Trompe-l’œil. Imitations, pastiches et autres illusions

du 2 février 2012 au 5 janvier 2014

Le trompe-l’œil est, comme son nom l’indique, destiné à tromper l’œil et trouve son origine dans les fresques et mosaïques antiques. Le récit le plus ancien qui marque le début du trompe-l’œil est celui de Pline l’Ancien. Il rapporte dans son Histoire naturelle comment le peintre Zeuxis (464-398 av. JC), dans une compétition qui l’opposait au peintre Parrhasius, avait représenté des raisins si parfaits que des oiseaux vinrent voleter autour. Si l’Antiquité est le point de départ de cette illusion parfaite, la Renaissance et le Maniérisme vont amplifier ce phénomène avant que la période Baroque n’en fasse un genre à part entière. La virtuosité atteint alors son comble et cette illusion doit alors beaucoup aux techniques de la perspective et du clair-obscur. Toutes les périodes vont s’y intéresser, même si les supports et les enjeux ne sont plus les mêmes.

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Œuvres restaurées avec le soutien des Amis des Arts Décoratifs

Commissaires
• Véronique BELLOIR, conservatrice, collections 1800-1939, Mode et Textile, Les Arts Décoratifs, assistée d’Hélène RENAUDIN
• Maximilien DURAND, directeur des musées des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon
• Dominique FOREST, conservatrice en chef, département Moderneet Contemporain, Les Arts Décoratifs, assistée de Frédéric BODET et Marianne BRABANT

Graphisme
• Agnès DAHAN

Présentation

Le trompe-l’œil est, comme son nom l’indique, destiné à tromper l’œil et trouve son origine dans les fresques et mosaïques antiques. Le récit le plus ancien qui marque le début du trompe-l’œil est celui de Pline l’Ancien. Il rapporte dans son Histoire naturelle comment le peintre Zeuxis (464-398 av JC), dans une compétition qui l’opposait au peintre Parrhasius, avait représenté des raisins si parfaits que des oiseaux vinrent voleter autour. Si l’Antiquité est le point de départ de cette illusion parfaite, la Renaissance et le Maniérisme vont amplifier ce phénomène avant que la période Baroque n’en fasse un genre à part entière. La virtuosité atteint alors son comble et cette illusion doit alors beaucoup aux techniques de la perspective et du clair-obscur. Toutes les périodes vont s’y intéresser, même si les supports et les enjeux ne sont plus les mêmes.

En art décoratif, cette « tromperie des yeux » recouvre différentes réalités : l’imitation, le pastiche ou les illusions d’optique. Elle s’applique autant à l’objet (céramique, orfèvrerie, papier-peint, bijou…) qu’à la mode ou à l’affiche. Cette tromperie concerne autant la matière, la technique, le sujet que l’usage. On observe par exemple, que de nombreuses matières vont être imitées par d’autres : la céramique imite le jaspe, les roches rares, le porphyre ou l’or ; le linoléum, le plancher ; le strass, le diamant ; la broderie, le bijou… La virtuosité devient très vite le principal ressort de ces recherches. Plus seulement ersatz bon marché de matières luxueuses, ces techniques deviennent des savoir-faire propres à développer la maîtrise des artisans. Le papier-peint sera le support idéal de cette forme d’expression. Capable de toutes les illusions, il reproduit tous les matériaux, du plus modeste au plus somptueux : bois, laque, faïence, paille, velours ciselé. Il peut même se substituer à une huile sur toile et à son encadrement de bois doré.

L’objet nous trompe sur sa matière comme il peut nous tromper sur sa fonction. Un objet peut en cacher un autre : dissimuler ce qui doit rester discret ou jouer sur la notion de surprise. Que trouve-t-on derrière la façade d’un secrétaire ou qu’est-ce qu’un « cabinet d’affaire » ?

En jouant avec les styles et les références, l’objet nous trompe aussi sur son époque. Le Moyen-Âge réinterprète l’Antique alors que le XIXe siècle imite le Moyen-Âge, la Renaissance ou les civilisations orientales… De grands créateurs s’illustrent d’ailleurs dans ces domaines : Théodore Deck revisite les arts de l‘Islam, Gabriel Viardot ceux de la Chine ou du Japon, tandis que Charles-Jean Avisseau travaille à la manière de Bernard Pallissy. Ce système de références est un des ressorts utilisé au XXe siècle par les publicitaires qui font notamment allusion aux chefs-d’œuvre de la peinture pour imaginer leurs campagnes.

