« Les modes sont si fragiles ! Cartons, boîtes et malles pour robes et accessoires. Un défi pour les emballeurs du XIX<sup class="typo_exposants">e</sup> siècle », par Françoise Tétart-Vittu

Extraits tirés du livre Louis Vuitton/Marc Jacobs, coédition Les Arts Décoratifs /Rizzoli

Le commerce parisien évolue au début du XIXe siècle dans un cadre modifié administrativement et politiquement. Le layetier-emballeur, comme tout membre d’une communauté professionnelle ancienne, maintient les liens régionaux, savoirs communs et innovations qui étaient ceux de la corporation. Néanmoins il se produit une forme d’assouplissement de la « liberté d’entreprendre » selon de nouvelles facettes commerciales. La réorganisation générale par la Convention, le Consulat puis l’Empire s’attache à la promotion de nouvelles industries qui peuvent améliorer le commerce intérieur et extérieur de la France. Dès 1798, on organise régulièrement des expositions des produits de l’industrie, assorties de récompenses et médailles. Fabricants, inventeurs, négociants et détaillants français participent à ces rendez-vous, futures grandes Expositions universelles à partir de 1851. (…) Ainsi, les layetiers-coffretiers-emballeurs – 219 inscrits sous ce titre en 1842, pour 376 en 1872 – n’apparaissent plus que sous la rubrique « Emballeurs » à compter de 1888 et « Articles de voyage » en 1890, rubrique sous laquelle ils figurent pour les dépôts de brevets depuis les années 1820. En effet, depuis le 27 septembre 1800, le ministère de l’Agriculture et du Commerce met en place des instruments de protection et de diffusion des innovations. (…) Les inventeurs déposent pour cinq ans entre 1820 et 1852, ensuite pour quinze ans. Ces déclarations sont une étape vers la reconnaissance en 1857 de la marque de fabrique.

Dès le début du XIXe siècle, l’importance des objets de mode français croît. Paris acquiert une place de premier plan pour les modes, exportées et copiées en Europe et au-delà de l’océan Atlantique. Or, robes et accessoires élégants sont fragiles et demandent une manutention délicate : c’est là qu’intervient le métier spécialisé d’emballeur. Au XVIIIe siècle on désignait les layetiers du nom des petits coffres de bois blanc, plus longs que larges et assez plats qui prennent ensuite le nom de cartons au XIXe siècle. Utilisées pour les dentelles, coiffes de femmes, voiles et gants, ces boîtes sont nommées aussi étuis, car elles épousent la forme des objets. (…) Ces boîtes préservent les marchandises sur les rayonnages des boutiques et servent aussi à leur transport après achat. Parmi la variété des boîtes à compartiments proposée, le libellé des hauts de factures des emballeurs des années 1820 mentionne tout particulièrement celles pour robes et chapeaux. C’est le cas de trois maisons anciennes, dont les dates de création sont respectivement 1763, 1792 et 1795 : « Chenue, layetier-emballeur de la maison du Roi, 28, rue Croix-des-Petits-Champs », « Martin fournisseur de la duchesse de Berry, 4, rue Neuvedes- Capucines » et « Fanon breveté du Roi, 172, rue Montmartre ». Ayant souvent déposé des brevets et présenté leurs nouveautés aux expositions, les emballeurs distribuent des feuillets publicitaires pour attirer une clientèle qui peut acheter directement dans leurs magasins les malles, étuis et boîtes toutes confectionnées pour chapeaux et robes « que les dames peuvent emballer elles-mêmes ». On cherche surtout à ne pas écraser les délicates garnitures de fleurs, rubans et dentelles des chapeaux et robes de bal. On invente des supports baleinés ou en crin pour les manches de gaze et, dans le même temps, des systèmes de sangles montées sur des cadres à rouleaux à mettre dans des malles à double-fond où les robes sont pliées en deux et maintenues par des épingles. (…)

