L’exposition « Roger Tallon, le design en mouvement » aborde toutes les facettes de sa personnalité et de son travail dévoilés aujourd’hui grâce aux archives, dont il a fait don au musée des Arts décoratifs, avant sa disparition en 2011. En 60 ans, il a imposé une approche du design radicalement nouvelle, à la fois ancrée dans l’univers de l’industrie et très ouverte à tous les domaines de la création contemporaine. Son héritage a tellement façonné notre quotidien que l’on a fini par oublier que son nom est attaché à celui du Corail, du TGV Duplex, du funiculaire de Montmartre et de la maquette de la revue Art Press. On lui doit des objets restés emblématiques : l’escalier hélicoïdal Module M400, le service de table 3T et le téléviseur Téléavia P111. Autant d’aspects qui seront présentés au public à travers les objets réalisés, les dessins et les maquettes de ses projets.

Roger Tallon et les maquettes du « TGV 001 », « TGV Duplex », « TGV Atlantique »
Archives Roger Tallon
© ADAGP, Paris / photo : Les Arts Décoratifs, Paris

Roger Tallon débute sa carrière en « esthéticien industriel ». Il n’aura de cesse de récuser ce titre réducteur pour revendiquer celui de « designer ». Il a été, dans l’immédiat après-guerre, celui par qui le design industriel est arrivé en France et a acquis sa notoriété, celui grâce auquel l’enseignement du design a pris son essor dès la fin des années cinquante. Il a ouvert cette profession au monde culturel et intellectuel au niveau international.

L’exposition retrace 60 ans d’une carrière extrêmement riche et témoigne d’une approche du design radicalement nouvelle.

Dans les années 1950, alors que personne ne parle encore vraiment de « design » en France, Roger Tallon est engagé comme consultant par Dupont de Nemours et Caterpillar. Ces firmes américaines développent l’idée du design comme activité globale et partie intégrante de la structure de l’entreprise. En découvrant les méthodes de travail américaines, il élabore de nombreux projets, notamment pour Frigidaire, marque de General Motors, pour laquelle il travaille pendant 7 ans.

À son retour, durant sa collaboration avec l’agence Technès, de 1953 à 1973, Roger Tallon aborde tous les domaines : machines-outils, électro-ménager, appareils photo et caméras, machines à écrire, poste de télévision, matériel de bureau et crée plus de 400 produits industriels. Roger Tallon a contribué aux côtés de Jacques Viénot, fondateur de Technès, à faire de l’agence une référence du design français.

Au cours de ces années, Tallon engage une réflexion sur la complexité du design et son application à tous les domaines de la société. Ce qui l’amène à développer pleinement sa conception du design global, du produit à l’image d’entreprise, lorsqu’il quitte Technès en 1973 pour créer sa propre agence « Design Programmes SA ». En 10 ans, il dépose plus de 200 brevets, modèles et marques. Désormais chaque projet donne lieu à une approche systémique, impliquant tous les domaines du design : le produit devient l’une des composantes d’une problématique générale.

Téléviseur portatif « P 111 », Téléavia, 1963
Archives Roger Tallon
© ADAGP, Paris / photo : Les Arts Décoratifs, Paris

Créé en 1963, le téléviseur portable Téléavia P111, une innovation formelle dans le design des téléviseurs et une vraie réussite commerciale, reste encore aujourd’hui un objet culte. Suivent d’autres « success stories », comme le service 3T dans le domaine des arts de la table, les sièges Cryptogamme pour le Mobilier national, la gamme des montres Mach 2000 pour Lip, ou encore les bidons d’huile pour Elf : tout au long de sa carrière, Roger Tallon réinvente avec génie notre quotidien.

La mobilité et les transports sont les domaines pour lesquels Roger Tallon donne le plus de projets et ceux, aussi, dont il était le plus fier. En 1968, il conçoit le métro de Mexico, et dès le début des années 1970 entame une collaboration de longue durée avec la SNCF, d’abord avec le train Corail (baptisé par Tallon à partir de la contraction de « confort sur rail »), puis avec le TGV Atlantique et le TGV Duplex, suivis par l’Eurostar en 1994. Son intérêt pour le transport s’illustre avec la cartographie du RER, dont les lignes graphiques sont toujours en usage, mais aussi le métro MP89 (ligne 14) et le funiculaire de Montmartre en 1991.

Livrée extérieure du « TGV Duplex », 1994
Archives Roger Tallon
© ADAGP, Paris / photo : Les Arts Décoratifs, Paris

Pour chaque projet, Tallon applique sa conception d’un design global : ergonomie, couleurs, signalétique et emballage… Son ambition est de concevoir des objets et des espaces pensés pour accompagner l’évolution des modes de vie.

Il instaure une longue collaboration avec la galerie Lacloche, qui produit des pièces iconiques comme le « lit métamorphique », le mobilier de la série M400, l’escalier hélicoïdal Module M400, puis TH, dont la production est ensuite reprise par Sentou. Pour Sentou, il réalise également la chaise Wimpy et la chaise pliante TS, modèle de simplicité formelle et graphique. Ces projets s’inscrivent dans un engagement professionnel constant auprès d’entreprises de toutes natures et auprès de galeries et d’éditeurs.

Tallon a très tôt conscience que, même étendu à l’art de vivre, le design ne se limite pas au produit et contient une dimension culturelle. Il entretient ainsi d’étroites relations avec le monde de l’art contemporain et participe aux recherches d’Yves Klein et de César.

« Siège-portrait de César », crèche pour l’aéroport d’Orly, 1967
Archives Roger Tallon
© ADAGP, Paris / photo : Les Arts Décoratifs, Paris

En 1966, César reçoit la commande d’une crèche pour l’aéroport d’Orly. Ensemble, ils réalisent des Sièges Portraits, représentant les célébrités de l’époque – Mireille Mathieu, Brigitte Bardot, le général De Gaulle, Dali, Picasso, le chanteur Antoine, Léon Zitrone, César bien sûr et Roger Tallon. Le public peut alors s’asseoir sur leurs genoux et regarder le petit Jésus sur un téléviseur installé parmi des bottes de paille.

En 1970, il est le coordinateur artistique du pavillon français de l’Exposition universelle d’Osaka au Japon et crée à cette occasion les Têtes parlantes géantes, moulages des visages de Françoise Hardy, Johnny Hallyday, Sylvie Vartan et Georges Moustaki, sur lesquels sont projetées les images animées d’eux-mêmes en train de chanter.

Proche de Catherine Millet, fondatrice de la revue Art Press, Roger Tallon collabore avec elle pour en créer la maquette en 1973, restée inchangée jusqu’à aujourd’hui.

En 2008, Roger Tallon choisit de faire don au musée des Arts décoratifs de ses archives, couvrant l’ensemble de sa carrière. Constituées de dessins, plans d’exécution, photographies, notes, descriptifs, presse, dossiers de marketing et de communication, contrats, dépôts de modèles… Elles incarnent le « système Tallon ».

C’est ce foisonnement, cette complexité du personnage, ce parcours unique d’un créateur aux multiples facettes, que le musée des Arts décoratifs fait découvrir au public. Après l’exposition de 1993 au Centre Pompidou, « Roger Tallon, le design en mouvement » constitue la première rétrospective complète du designer industriel français.

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