« Soutien-gorge, guêpières et combinés depuis 1900. La métamorphose des dessous » par Charlotte Delory

Ce texte est extrait du catalogue de l’exposition.

Au début du XXe siècle, les dessous féminins connaissent un changement sans précédent. Après des siècles de corset baleiné, les sous-vêtements modernes apparaissent avec l’avènement de la gaine et du soutien-gorge. Ainsi, le XXe siècle a longtemps été regardé comme celui de la disparition du corset, premier pas vers l’affirmation progressive d’une libération corporelle pour les femmes, mise en relation avec l’émergence d’un nouveau modèle féminin : celui de la femme active.

(…) Loin de disparaître, les sous-vêtements de contrainte se transforment, évoluent et prennent des formes nouvelles.

Les dessous de la garçonne
(…) Entre 1915 et 1925, l’archétype de la garçonne domine, les femmes cherchant une allure androgyne.
(…) Des dessous adaptés, la brassière et la gaine, permettent aux femmes de construire cette nouvelle silhouette. Le soutien-gorge n’est donc pas dévolu à la mise en valeur de la poitrine.
(…) Pour les femmes à la poitrine trop imposante, des solutions plus radicales existent alors, comme la brassière réductrice. Celle-ci agit par compression pour diminuer le volume des seins.

« C’est la mode : serrez-vous la ceinture [1] »
(…) À partir de la fin des années 1940, on assiste à un véritable retour de la corseterie. En 1947, Dior lance la ligne « New Look », silhouette construite sur un équilibre entre une taille très fine, un buste étroit et des hanches arrondies. Les attributs traditionnels de la femme sont de nouveau mis en avant et les dessous, en conséquence, sont très structurés.
(…) Au côté de la gaine et de la guêpière, le soutien-gorge devient une véritable pièce de corseterie en se dotant d’une structure métallique : les baleines et armatures font leur apparition dans les bonnets.

Années 1960-1970 : la fin de la corseterie ?
Les années 1960 voient l’émergence progressive d’une nouvelle génération. Les mouvements d’émancipation de la femme cherchent un nouveau modèle : à la pin-up succède la femme filiforme, androgyne. Les nouvelles icônes s’appellent Jane Birkin et Twiggy.
(…) En conséquence, les dessous doivent se faire plus discrets.
(…) Grâce aux nouveaux textiles, légèreté et invisibilité sont possibles. En 1959 apparaît une nouvelle fibre, le Lycra. Son élasticité et sa finesse contribuent à réduire la frontière entre sous-vêtements et vêtements.

Années 1980 : modernité et historicismes
(…) La silhouette des années 1980, sculpturale, accentue la carrure des épaules et dessine un buste en « V », équilibré par une taille fine et une poitrine généreuse. Le soutien-gorge, au contraire des autres vêtements de maintien, devient un véritable emblème de la féminité.
(…) En réaction à la lingerie minimaliste et fonctionnelle des années 1970, un mouvement de mode proclame un retour à des formes de lingerie du passé, avec comme chef de file la créatrice Chantal Thomass.

Un corset « intériorisé [2] »
(…) Le corset physique a été progressivement remplacé par un corset invisible, psychique : la silhouette féminine depuis le début du siècle n’a cessé de s’allonger, de s’étirer, et la minceur s’est imposée comme un modèle durable. Le sport, les régimes et, plus récemment, la chirurgie esthétique sculptent désormais le corps et remplacent le corset d’autrefois.
(…) Contrastant avec un corps toujours plus mince et athlétique, la tendance est aux poitrines généreuses. Le modèle phare de la décennie est le Wonderbra, lancé par Playtex en 1994 et resté emblématique de la vogue des soutiens-gorge rembourrés et autres push up.

Le shapewear ou le retour de la gaine
(…) Depuis quelques années, le surprenant retour des sous-vêtements gainants est annoncé.
(…) La lingerie revient à des fondamentaux qui avaient été éclipsés : la gaine, le body, le combiné, tout comme le corselet ou le serre-taille, auxquels s’ajoute la robe gainante.
(…) La gaine d’aujourd’hui tend également à prolonger son action à l’intérieur même du corps. En effet, un nouveau type de lingerie sculptante semble émerger : la lingerie dite « cosmétique ».

[1] Elle, no 95, 9 septembre 1947, p. 5

[2] « […] the corset did not so much disappear as become internalized through diet, exercise and plastic surgery- known ephimistically as “body sculpting” » (V. Steele, 2001, op. cit., p. 143)

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