Yves Saint Laurent

Prêt-à-porter printemps-été 1971

(…) Plus qu’aucune autre collection, celle du printemps été 1971, brillant hommage aux années quarante, répond aux qualificatifs du « style » et de « l’outrance » que lui seul sait concilier avec virtuosité et l’évidence des grands qui tracent les modes de la rue.

(…) Le couturier qui en quelques années a triomphé de toutes les modes en créant les collections Mondrian (juillet 1965), Pop Art (1966), les premiers smokings (1966) ou les sahariennes (1968) choque à nouveau. Il dit s’être inspiré des peintres américains contemporains, de leurs couleurs franches et violentes.
« Ce que je veux c’est choquer, pousser les gens à réfléchir » dit-il dans Vogue à l’issue de sa présentation. Les vestes aux épaules ailerons, aux revers larges et gansées, les jupes et les robes courtes en crêpe étoilé et aux manches ballons, les manteaux courts de renard teint, les smokings shorts, les hanches drapées, les turbans « chou », les semelles compensés aux tons criards façonnent une silhouette nouvelle que Saint Laurent étire à souhait.

Cette mode, optique autant que plastique qui pousse les jeunes filles de vingt ans à adopter la distinction des trentenaires, est une fleur insolente piquée au revers. Elle est un négatif stable pour les décennies à venir, un mètre étalon vers quoi tous bientôt se mesurent.

Prêt-à-porter automne-hiver 1976-77

(…) Quand Yves Saint Laurent cite un pays et son folklore, jamais il ne tombe dans la restitution historique ou ethnique qui aurait fait de lui un costumier ou un conservateur. Alchimiste cultivé, le couturier domine son sujet. Il fait de ses inspirations profondes ou décoratives des motifs qui claquent sur les jambes des filles et ne perd jamais de vue la femme à qui il s’adresse définitivement.

(…) La collection Opéra Ballet russe de l’automne hiver 1976-77 est une manifestation de plus dans l’équilibre de ses inspirations et le réalisme qui font de lui le couturier des modes contemporaines. (…) Cette collection « révolutionnaire qui changera le cours de la mode dans le monde », tel que le brandit le New York Times est aussi celle que le couturier considère comme la plus belle d’entre toutes.

(…) Un manteau du soir de tsarine en lamé or, matelassé, brodé de jais et bordé de vison noir, sur une blouse en mousseline noire sert de cadre solennel aux longues jupes de faille et de velours, que l’on porte sur des bottes de cosaques de cuir or. Les turbans de lamé, les ceintures de passementeries, les colliers de pampilles sont les signatures d’un tableau où les héroïnes sorties de la toile ne se lassent pas aujourd’hui encore d’envoûter.

Prêt-à-porter printemps-été 1978

Broadway Suit, la collection printemps été 1978, est unanimement décrite comme l’une des plus influentes de Monsieur Saint Laurent. (…) « J’ai été inspiré par l’esprit américain de « Porgy and Bess », par l’attitude et le style des Noirs et des Sud-américains » ajoute Yves Saint Laurent (…) Sur un pantalon court et large, aux pinces élégantes et garçon, des vestes coupées aux hanches, des « spencers jacket » en grain de poudre, sans col ni poignet favorisent des envolées de mousseline qui semblent jaillir tout juste de ses propres crayons.

Il y a une grande proximité entre les dessins stylés du couturier et les silhouettes profilées, présentées. En tissu masculin et rayures craies, en flanelle ou en Prince de Galles, un défilé de jambes cisaille le podium et coupe le souffle de l’auditoire ! Les blouses bavardes en mousseline ou en crêpe de chine s’échappent des tenues, les canotiers encanaillent. Le spencer, blanc ou noir est la base définitive de ce nouveau dressing. (…) Il est dans la combinaison souple du pantalon omniprésent et des vestes jamais fermées que le couturier invente, rectifie, dessine en même temps qu’il impose un nouveau porté, une gestuelle libre. Une main volontaire glissée haut dans la poche de son pantalon est l’aveu plus éloquent désormais qu’un logo de ce qu’une femme porte : un tailleur, « un classique » griffé Yves Saint Laurent.

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