Arik Nepo, modèle de la collection haute couture automne-hiver 1948, ligne Ailée
Vogue Paris, octobre 1948
© Arik Nepo / Vogue Paris

Christian Dior, en offrant à la mode un futur optimiste, se révèle aux yeux du monde le nouveau héros de l’après-guerre, le Français dont la gloire surpasse même le prestige du général de Gaulle. Les Américains, qui dès 1947 le découvrent dans une tournée triomphale à travers les États-Unis, l’ovationnent, reconnaissant en lui le « produit de trois siècles d’élégance qui remonte au règne de Louis XVI ». La mode, souffrant d’une stagnation en cette époque soumise encore aux tickets de rationnement, ne suscite plus de désir et de renouveau.

Christian Dior va lui donner le souffle de l’espoir d’un monde meilleur où les femmes pourront en toute insouciance se faire belles et désirables. […]

Henri Cartier-Bresson, le mannequin Alla revêt la robe May dans la cabine lors de la Première, 1953
© Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos

En 1947, Christian Dior accomplit une relance de la prospérité de la haute couture française. Sa vision de l’élégance se manifeste dans une générosité de matières, d’ornements et de formes inédites. Un modèle réussi est qualifié de véritable peinture ! Neiman Marcus, en lui remettant l’Oscar de la mode, a bien compris que les jupes longues du New Look – qui comptent entre 9 mètres de tissu pour un modèle sport et 40 mètres pour une robe de jour – vont faire bénéficier de leurs largesses l’ensemble des métiers de la mode. La maison Dior représente bientôt à elle seule plus de la moitié des exportations de la haute couture. À l’étranger, elle incarne la quintessence du goût et de l’art de vivre à la française. […]

La couture selon Dior sera « cultivée », « artistique », mesurée, typique de l’esprit classique, mais relevée d’audaces caractéristiques du baroque français. […]

William Klein, « Dorothy + Little Bara with a cello, Paris 1960 », robe Moderato Cantabile, collection haute couture automne-hiver 1960, ligne Souplesse, légèreté, vie
Vogue US, 15 septembre 1960, modèles Dorothy McGowan et Little Bara
© William Klein

Dans une joute permanente, nature et artifice se renforcent mutuellement. « Le corps de la femme étant sa base, l’art du couturier est d’établir et de proportionner sur celui-ci un ensemble de volumes qui en exalteront les formes. » De cet exercice structurel naît la notion de ligne. En communiquant sur ces lignes qui incarnent la nouveauté de chaque saison, Dior invente un nouveau dialogue avec la presse. […] Dior sait aussi tempérer ce goût du sensationnel par l’expression de la douceur et de la simplicité.

Le New Look est la silhouette d’une femme-fleur dont la démarche, avec le balancement de la jupe en corolle, possède le charme d’une ballerine. « Après la femme, les fleurs sont les créations les plus divines », dit le couturier, dont la vision de la féminité est inspirée de son amour immodéré des jardins et des parterres de roses. […] Sa vision tout à la fois spectaculaire et mesurée assure à la maison un succès immédiat, rare dans l’histoire de la mode. […]

Les héritiers vont reprendre à leur compte le désir de Dior de « rendre les femmes belles pour les rendre heureuses ».

Michal Pudelka, robe Baiser rouge, collection haute couture printemps-été 2017, modèle Ruth Bell
© Michal Pudelka

La permanence de l’esprit Dior, équilibre d’élégance, de faste et de simplicité, est interprétée dans l’impermanence des créations des directeurs artistiques successifs. Toutes les nominations se font par rupture radicale, mais toujours dans le respect du geste fondateur.

Au choix risqué du tout jeune Saint Laurent succède la réaction rationnelle, avec la nomination de Marc Bohan. Puis c’est l’arrivée flamboyante de Gianfranco Ferré, l’entrée à grand fracas du punk de la mode John Galliano, la réaction « minimaliste » de Raf Simons, et enfin le choix inattendu d’une femme engagée dans le « Girl Power », Maria Grazia Chiuri.

Les Arts Décoratifs, 107, rue de Rivoli, 75001 Paris
tél. : +33 (0)1 44 55 57 50