Jean Nouvel, mes meubles d’architecte

du 27 octobre 2016 au 12 février 2017

Du 27 octobre 2016 au 12 février 2017, le musée des Arts décoratifs consacre une exposition au mobilier et aux objets de Jean Nouvel, l’un des rares architectes contemporains à avoir vu éditer plus de cent de ses créations depuis 1987. Pour Jean Nouvel, cette invitation unique est l’occasion d’un véritable parti pris. Au-delà d’une simple rétrospective, il engage ainsi un dialogue avec le lieu, son histoire et sa collection. L’exposition « Jean Nouvel, mes meubles d’architecte » se dévoile au fil du musée, des galeries du Moyen Âge et de la Renaissance à celles dévolues aux XVIIe et XVIIIe siècles, mais également dans les espaces dédiés aux collections de design graphique et de publicité dont il a signé l’aménagement en 1998, créant des situations inédites, comme autant d’interférences.

« Table au km », 2011
Gagosian Gallery et Galerie Patrick Seguin
© DR

Comme d’autres figures majeures de l’architecture, de Mies van Der Rohe à Le Corbusier en passant par Jean Prouvé, Jean Nouvel dessine du mobilier depuis de nombreuses années. Il a coutume de dire : « Je ne suis pas un designer, mais un architecte qui fait du design ». Ses meubles et objets domestiques sont fonctionnels, d’une rigueur absolue, toujours ancrés dans la culture de leur époque, à l’image de sa conception et de sa pratique d’une architecture du contexte. Parlant « d’anti-design », Nouvel s’empare des typologies déjà existantes, réfute le meuble « bavard », trop conceptuel, et prône l’élémentaire. En 1987, dans le cadre d’une « Carte blanche » du VIA (Valorisation de l’Innovation dans l’Ameublement), il réalise une collection de meubles composée de cinq prototypes en aluminium. A contre-courant de l’esthétique des années 1980, ce matériau évoque pour lui l’exploration des conquêtes techniques et scientifiques. Fort de cette expérience et afin d’accompagner et de prolonger ses réalisations architecturales, il crée en 1995 la société JND (Jean Nouvel Design) afin de développer et éditer projets de meubles et d’objets.

En 1998, Jean Nouvel avait aménagé les espaces dédiés aux expositions de graphisme et de publicité du musée des Arts décoratifs. Il conservait les traces archéologiques – moulures, parquets, espaces de circulation - des anciens appartements du Palais du Louvre et y proposait une modularité adaptée aux scénographies à venir, grâce à l’usage de grandes cimaises amovibles en galva. De retour dans ces lieux presque vingt ans plus tard, Jean Nouvel les réinvestit en y présentant ses « types », pièces iconiques qu’il développe depuis trente ans, ainsi les gammes de meubles de bureau Less et Less Less. Ils incarnent parfaitement ce qui dessine une méthode Nouvel : partant d’une forme élémentaire, le travail incessant la perfectionne, la revisite, l’allège aussi, en un vocabulaire minimaliste. De chaque typologie, il explore et décline les combinaisons comme à l’infini, et chacun exprime cette notion de « zéro design » qui conduit Jean Nouvel à réduire l’objet, qu’il s’agisse d’une étagère, d’un fauteuil, d’une table, à sa forme la plus archétypale. La grammaire du design de Jean Nouvel joue pleinement du modulaire et du transformable, du réversible et de la pliure : en cela c’est bien l’œuvre d’un « architecte qui fait du design », un design qui redéfinit l’espace et le rythme du plein et du vide.

« Triptyques », 2014
Noyer et miroirs colorés. Gagosian Gallery et Galerie Patrick Seguin
© Aline Coquelle

À cette présentation autonome, Jean Nouvel a souhaité ajouter une traversée des collections du musée des Arts décoratifs, en y privilégiant les périodes qu’il affectionne : le Moyen Âge et la Renaissance, les XVIIe et XVIIIe siècles. Il y propose des moments de contemplation et de poésie : le visiteur est invité à s’asseoir sur les assises en cuir noir réalisés pour le futur Louvre Abu Dhabi (2016), la sensation d’infini de la Table au kilomètre (2011) fait écho aux retables et aux Pietà de la collection du musée, tandis que les tapis de marbre (2016) entrent en résonance avec les intaglia de la Renaissance italienne, ou le siège Milana (1995) avec les sgabélies, ces sièges en bois polychrome.

Dans les salles XVIIe et XVIIIe siècles, de grands miroirs colorés, les Triptyques (2014), déclinent de multiples narrations, en rythmant les salles : ils captent des fragments d’espace et transforment la perception initiale du lieu par leurs reflets aux couleurs chaudes – or, orange, rouge – comme autant de nouvelles atmosphères de collections, sans théâtralité. Enfin, préoccupation majeure de Jean Nouvel, la lumière et ses métamorphoses suscitent une nouvelle expérience de visite en plongeant le spectateur dans la semi-obscurité : elle laisse redécouvrir un espace muséal où cette lumière révèle toute la poésie des objets.

« Equilibrist », 2014, Artemide
© DR

En présentant l’ensemble de meubles et d’objets le plus exhaustif possible, l’exposition « Jean Nouvel, mes meubles d’architecte » est autant une rétrospective que la mise en exergue d’une facette moins connue d’un des plus grands architectes contemporains. Répondant souvent davantage à un désir personnel d’expérimentation qu’au principe de la commande, ce corpus radical livre un aspect plus intime de la pensée et de l’œuvre de l’architecte, Pritzker Prize 2008.

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