En 1713, un chroniqueur anonyme écrit un texte critiquant les manteaux aux amples capuches que portent couramment les femmes à cette époque. Sous les larges plis de ces manteaux, les femmes malhonnêtes et de petite vertu cachent des objets dérobés ou leur grossesse, et, sous la passe tombante de la capuche, leur visage. Capuches, calèches, capotes et autres couvre-chefs à passe longue soulèvent souvent la suspicion car ils masquent l’identité de celles et ceux qui les portent. Mystérieux, douteux même, ils peuvent être aussi un atout de coquetterie. En 1769, la fille de Denis Diderot, expliquant à son père les mérites de la calèche, précise : « Le haut du visage est dans l’ombre ; le bas en paraît plus blanc ; et puis, l’ampleur de cette machine rend le visage mignon. » Quelques années plus tard, le Mercure de France publie un poème adressé à « Mesdames les Capotes », en fait trois femmes que l’auteur du texte ne reconnut au bal tant les élégantes « aux charmes enveloppés » étaient couvertes par lesdites capotes. Dans les premières décennies du XIXe siècle, ce type de chapeau à la passe encore plus démesurée est toujours en vogue. Les femmes qui le portent sont parfois affublées du nom évocateur d’« Invisibles ».

William Richardson, 1778,
© The British Museum, Londres

Au XIVe siècle, la capuche, jugée subversive, est interdite. Une ordonnance de Charles VI, datée de 1399, proscrit à Paris le port de « faux visages », ces chaperons au capuchon si enveloppant qu’ils dissimulent presque entièrement le visage de malfaiteurs. Le texte décrit des hommes aux « visaiges embrunchez [couverts] de leurs chapperons tellement que l’en ne les peut cognoistre ne veoir leurs visaiges a descouvert, exceptez les yeulx seulement ». Interdire une capuche sous prétexte qu’elle est trop couvrante et cache le visage, et par conséquent l’identité de son porteur, serait-il le fait unique d’un autre âge ? Il n’en est rien : le hoodie – ou sweat-shirt à capuche –, fièrement arboré dans un premier temps par les skateurs et les tagueurs, mais également les adeptes de hip-hop, de breakdance ou de rap, est çà et là bientôt condamné tant il est associé aux gangs et aux délinquants. En 2005, à Londres, le hoodie est interdit dans le centre commercial du quartier d’Elephant and Castle. En 2011 et 2015, des lois proscrivent son port en public dans l’État d’Oklahoma. Le sénateur républicain Don Barrington précise que l’objectif « est de rendre les commerces et les lieux publics plus sûrs en s’assurant que les gens ne puissent pas dissimuler leur identité dans le but de commettre un crime ». Enfin, il est difficile de ne pas évoquer le drame de Sanford (Floride), survenu en février 2012, lorsque Trayvon Martin, jeune Américain, noir, âgé de dix-sept ans, est abattu par George Zimmerman, un agent de sécurité. Ce dernier déclara avoir vu un homme noir, la tête couverte d’un hoodie à capuche et semblant suspect. Geraldo Rivera, présentateur sur Fox News, expliqua quelques jours après le drame que « le hoodie est aussi responsable de la mort de Trayvon Martin que George Zimmerman ». Des faux-visages de Charles VI au hoodie du jeune Trayvon, la capuche, pièce de vêtement apparemment banale, traîne avec elle plus de six siècles de soupçons et de préjugés.

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