Au-delà du trompe-l’œil, les jeux fondés sur les mécanismes de la vision, effets d’optique et illusions visuelles sont tout autant utilisés par les créateurs pour troubler la perception du réel. La mode, plus que tout autre domaine, assume et revendique le théâtre des illusions les plus folles. Du XVIIIe au XIXe siècle, perruques, tournures, faux-cul sont autant là pour tromper que pour sublimer le corps et le vêtement.

Comme un jeu de piste à travers les siècles et les matières, c’est au grand jeu de l’illusion que nous convie cet accrochage. Réunis en douze thèmes près de 400 objets, jamais ou rarement montrés se font écho et témoignent des inventions techniques et artistiques. De « Ombre et lumière » à « Une matière peut en cacher une autre » en passant par « Optique hypnotique » ou l’évocation d’une vraie fausse Period Room, le visiteur aura les clefs pour découvrir les artifices du trompe-l’œil et de l’imitation.

Les 2D sont pipés / Ombres et lumière
Comment donner l’illusion de l’espace et simuler la profondeur. Du sol au plafond, les perspectives et simulations de toutes sortes créent d’étonnantes percées. La grisaille comme le polissage du métal font ressortir le relief et jouent avec subtilité sur la profondeur…

Optique hypnotique
Les effets d’optique ont, de tout temps, suscité l’intérêt des créateurs. Parmi ceux-là, les anamorphoses font partie des plus spectaculaires et leur capacité à émerveiller reste intacte. Comparées à « une image engloutie dans un torrent », elles détruisent à première vue la figure pour la reconstruire sur un support cylindrique. D’autres artifices vont chercher à créer l’illusion : mouvement, savants pliages, collage, jeux linéaires…

Faux culs / Cousu de fil blanc
Tournures, corset, perruque… l’artifice fait partie intégrante de la mode. Il corrige ou sublime le corps. Motifs, matières et techniques jouent avec le faux, l’artificiel. Des fausses poches, aux bijoux brodés en passant par les effets froissés, il simule à si méprendre la patine du temps voire se confond avec la peau.

Faire comme si... / Une matuère peut en cacher une autre
Ces salles présentent des catalogues de Linoleum, papier peint, Formica, déclinant faux bois, faux planchers, faux carrelages, faux tapis et mettent en scène des objets dont la matière n’est pas celle que l’on croit.

A la manière de…
Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, l’imagination de nombreux créateurs est stimulée par d’autres cultures ou d’autres artistes. L’Orient exerce un puissant attrait chez nombre de créateurs. Les motifs, mais aussi les techniques anciennes, sont l’objet d’expérimentations passionnées.

Ça trompe énormément
Comme dans un jeu de cache-cache la double fonction est reine et la fonction principale de l’objet n’apparaît pas à première vue : boîte en forme de livre ou en forme de chou, lorgnette dissimulée dans un éventail ou pudique tabouret d’affaire.

À la manière de

De tout temps, le passé a inspiré les créateurs. L’Antiquité et l’Orient en particulier ont exercé jusqu’à aujourd’hui un puissant attrait. Le regard sur ces cultures éloignées ne signifie pas imitation pure et simple. Pastiches, parodies ou transpositions, ces relectures offrent une vision toujours décalée. Les motifs mais aussi les techniques anciennes sont l’objet d’interprétations et d’expérimentations passionnées. Dans cet esprit, Philippe-Joseph Brocard, décorateur de verre, actif à Paris dans la seconde moitié du XIXe siècle est le premier à étudier attentivement et à réutiliser la technique de l’émail peint sur verre dans sa version islamique. À partir de 1867, il date régulièrement ses pièces et les signes presque systématiquement, peut-être pour éviter toute ambiguïté.

Diaporama
Ça trompe énormément

Comme dans un jeu de cache-cache, certains objets ne livrent pas leur secret au premier regard. Certains pichets sont dits trompeurs car leur col ajouré laisse penser qu’on va en renverser le contenu. En terre vernissée, en grès, en faïence mais aussi en verre, c’est une facétie populaire ancienne. Sur le même principe, on trouve le siège d’aisance en livres. Il est mentionné dans l’inventaire d’un certain Pierre Le Gendre dressé au XVIe siècle. Les volumes, qui dissimulent son usage premier, portent des titres en rapport avec les événements politiques ou littéraires marquants de leur période de création. Les effets cachés des créations récentes proviennent des matériaux. Objets de design ou sculptures inspirées par la photographie, ils fixent à jamais des phénomènes éphémères comme le reflet d’un visage disparu.

