Présentation

Les années 1990 sont celles de la maturité, de la multiplicité des tendances et d’un marché organisé. Elles ont conduit à des expressions policées parfois, radicales surtout. Les collections d’Azzedine Alaïa en sont un exemple significatif. Rei Kawabuko chez Comme des Garçons, volontiers provocante, ne se lasse pas d’étonner avec des concepts inattendus comme sa collection « à bosse » du printemps-été 1997. Jean Paul Gaultier est le créateur le plus suivi avec ses collections « Les rap-pieuses » en 1990 ou « Tatouages » qui font autorité. « L’homme moderne » en 1996-1997 et la collection haute couture de 1997 ouvrent des perspectives et pérennisent un style personnel unanimement reconnu.

Les collections de Yohji Yamamoto de 1992 à 1998 rendant un hommage appuyé à la couture française figurent parmi les plus belles du couturier. Le minimalisme précoce d’Helmut Lang et celui, plus tardif, de Jil Sander renforcent l’impression de simplicité qui est de mise de la part des créateurs sur le devant de la scène. La consécration des créateurs britanniques, John Galliano chez Dior, Alexander McQueen chez Givenchy puis en son nom propre, entretiennent, à l’opposé, le goût du faste et de la provocation dont la paternité revient à Vivienne Westwood. Martin Margiela, chez Hermès ou Marc Jacobs, chez Vuitton suggèrent plus qu’ils ne montrent alors que Prada ressuscite avec brio une mode aux accents volontiers paupéristes dont le succès s’accroît de saison en saison. Tom Ford, à la tête de la maison Gucci, se distingue par la singularité de sa personnalité d’homme d’affaires aux multiples talents donnant une autre idée de la création, dialoguant sans se heurter avec l’univers poétique d’Hussein Chalayan ou de Viktor & Rolf. Cette fin de décennie marie dans une joyeuse harmonie artisanat et industrie, logique commerciale et langage esthétique.

Les années 2000 sont définitivement marquées par la gravité des événements qui les ont ponctuées. Attentats, catastrophes climatiques, crise financière ont jalonné les dix dernières années. L’euphorie du siècle naissant a été en partie occultée par les tragédies mondiales. La mode et son milieu se font plus discrets, en opposition aux décennies précédentes. Dans la ligne de Martin Margiela ou de Comme des Garçons, Nicolas Ghesquière, aux commandes de la maison Balenciaga, impose avec ténacité une vision moderniste et avant-gardiste travaillant les volumes afin de transformer littéralement le corps. Sa philosophie est partagée par Junya Watanabe, dont chaque vêtement et chaque défilé s’apparentent à une performance, avec un souci du détail qui la caractérise. En réaction aux excès des années passées, cette décennie née dans la tourmente valorise les meilleurs, soucieux de préserver leur autonomie de pensée.

Nicolas Ghesquière poursuit sa quête obsessionnelle, montrant des défilés où toutes les robes semblent faussement identiques. Rei Kawakubo suspend un vestiaire à un autre vestiaire. Junya Watanabe taille dans la toile de Jouy de formidables robes parachutes. Yohji Yamamoto assume parfaitement la sereine maturité de sa création alors que Christian Lacroix simplifie son propos dans une harmonie de couleurs et d’étoffes. Lorsque Martin Margiela propose un défilé dans le bout d’un rouleau coupé, on a le sentiment d’une période qui s’achève, d’une renaissance à venir. Un temps symbolisé par le talentueux Alexander McQueen, dont le défilé printemps-été 2004 devait laisser le public ébahi, ce renouveau désormais économe et contrôlé participe aux préoccupations de notre époque, la survie dans le respect de l’autre et de l’environnement dans un monde nécessairement moins égoïste.

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