« Le XIX<sup class="typo_exposants">e</sup> siècle - de l'artifice à l'anatomie » par Georges Vigarello

Ce texte est extrait du catalogue de l’exposition.

La fin du XVIIIe siècle et l’invention de la fluidité
Un élancement et une fluidité, une « libération » même, ont eu lieu à la fin du XVIIIe siècle. (…) Une exigence s’est imposée : « libérer » le jeu des organes. L’image de la future « citoyenne », sans doute : « liberté » des formes, pour une plus grande « liberté » d’être.

Le retour des artifices
(…) Reste que les contraintes de l’habit suivent inévitablement celles du temps. Les « raideurs » traditionnelles à l’égard de la femme retrouvent leur vieille légitimité avec la Restauration et la monarchie de Juillet : liberté restreinte, fixité accentuée. Le corset reprend ses droits, la ligne sa relative rigidité. Les « instruments » concrets le disent, les images le montrent : ceinture comprimée sur un buste corseté, robe dont les paniers retrouvent leur ampleur passée, manches ballonnées pour mieux répartir deux volumes coupés à la taille, « jupe en cloche », mi-corps « guêpé [1] ».

Le décor des formes amples
(…) D’autres structures s’ajoutent encore au milieu du XIXe siècle : la tournure, instrument rigide accentuant la cambrure des reins, la crinoline et sa matière resserrée gonflant la robe comme jamais. La tenue accentue la fermeté du haut comme l’élargissement du bas : tout sauf la fonctionnalité, tout sauf la légèreté. Ce sont bien les images de décor qui l’emportent : maintien figé, marche ralentie.

La lente élimination des « surcharges »
Les formes épousent davantage l’étoffe, par exemple, au milieu des années 1870 : la robe se fait « collante [2] », les hanches brusquement s’affirment dans des étuis devenus « fourreaux [3] ». « Lente élimination » des surcharges, prétend Stéphane Mallarmé, écrivain de mode à ses heures. Ce changement viserait les accessoires déformants : « La tournure s’en va, le pouf disparaît [4] », vieux instruments rigides longtemps disposés sous les tissus des robes pour mieux les évaser, « échafaudages », « choses terribles », assimilés dans quelques journaux intimes à de vagues souvenirs « d’inquisition [5] ». La femme gagnerait en élancement comme en mobilité.

(…) Le « collant » des robes, la rondeur des hanches de la fin du XIXe siècle s’imposent, tout en appelant le contrôle du corset. C’est plutôt l’instrument rigide qui a changé, censé prendre la place des courbures que la tournure imposait. Le corset creuse ainsi les reins et arc-boute le dos. Les contours plus exposés à la vue appellent des tuteurs révisés, la fermeté anatomique féminine supposant toujours assistance et soutien.

(…) Seul le début du XXe siècle apportera un changement radical dans la « mécanique du dessous » : celui-là même que symbolise l’effacement du corset.

[1] Louis Maigron, Le Romantisme et la Mode d’après des documents inédits, Paris, H. Champion, 1911, p. 180

[2] « La robe ne peut aller aujourd’hui que si elle est bien ajustée, collante en un mot » (Le Caprice, juillet 1876, p. 9)

[3] Almanach de L’Illustration, 1878, p. 60

[4] Stéphane Mallarmé, La Mode de Paris, 1874, in Œuvres complètes, Paris, Gallimard, coll. « La Pléiade », 1961, p. 831. « La tournure est un dispositif rigide placé à l’arrière de la robe pour accentuer la cambrure ».

[5] Constance de Castelbajac, Journal de Constance de Castelbajac, marquise de Breteuil, 1885-1886, Paris, Perrin, 2003, p. 223

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