Copie conforme

L’invention de la galvanoplastie au XIXe siècle ouvre la voie à la reproduction à l’identique d’objets de toutes sortes. Dans ce siècle passionné par l’histoire, les musées européens de Berlin, Budapest, Paris, Vienne et Londres voient dans cette technique l’opportunité de reproduire les grands trésors de l’Antiquité et du Moyen Âge afin de les exposer simultanément dans leurs institutions respectives. Ces pièces, reproduites à plusieurs exemplaires par les plus grands fabricants d’orfèvrerie comme Elkington en Angleterre et Christofle en France, sont présentées à des fins didactiques en précisant qu’il s’agit de copies conformes à l’original.

Une matière peut en cacher une autre

Le jeu des substitutions est récurrent dans l’histoire des arts décoratifs. Dès l’Antiquité, les céramistes cherchent à imiter le marbre et le jaspe. Dans les années 1950, Pol Chambost, est considéré comme le meilleur spécialiste des effets de trompe-l’œil en céramique. Le service « Coquillages » devenu emblématique de sa collaboration avec Primavera, a été conçu pour une exposition consacrée à la mer en 1957. Son émail blanc sur dégradé de violet a fait l’objet d’un dépôt de brevet. Dans un autre domaine, le papier peint remplace au XIXe siècle, aussi bien le bois que le cuir, mais aussi les textiles les plus rares. Dans tous les cas, l’imitation des matières prosaïques ou précieuses stimulent les savoir-faire et font l’objet de multiples inventions.

Faire comme si

Du XIXe siècle jusqu’à nos jours, les fabricants de papier peint, Linoleum, Formica ou Vénilia, rivalisent d’ingéniosité pour proposer des matériaux permettant, à moindre frais, d’en imiter d’autres plus coûteux. En 1863, le fabriquant Frederick Walton met au point un nouveau procédé, breveté sous le nom de Linoleum, mot dérivé du latin linum, lin et oleum, huile. Il imite aussi bien le carrelage que les tapis persans. Au cours du XIXe siècle, des manuels de peinture spécialisés dans l’imitation sont régulièrement publiés et donnent aux artisans des modèles pour simuler le parquet ou le marbre dans les intérieurs aux décors éclectiques. Partant de techniques anciennes ou de matériaux synthétiques, les créateurs contemporains jouent également avec ces savoir-faire illusionnistes.

Les 2D sont pipées

Les recherches sur le principe du trompe-l’œil trouvent leur origine dans les fresques et mosaïques antiques. Le récit le plus ancien cité en référence est celui de Pline l’Ancien. Il raconte dans son Histoire naturelle comment le peintre Zeuxis (464-398 av.J.-C.) lors d’une compétition qui l’opposait au peintre Parrhasius, avait représenté des raisins si parfaits que des oiseaux vinrent voleter autour. De la Renaissance au Surréalisme en passant par le Baroque, les artistes vont chercher des techniques de représentation simulant perspective, relief et matières jusqu’à l’illusion parfaite. Avec la peinture, le papier peint se révèle être un autre support privilégié pour ces créations aux frontières du réel. Du sol au plafond, les décors en deux dimensions, offrent d’étonnantes percées.

Cousu de fil blanc

Selon Charles Baudelaire « Il importe fort peu que la ruse et l’artifice soient connus de tous ». Placés sur le vêtement ou intégrés à la coupe, des détails comme les poches, les cols, ou le boutonnage perdent leur fonctionnalité pour devenir décor en trompe-l’œil. Dans le même esprit, le tissage imite les réseaux de dentelle, et la broderie, les effets d’un drapé ou des bijoux. Les imprimés simulent eux aussi d’autres techniques. L’impression au cadre plat procède de la sérigraphie industrielle dont les prémices remontent au début du XXe siècle ; à la manière d’un pochoir, elle utilise des écrans interposés entre l’encre et le support. Ses divers développements permettent de reproduire des graphismes complexes et délicats. Quant à elles, les matières revendiquent leur caractère factice par leur dénomination : soie artificielle, fausse fourrure, cuir vieilli, simili croco. Elles vont jusqu’à simuler l’usure, la patine du temps et pourquoi pas la peau.

