« Introduction » par Denis Bruna

Ce texte est extrait du catalogue de l’exposition.

À écouter nos contemporains sur nos usages vestimentaires, les vêtements que nous portons seraient simples, souples et le reflet de nos modes de vie mobiles, dynamiques et libérés. (…) Pourtant ne trouve-t-on pas parfois dans le col de nos chemises une fine languette de plastique rigide servant à pointer les deux extrémités ? Avons-nous évincé les épaulettes et autres pads de nos vestes ? Non, bien entendu. Ces menus artifices dissimulés sous les étoffes servent à redresser un vêtement et par conséquent à modifier la silhouette.

À la suite du Salon international de la lingerie tenu à Paris en 2012, plusieurs journalistes ont clamé le retour de la gaine. « Accessoire de mode incontournable » pour les uns, « le nouvel accessoire féminin à la mode » pour les autres, tantôt elle « sculpte la silhouette tout en étant sexy et confortable », tantôt ces « pièces sexy mettent en avant ventre plat, chute de reins sensuelle et taille fine ». (…) On peut en conclure que la gaine, celle qui est née vers 1930 et a culminé dans les années 1950 pour être progressivement abandonnée vers 1970 avec l’essor des corps libérés de toute entrave, est bien de retour. Toutefois, l’appellation n’est plus la même : le mot gaine (…) est banni du Salon. On y parle de shapewear et même de « vêtement intelligent », c’est-à-dire un dessous qui sait précisément où il doit agir.

Certes, le shapewear et autres « vêtements intelligents » sont loin de l’action déformante du corset qui régna en tyran durant une grande partie du XIXe siècle pour répondre à l’exigence de la taille fine. Aujourd’hui, la chirurgie esthétique avec ses prouesses de seins siliconés et de ventres liposucés, mais aussi les clubs de sport, de musculation ou de fitness et les régimes alimentaires semblent avoir sur le corps une action plus performante que celle d’un corset.

(…) Dans l’exposition (…), nous n’envisageons pas d’aborder les dessous dans le seul sens de sous-vêtements ou de lingerie, mais plutôt de structures, de matières, d’échafaudages délibérément dissimulés sous l’habit. Ces artifices forment ce que nous pouvons appeler des « vêtements mécaniques ».

(…) Il s’agit donc d’explorer ces « machines » qui (…) visent à produire une transformation du corps pour que ce dernier parvienne aux exigences de la mode, du temps ou de la morale.

(…) Cette exploration est d’autant plus riche en découvertes que ces pièces de vêtements ne sont pas circonscrites au XIXe siècle, comme on pourrait facilement le penser. En effet, les premières architectures dissimulées sont en vigueur au moins depuis le XIVe siècle et ce jusqu’à nos jours.

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