Extrait du catalogue.

Paire de candélabres
Un vase en porcelaine dure, manufacture de Meissen, ca. 1720  ; le second, un remplacement ultérieur, bronzes dorés par Pierre Gouthière d’après un modèle de François-Joseph Bélanger, 1782, porcelaine dure et bronze doré. The Frick Collection, New York
© Photo Michael Bodycomb

De son vivant, Gouthière fut très célèbre. Il travailla presque exclusivement pour une clientèle d’hommes et de femmes puissants et immensément riches, qui lui demandaient d’exécuter des objets extravagants de luxe et d’exubérance, faisant l’objet de commandes exclusives. Lorsqu’il s’avérait que l’une de ces pièces passait en vente aux enchères, son nom était alors mentionné dans le catalogue : un privilège généralement accordé uniquement aux peintres et aux sculpteurs. Un autre signe indéniable de sa réputation était le prix de ses œuvres, comparable sinon plus élevé à celui de tableaux de peintres célèbres de l’époque. Il demanda près de 16 000 livres à madame Du Barry pour les ornements d’une cheminée et de plusieurs poignées de portes et de fenêtres destinées au salon en cul-de-four de Louveciennes (cat. 27 et 30), tandis que Jean-Honoré Fragonard espérait recevoir 20 000 livres pour les quatre panneaux de La Poursuite de l’Amour, aujourd’hui à la Frick Collection, peints pour la même pièce. Madame Du Barry rejeta les tableaux, qui furent remplacés par quatre grands tableaux de Joseph-Marie Vien (1716-1809) ; ce dernier reçut pour son travail 16 000 livres, soit le même montant que Gouthière pour ses ornements en bronze doré.

La société raffinée du XVIIIe siècle appréciait les « arts mineurs », qui l’incarnaient peut être plus encore que les tableaux contemporains. Ainsi, quand la peintre Élisabeth Vigée Le Brun écrivit ses Souvenirs en exil bien loin de chez elle et à une époque où ceux qu’elle avait connus sous l’Ancien Régime étaient décédés, elle se souvint encore des bronzes de Gouthière qui ornaient le pavillon de Madame Du Barry. (…)

Paire de feux, Pierre Gouthière, 1777, pour le boudoir turc de la reine Marie-Antoinette à Fontainebleau
Bronze doré et acier bleui. Musée du Louvre, versement du Mobilier national
© Photo RMN-Grand Palais / Thierry Ollivier

Gouthière travailla moins après la Révolution française, mais il continua d’être célébré jusqu’à sa mort en 1813, comme le prouve l’éloge que lui fit le Journal de Paris en 1814. Tout au long du XIXe siècle, il ne cessa d’être admiré et recherché des amateurs, essentiellement français et anglais, férus de l’art qui fleurit en France au siècle précédent. En revanche, la vie de Gouthière ne fut véritablement étudiée qu’à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. (…)

Le portrait de Gouthière qui se dégage de cette étude est celui d’un artisan de grand talent, d’un artiste passionné qui a poussé son art jusqu’à la perfection, d’un homme ambitieux, plein d’énergie et probablement fort charismatique, qui sut, sans aucun doute, saisir les chances qui s’offraient à lui.

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