« Christian Dior, visite imaginaire au musée », par Olivier Gabet

Brassaï, Christian Dior dans son appartement du 10, rue Royale à Paris, fin 1946-début 1947
Granville, musée Dior, fonds Catherine Dior
© Estate Brassaï - RMN-Grand Palais

Concevoir l’œuvre de Christian Dior au sein du musée, comme dans l’histoire de l’art, rien ne semble aujourd’hui plus légitime. Qu’il ait écrit sur lui-même – et dans ce registre, son livre Christian Dior et moi reste un exercice de style d’une rare sincérité – ou que biographes et auteurs aient exploré les archives le concernant, se précisent distinctement certains aspects d’un possible portrait, Christian Dior le couturier, le galeriste à l’intuition géniale, l’écrivain et conférencier brillant capable de captiver la Sorbonne, Christian Dior le visionnaire de la mode de l’après-guerre, le passionné de décoration, l’acteur discret d’une vie mondaine brillante, celle d’une Café Society en pleine ébullition.

Christian Dior et moi apparaît comme le miroir assez exact à la surface duquel affleurent les reflets d’une culture personnelle solide, mêlant les sentiments et le goût d’une époque et d’un milieu aux citations évocatrices, ici d’un peintre, là d’un architecte. […]

Le musée des Arts décoratifs dans les années 1930
© Les Arts Décoratifs, Paris

Sans nul doute, le musée des Arts décoratifs est pour Christian Dior le musée selon son cœur, tant sont nombreuses les notations décoratives pleines d’acuité dans sa description de la maison de son enfance granvillaise, le japonisme ambiant, comme dans celles subséquentes de ses différentes adresses parisiennes, jusqu’au programme architectural du 30, avenue Montaigne. Le statut associatif du musée l’apparente plus aux délices de la vie mondaine parisienne que la plupart des musées nationaux : dans son conseil d’administration se côtoient autant de hauts fonctionnaires que de représentants remarquables de l’élite sociale, dans laquelle le Dior galeriste recrute ses clients et le Dior couturier ses admiratrices. […]

Salle de l’exposition « Décor de la vie en 1900-1925 » au musée des Arts décoratifs, 1937
© Les Arts Décoratifs, Paris

D’autres de ses relations s’y rattachent encore au fil des années, comme son ami Emilio Terry, architecte et tenant de ce style Louis XVI, néoclassicisme teinté de fantaisies surréalistes. Christian Dior l’expose à la galerie Bonjean en 1933, à travers tout un ensemble de dessins et de maquettes, dont la maison-colimaçon que Salvador Dalí fait figurer l’année suivante dans son portrait de Terry. Cette maquette devenue fameuse est présentée en 1936 au MoMA à New York dans l’exposition « Fantastic Art, Dada and Surrealism », et donnée en 1965 par Terry au musée des Arts décoratifs…

Étonnant est le faisceau de rapprochements entre les œuvres des collections du musée des Arts décoratifs et leur citation ou leur présence directe dans l’univers créatif ou familier du couturier.

Les Arts Décoratifs, 107, rue de Rivoli, 75001 Paris
tél. : +33 (0)1 44 55 57 50