Les emballeurs suivent l’implantation des magasins de nouveautés célèbres de Paris. Au début, ils sont installés entre les boulevards, le Palais-Royal, les rues Richelieu, Vivienne et Saint-Honoré, où se concentrent les modes jusque vers 1850 (…) Ensuite ils suivent le déplacement des centres commerciaux vers l’ouest de Paris et se rapprochent des hôtels de voyageurs entre la rue de Rivoli, la place Vendôme, la Madeleine, le nouvel Opéra et l’embarcadère Saint-Lazare. Ils sont à la disposition d’une clientèle fortunée venue faire ses achats à Paris lors des Expositions universelles de 1855 puis de 1867 ou à l’occasion d’un tour d’Europe. C’est le cas de riches Américaines, clientes des nouvelles maisons de Haute Couture comme Worth & Bobergh ou Émile Pingat, dont la célébrité s’établit aux États-Unis dès 1860. Sur de nombreuses factures, on compte le coût de la boîte d’emballage, dans la proportion de 32 francs pour deux robes de 300 francs. Aucun nom d’emballeur n’est mentionné, mais il est probable que les maisons de mode avaient des liens privilégiés avec certains d’entre eux, notamment les entreprises brevetées de la cour implantées à proximité de la place Vendôme et de la rue de la Paix, avec une certaine continuité d’adresse : ainsi Morel successeur de Martin au 233, rue Saint-Honoré (où son ancien employé-apprenti François Goyard s’installera) et Louis Vuitton au 4, rue Neuve-des-Capucines, ancienne adresse de Martin.

Ces maisons de confiance offrent le service de caisses adaptées aux nouveaux besoins de transports maritimes et ferroviaires pour les marchandises mais aussi pour les vêtements des voyageurs. (…) La malle de voyage devient indispensable pour transporter, sans les chiffonner, les cinq toilettes journalières qu’une élégante doit porter en villégiature. Pour cela les emballeurs cherchent, de brevets en expositions, de 1855 à 1880, à améliorer protection contre la pluie et sécurité des serrures. Au revêtement en gutta-percha dont le brevet remonte au 9 décembre 1854 répondent la malle à tiroirs du coffretier Sormani en 1863 et le système de gorge pour malle d’emballage et de voyage de Vuitton en 1867. Ces maisons parisiennes ouvrent des succursales dans les grands ports et s’approprient des marques de protection, comme le fait alors la nouvelle Haute Couture française qui commence à avoir des cartons à son nom et adresse et des étiquettes (griffes). De même, les emballeurs recherchent cette reconnaissance distinctive par le dépôt de type de toile d’emballage à rayures ou à carreaux pour enfin choisir des initiales (dépôt Vuitton, 11 janvier 1897), comme le faisaient déjà les fabriques textiles et les magasins de nouveautés.

2 COMMENTAIRES (PAR LES INTERNAUTES)

  • Pas tout à fait d’accord... 26 août 2012 23:19, par Antoine

    Dans un sens je suis d’accord avec dom, mais dans l’autre pas vraiment... Je pense que ces marques sont emblématiques et qu’elles ne font pas partie de ces marques de luxes accrocheuses et tape-à-l’oeil. Ce sont des marques qui existent depuis bien longtemps et une exposition est la bienvenue pour rendre hommage au travail de ces pionniers de la mode...

    Les climatiseurs ont également « leur mode »

    Dans le monde de la climatisation il existe également des modes et des « maisons » (dans le sens « créateurs ») qui existent depuis des dizaines d’années. Même si les deux domaines sont assez lointain il faut dire que le climatiseur est indispensable à notre société actuelle tout comme peut l’être la mode, même s’il s’agit d’un tout autre sujet...Je ne sais pas s’il existe un Louis Vuitton de la climatisation, toujours est-il qu’elle est bien utile surtout dans les lieux public !
  • trop 2 avril 2012 16:18, par dom

    Faire une exposition en l’honneur de marc jacobs c’est une opération commerciale uniquement pour l’égo de marc jacobs . Dommage car au sein de la maison il y a eu d’autres créateurs ou découvreurs de talents dont les enfants et petits enfants de Louis ; Georges et Gaston sans oublier Henry Racamier et Jean Ogliastro qui ont fait revivre cette belle maison du second empire et cela bien avant bernard arnault

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