Faux-cul

Vertugadin, criarde, panier, crinoline, tournure, corps à baleine ou corset, l’histoire du vêtement témoigne d’une volonté constante de métamorphose de la silhouette féminine. A chaque époque, ces invisibles accessoires ont modelé les proportions et formes du corps. La tournure ou faux-cul, cette protubérance artificielle qui accentue la chute des reins et la finesse de la taille, apparaît timidement vers 1870 pour atteindre des proportions extravagantes dans les années 1880. Sous-vêtement féminin, elle se porte dissimulée sous le jupon et est généralement constituée d’arceaux métalliques reliés entre eux par un système de laçage permettant d’en régler le volume. Les subterfuges dépassent souvent de loin la réalité et s’attachent à parfaire dans les moindres détails l’apparence. Perruques, postiches, faux-cils ou faux-ongles renvoient alors à une image sublimée de la beauté.

Ombres et lumières

Grisaille des peintures et polissage du métal jouent sur une simple opposition de l’ombre et de la lumière. Ces techniques suggèrent à elles seules une troisième dimension. Privée de la saveur des couleurs, la virtuosité atteint alors son comble. Ombres portées ou reçues, leurs formes et dispositions s’appuient sur de savants calculs pour des représentations très académiques. Le papier peint sert à reproduire des éléments d’architecture : corniche, sous-bassement ou colonne. Aujourd’hui sur ce principe, les portes en trompe l’œil signées de la Maison Martin Margiela sont imprimées en noir et blanc sur tissu autocollant à partir de photographies grandeur nature. Elles font partie d’une série d’objets fantômes baptisée « Ligne 13 » tout à fait en accord avec la signature du couturier belge sans visage qui a décidé de rester dans l’ombre.

Ceci n’est pas une period room

Spécificité des musées d’art décoratif, la period room est une restitution ou une reconstitution d’un décor intérieur illustrant une période donnée. Ici, loin d’une quelconque vérité historique, l’articulation entre les objets est uniquement régie par leur capacité individuelle à créer une illusion. Ce décor fictif créé de toutes pièces est composé d’éléments provenant des périodes diverses allant du XIXe siècle avec des papiers peints en guise de draperie ou de trophées de chasse, ou encore d’un ensemble de mobilier en papier mâché que l’on croirait en ébène, voire de stickers contemporains plastifiés pour évoquer une cheminée ou une double porte haussmanienne.

Au naturel

La nature reste une source d’inspiration infinie à imiter, amplifier, détourner, sublimer. Quel que soit le domaine, les créateurs ont toujours cherché à rivaliser avec elle. Au XIXe siècle, la fleur artificielle occupe une véritable industrie organisée selon des spécialités. Feuillage, pétales et pistils sont réalisés séparément en toile enduite, cire, papier, velours ou taffetas gaufrés. Ces fabricants fournissent notamment les modistes qui les composent en bouquets plus vrais que nature. Aujourd’hui, les matières naturelles et leurs substituts synthétiques se confondent pour convaincre ou donner l’illusion du vrai. Ineke Hans, designer néerlandaise, conçoit les premières Ordinary Tables avec la volonté de créer un mobilier en plastique, qui semble de bois brut. Le céramiste suédois Hans Hedberg se spécialise, lui, dans la reproduction à l’identique ou surdimensionnée des fruits de la nature.

Optique hypnotique

L’anamorphose pose, dès la Renaissance la question de l’apparence et de la réalité. Elle résulte des recherches scientifiques menées sur la perception optique et ses applications et est définie, dans l’article consacré aux perspectives difformes de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1752-1772), comme une « projection monstrueuse ». Depuis lors, de nombreux dispositifs appliqués aux jeux ont cherché à créer des illusions visuelles en perturbant la perception. Les principes mis en œuvre se fondent sur la distorsion de l’image, les effets de lumière ou la décomposition de l’espace et du mouvement. Considérés comme les précurseurs du cinéma, le zootrope de William George Horner, puis le praxinoscope inventé par le photographe et dessinateur Emile Reynaud en 1876, produisent des images animées à partir de dessins décomposant le mouvement. leur capacité à émerveiller va bien au-delà du simple effet d’optique.

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