Datées du XVIIIe au XXe siècle, ces pièces, petites par leur taille, sont de véritables objets d’art par la préciosité des matériaux et techniques qui entrent dans leur fabrication. Réalisées par des artisans issus de disciplines diverses : passementiers, brodeurs, orfèvres, verriers, céramistes ou paruriers, elles cristallisent à elles seules la mémoire et l’évolution des savoir-faire. Elles ont aussi suscité l’intérêt de nombreux artistes : peintres, sculpteurs ou célèbres créateurs de bijoux qui ont créé des modèles uniques destinés aux maisons de couture signant leurs créations telles des œuvres miniatures à part entière.

Courrèges, collection Couture Future, printemps été 1970
© photo Patrick Sauteret

Cette collection, réunie par Loïc Allio, est exemplaire par sa variété, sa richesse et son éclectisme. Parmi les pièces exceptionnelles, citons un portrait de femme dans le goût de Fragonard, un trio de boutons inspirés des fables de La Fontaine de l’orfèvre Lucien Falize, un jeu de huit oiseaux peints sur porcelaine par Camille Naudot et enfin une série de 792 pièces du sculpteur Henri Hamm. Les paruriers, Jean Clément et François Hugo, et les artistes Jean Arp et Alberto Giacometti, ont œuvré pour la célèbre créatrice de mode Elsa Schiaparelli, tout comme Maurice de Vlaminck avec le couturier Paul Poiret. Les maisons de Haute Couture : Dior, Balenciaga, Mme Grès, Givenchy, Balmain et Yves Saint Laurent ont, quant à elles, privilégié le travail des bijoutiers Francis Winter et Roger Jean-Pierre. On découvre également des créations de Sonia Delaunay et de Line Vautrin.

Exposition "Déboutonner la mode" au musée des Arts décoratifs du 10/02 au 19/07/2015 - YouTube

Dans un parcours chronologique, l’exposition dévoile ainsi l’histoire incroyable de cet objet à travers cette extraordinaire collection. Le visiteur découvre qu’il est le parfait reflet de la créativité et de l’humeur d’une époque. Tableaux, gravures, dessins et photographies de mode soulignent l’importance de sa place sur le vêtement et montrent combien il est déterminant dans l’équilibre d’une silhouette.

Attribué à Fragonard, fin du XVIIIe siècle
Miniature sur ivoire et cadre en verre églomisé
© Les Arts Décoratifs, Paris / photo : Jean Tholance

Depuis son apparition au XIIIe siècle, le bouton a, au fil du temps, conservé une place de choix sur nos vêtements. Sa production et son utilisation se développent progressivement mais doivent attendre la fin du XVIIIe siècle pour voir naître l’âge d’or du bouton en France. Il devient alors un produit de luxe, dont la valeur dépasse souvent l’habit lui-même. Plus qu’un ornement, il est aussi le moyen d’afficher ses penchants et même ses opinions se faisant porteur de messages humoristiques, intimes ou politiques : portraits de la famille royale, rébus ou scènes de la prise de la Bastille. Ce n’est que vers 1780, à la faveur de l’anglomanie, que le bouton apparaît dans la mode féminine prenant place sur des robes et corsages aux coupes inspirées des vêtements masculins.

Au XIXe siècle, dans la garde-robe masculine, l’art du bouton laisse place à l’art du boutonnage. Plus petit et discret, il définit cependant le niveau de raffinement du vêtement ou la distinction de celui qui le porte. L’attention portée à sa position sur le costume masculin ressort de manière significative notamment sur les gilets, pièce essentielle de la garde-robe de l’homme élégant.

Durant la seconde moitié du XIXe siècle, avec la révolution industrielle, la fabrication des boutons se développe jusqu’à devenir une véritable industrie déclinant à l’infini tailles et couleurs adaptées à chaque pièce du vêtement ou des accessoires.

Pour les femmes, la taille des boutons reste aussi plus que modeste alors que leur nombre augmente. Ils apparaissent alors sur les bottines, les gants et sur la lingerie fine lorsque vers 1850 les sous-vêtements se font plus nombreux. Leur compte fait l’objet de notations précises dans les journaux de mode tandis que leur description dans la littérature de l’époque les place comme une coquetterie raffinée voire un objet de séduction.

Parallèlement, orfèvres et joailliers réalisent des boutons précieux qu’ils présentent parfois dans un écrin comme des bijoux. Ils sont le reflet des courants artistiques qui marquent l’époque et notamment celui de l’Art nouveau.

Le premier niveau de l’exposition s’achève avec les années 1910 et le retour de la ligne dite « Empire » sous l’influence du couturier avant-gardiste Paul Poiret pour qui l’importance d’un détail, parfois d’un bouton et le point précis où le placer, répond à « une géométrie secrète qui est la clef de l’esthétisme ».

François Hugo pour Elsa Schiaparelli, vers 1940
Céramique émaillée
© Les Arts Décoratifs, Paris / photo : Jean Tholance

Le parcours se poursuit avec la mode des Années 20 avec ses boutons Art déco et l’apparition des paruriers. Créateurs d’accessoires, de bijoux et de boutons, étroitement liés à la haute couture, sont identifiables par un style qui leur est propre mais aussi par les matériaux qu’ils emploient. Leurs collaborations avec les grands couturiers sont notamment illustrées par une vitrine consacrée à Elsa Schiaparelli, Jean Clément et Jean Schlumberger. François Hugo, a créé pour la célèbre couturière de boutons, de simples cailloux sertis d’or ou de métal plié et compressé. Il a fait aussi appel à la créativité d’artistes tels Pablo Picasso ou Jean Arp pour la réalisation de modèles inédits et originaux.

Le déclin du bouton s’amorce cependant en 1980, alors que les couturiers reviennent vers des créations plus minimalistes qui rendent au bouton sa fonction originelle.

Au-delà de ces expressions d’auteurs, l’exposition souligne la manière dont certains couturiers ont, de façon différente, placé et interprété le bouton dans leurs créations de Gabrielle Chanel à Christian Dior en passant par Cristobal Balenciaga, jusqu’aux boutons bijoux d’Yves Saint Laurent. Des modèles des années 2000, avec notamment Jean Paul Gaultier et son tailleur pantalon, entièrement recouvert de petits boutons en nacre, ou les manteaux de la maison Céline revisitant de façon subtile et essentielle le classique double boutonnage, viennent ponctuer le parcours. Malgré l’apparition et l’utilisation très fréquente de nouveaux systèmes de fermeture que sont la glissière, le bouton pression et le velcro, le bouton est toujours présent dans les garde-robes et a encore de beaux jours devant lui.

1 COMMENTAIRE
  • Achats.....
    15 février 21:46, par Grace KENNY

    J’ai essayé à 4 reprises d’acheter le catalogue de l’exposition « Déboutonner la mode », avec deux cartes de crédit différentes. A chaque fois la transaction a été annulée. Pourquoi ?

    Je voudrais le lire avant de visiter.

    GBK Londres

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