« Corps à baleines et paniers, la mécanique du maintien au XVIII<sup class="typo_exposants">e</sup> siècle » par Anne-Cécile Moheng

Ce texte est extrait du catalogue de l’exposition.

Madame de Genlis rapporte en 1818 que la parure exigeait au XVIIIe siècle de « se serrer à l’outrance dans un corps baleiné, s’affubler d’un panier de trois aunes, et marcher sur des espèces d’échasses »

(…) La femme de qualité portant corps à baleines et panier présente au XVIIIe siècle une silhouette singulière, presque entièrement recréée par ses dessous. Naturellement, corps à baleines et panier contribuent en premier lieu à modeler une silhouette répondant aux normes de la beauté de l’époque, la taille fine et « une gorge élevée, ferme et bien arrondie [1] » en constituant deux pôles essentiels. Mais ces exigeants dessous sont d’autre part conçus de telle sorte qu’ils reformulent aussi entièrement le corps féminin et en proposent des contours que l’on pourrait qualifier d’abstraits tant ils tendent à en gommer les lignes naturelles.

(…) Garsault va jusqu’à qualifier le corps à baleines de « cuirasse civile ».

(…) Les corps à baleines et les paniers du XVIIIe siècle sont des objets complexes à plus d’un titre : accessoires essentiels à la construction de la silhouette de mode, ils imposent au corps féminin une démarche et un maintien qui constituent des enjeux essentiels dans la société de l’Ancien Régime. Les classes privilégiées jouent ainsi savamment de la distinction singulière que confère la maîtrise de ces exigeants dessous, et il n’est pas étonnant à cet égard que la Révolution s’attache à renouveler à la fin du siècle le costume français, clamant que « nos habits sont de fer, ils sont l’invention des siècles barbares et gothiques. Il faut que vous brisiez aussi ces fers, si vous voulez devenir libres et heureux [2] ».

[1] Alphonse Leroy, Recherches sur les habillemens des femmes et des enfans ou Examen de la manière dont il faut vêtir l’un et l’autre sexe, Paris, Le Boucher, 1772, 2e partie, chap. III : « De l’origine des corps et de leurs différentes espèces », p. 184

[2] B.-C. Faust, Sur le vêtement libre, unique et national à l’usage des enfants, Paris, 1792, p. 1-2, cité par P. Perrot, 1984, op. cit., p. 103

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