod à Chaumont. Cravan était un personnage singulier, sulfureux et provocateur, poète et boxeur. À Paris, il fréquente l’avant-garde artistique, inaugure le mouvement Dada, influence les surréalistes avant de devenir la figure de référence de Guy Debord. Il a vécu dans une quête effrénée de liberté, défiant le temps, méprisant les conventions du monde bien-pensant comme celui de la finance. Dans cette affiche recto-verso, Frédéric Teschner inverse les conventions : le portrait de Cravan est placé sur le dos bleu, qui est habituellement la face cachée d’une affiche, celle que l’on encolle, que l’on ne voit pas. Le portrait – surmonté d’une phrase manuscrite d’Y.-N Genod « On est pas payé cher mais qu’est-ce qu’on s’marre » –, placé de manière iconique au centre, est entouré d’éléments symboliques du monde capitaliste : un camembert déformé, un groupe de travailleurs en col blanc associé à une autre citation de Genod « you can see the devastion all around you » : les gélules de médicament d’une société malade. La face « noble » accueille, quant à elle, un diagramme, outil de statistique, de mesure « scientifique » qui régit la finance et plus largement la société. Mais le camembert est ici déformé à l’instar des montres molles de Dali.

Les Arts Décoratifs, 107, rue de Rivoli, 75001 Paris
tél. : +33 (0)1 44 55 57 50