« Un exceptionnel portefeuille de modèles pour l’orfèvrerie. Les dessins d’Odiot du musée des Arts décoratifs »

Par Audrey Gay-Mazuel

Extrait du catalogue.

Récurrence et permanence des formes et des décors

Durant toute sa carrière, Odiot agence sur ses pièces, grâce à la technique du montage à froid, des ornements reconnaissables qui constituent sa marque. Répondant au goût de son époque, il développe un vocabulaire issu de l’Antiquité. À l’instar des modèles en bronze aujourd’hui conservés au musée des Arts décoratifs, les dessins de son atelier auraient pu être qualifiés en leur temps de « chefs d’œuvre de tout ce que l’antiquité nous a laissé de plus pur et de plus parfait.1 » (…)

Ces éléments sont issus du répertoire ornemental de la sculpture et de l’architecture grecque et romaine, diffusé par les recueils gravés depuis le XVIe siècle. Si certaines sources sont facilement identifiables – comme celle de la frise des danseuses Borghèse reprise du bas-relief du sarcophage néo-attique entré au Louvre en 1807 –, la plupart des motifs déclinés sur les dessins de l’atelier d’Odiot réinterprètent les modèles diffusés dans Le Traité des pierres gravées de Mariette, Le Voyage de Naples et de Sicile de l’abbé Saint-Non, et les recueils d’ornements plus contemporains de Durand, de Moreau, de Beauvallet, de Percier et Fontaine. Même lorsque les dessins sont repris par différentes mains, le modèle n’est que rarement modifié.

Milieu de surtout Zéphyr, Flore et Pomone, attribué à Adrien-Louis-Marie, Cavelier, dessinateur, Atelier de Jean-Baptiste-Claude Odiot, vers 1815
Graphite, plume et encre grise, lavis ocre, aquarelle sur papier
© Photo Les Arts Décoratifs, Paris

Typologies et attributions des dessins

À la différence des dessins d’atelier d’orfèvrerie des XVIIe et XVIIIe siècles, généralement exécutés à la sanguine ou à la pierre noire, le fonds d’atelier de Jean-Baptiste-Claude Odiot est constitué de grands dessins à la plume sur papier blanc, souvent enrichis de lavis gris ou ocre. Délayées dans de l’eau, les encres noires, brunes ou jaunes, sont travaillées au pinceau et créent, selon les charges de pigments, de subtils jeux d’ombre et de lumière qui transcrivent le modelé de la pièce et l’éclat métallique de ses surfaces. La technique du lavis, adoptée par les ateliers d’orfèvrerie et les architectes dès la fin du XVIIIe siècle, est enseignée dans les écoles de dessin au début du XIXe siècle.

Les dessins lavés de la collection du musée des Arts décoratifs, dont certains sont signés d’Auguste Garneray, révèlent une sûre maîtrise de cette technique et de ses effets.

Salière double «  femmes debout  », Jean-Baptiste-Claude Odiot, vers 1819
Laiton doré par Christofle en 1907-1908
© Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance

Les pièces d’orfèvrerie sont le plus souvent dessinées en élévation et à l’échelle de la pièce, ce qui explique l’absence de mesures portées sur les feuilles. Rares sont les vues en plan ou en coupe. Les dessins lavés ont vocation à être soumis au client. Un grand nombre de dessins du fonds sont également exécutés à la plume et à l’encre noire, sans lavis. N’offrant ni le fini ni les détails d’ornements des dessins lavés, ils figurent des projets à différentes étapes de leur élaboration au sein de l’atelier, depuis les premières recherches jusqu’à la mise au net pour exécution. Témoignant des processus de validations internes à l’atelier d’orfèvrerie, certains dessins sont ainsi parfois copiés et repris, avec de légers changements, par des mains variées et plus ou moins habiles. Les dessins réduits de moitié ou au quart par rapport à la taille de la pièce ont probablement été réalisés pour la gravure ou pour garder la mémoire des différents modèles. Enfin, le fonds du musée des Arts décoratifs recèle de rares dessins d’ébauches, exécutés au crayon graphite. De nombreux dessins sont annotés du nom de leur typologie et d’un numéro, sans doute de série ou de service, qu’il est désormais impossible à identifier. Certains dessins comportent aussi des inscriptions indiquant la façon, la dédicace du projet ou le prix d’exécution de la pièce. La mention « approuvé » apparaît sur six dessins du fonds. On y reconnaît, à partir des documents manuscrits conservés, la graphie d’Odiot qui valide ici le modèle dessiné ou rapporte celle du commanditaire. Seuls dix dessins de la collection du musée des Arts décoratifs sont signés : sept par Garneray, deux par Cavelier, un par Fauconnier. Un seul dessin est signé de la main de l’orfèvre : « Odiot, orfèvre à Paris2 ».

1Louis-Étienne-François Héricart-Ferrand de Thury, Rapport du jury d’admission des produits de l’industrie du Département de la Seine, Paris, C. Ballard, 1819, p. 92.

2Cat. 101.

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