L’apogée : l’atelier de Gouthière entre 1770 et 1776

De 1770 à 1776, sans avoir quitté le quai Pelletier, on retrouve Gouthière à l’enseigne Au Méridien, sans être sûr si c’est lui qui a déménagé ou si c’est le locataire du rez-de-chaussée qui a changé ; les enseignes signalaient les boutiques du rez-de-chaussée et servaient par extension à designer tout l’immeuble. L’atelier de Gouthière se trouvait sans doute dans les étages : l’activité de ciseleur-doreur requérait en effet peu d’espace, un outillage peu volumineux et un personnel d’autant moins nombreux que le maître, mis à part un compagnon et un minimum d’apprentis, faisait surtout appel à des collaborateurs extérieurs. Une chose est certaine, c’est de cet atelier que sortiront quelques-uns des plus beaux chefs-d’œuvre de Gouthière, dont la notoriété prit un nouvel essor quand il reçut, le 6 janvier 1775, le brevet de ciseleur-doreur du comte d’Artois, frère de Louis XVI. (…)

Les commandes royales

Vase (d’une paire), XVIIIe siècle, bronzes ciselés et dorés par Pierre Gouthière d’après un dessin de François-Joseph Bélanger, 1782
Porcelaine céladon de Chine, porphyre et bronze doré. Musée du Louvre, versement du Mobilier national
© Photo RMN-Grand Palais / Konstantinos Ignatiadis

Le mariage du dauphin, futur Louis XVI (1754-1793) avec l’archiduchesse Marie-Antoinette (1755-1793), prévu pour le 16 mai 1770, mobilisa toutes les énergies des Menus-Plaisirs chargés de tâches aussi diverses que la machinerie et la scène du nouvel Opéra de Versailles, ou le choix des boîtes en or destinées aux présents. Le rôle de Gouthière fut relativement modeste puisqu’on ne lui demanda que quelques parties d’ornements pour le grand serre-bijoux de la dauphine, dont le projet par l’architecte François-Joseph Bélanger avait été approuvé par le duc d’Aumont en août 1769 (cat. 41).

L’une des premières surprises de Marie-Antoinette, lors de son arrivée à Versailles, avait été d’y trouver une comtesse Du Barry, dont elle ignorait l’existence et le rôle auprès du roi. Ce rôle impliquait un appartement près de celui de Louis XV dans chacune des demeures royales. Celui de Fontainebleau ayant été précédemment amputé au profit des Petits appartements du roi, la favorite obtint de Louis XV la construction d’un salon situé en hors-œuvre sur le jardin de Diane. Il est fort probable que madame Du Barry imposa Gouthière, qui travaillait alors pour elle à Louveciennes. Pour cette pièce, Gouthière exécuta les bronzes dorés de la cheminée sur un modèle du sculpteur Louis-Simon Boizot (1743-1809) (cat. 28) dont il avait reçu la commande des Bâtiments du roi, un service dépendant de la Maison du roi et dédié aux travaux et à l’entretien des maisons, jardins, arts et manufactures royaux. Il réalisa également quatre girandoles-vases ornées d’« enfants en différentes attitudes » sur un modèle de l’architecte Jacques Gondoin (1737-1818), alors dessinateur du Garde-Meuble de la Couronne – l’administration royale chargée de la gestion du mobilier et des objets d’art, destinés à l’ameublement et l’ornement des demeures royales – qui en avait fait la demande.

En 1777, Gouthière travailla encore pour Marie-Antoinette à son boudoir turc à Fontainebleau, œuvre presque intacte des sculpteurs Jules-Hugues Rousseau (1710-1782) et Jean-Siméon, dit Rousseau de la Rottière, qui a conservé sa cheminée enrichie des bronzes du ciseleur-doreur du roi. C’était également à lui que Pierre-Charles Bonnefoy du Plan (1732-1824), responsable du Garde-meuble de la reine, s’était adressé pour les bronzes d’ameublement, probablement les feux avec leurs pelles et pincettes à têtes de nègre, un lustre, les bras de lumières en forme de corne d’abondance, tenus par les quatre enfants des lambris ou autres girandoles.

Projet pour un candélabre, Jean-Louis Prieur (1732-1795), vers 1770
Dessin à la plume, encre noire, aquarelle sépia. Musée des Arts décoratifs
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance
Bras de lumière d’une paire, Pierre-Philippe Thomire, 1787
Bronze doré. Musée national de Compiègne
© Photo RMN-Grand Palais
Les Arts Décoratifs, 107, rue de Rivoli, 75001 Paris
tél. : +33 (0)1 44 55 57 50