Antoine+Manuel, graphiste et designer

du 15 janvier 2009 au 3 mai 2009

Associés depuis 1993, Antoine Audiau et Manuel Warosz font partie de ces graphistes qui dès la fin des années 1990 ont participé à créer dans le domaine des arts graphiques, ce qui, à l’étranger, a été nommée, la french touch, terme surtout utilisé pour la musique électronique. Issus de la première génération de graphistes à travailler avec un ordinateur, ils ont imposé une nouvelle écriture toute en rupture. Ils travaillent la typographie et l’illustration à partir de collages, de construction de maquettes en volume photographiées, utilisant la tache, le dessin au feutre ou le dessin vectoriel.

Antoine et Manuel abordent chacun des expressions visuelles personnelles réunies par l’existence d’un univers où le rêve, l’étrange, le surréalisme se côtoient. Leur travail est de l’ordre de la sensation, des émotions, du toucher, de l’ornement laissant derrière eux rigueur et fonctionnalisme longtemps en vigueur dans la pratique du graphisme. C’est sûrement ce penchant pour l’ornementation, le décoratif et le narratif qui a séduit Christian Lacroix pour lequel ils ont refait l’identité visuelle et qui depuis 2002 leur a confié la réalisation de ses cartons d’invitation aux défilés. Pour lui, Antoine et Manuel créent des dessins raffinés dans des techniques d’impression luxueuse : dans des taches de gouache savamment éclaboussées viennent se cacher mille petits trésors qui rappellent le raffinement ultime de la haute couture. Le savoir-faire du luxe de la haute couture se retrouve dans l’utilisation de papier de très grande qualité, aux grains subtils, minutieusement travaillé : ajouré, gaufré, embouti.

Antoine et Manuel ne se revendiquent d’aucune école graphique mais ne sont pas en opposition avec l’ « école polonaise » ou « suisse » dont étaient issus leurs professeurs. Une des rares références qu’ils citent est celle des albums typographiques Letraset. Pour le duo, la typographie est la source à la base de leur travail. Rompant avec tous les codes du graphisme et de la typographie, en 2001, pour un numéro de Magazine, dont ils ont la direction artistique, Manuel rajoute de l’ornemental à l’helvetica, caractère suisse réfractaire à l’ornementation gratuite. Cette attitude de rupture correspond à une tendance issue du postmodernisme : une volonté de défier les conventions considérées comme règles d’usage, apparue dans le graphisme français à la fin des années 1990 et ce avec un léger retard par rapport aux Etats-Unis et à l’Angleterre.

Antoine et Manuel avaient commencé ce travail typographique à la fin de l’année 2000 avec le Centre Chorégraphique National de Tours (CCNT) où les arborescences aux chemins multiples évoquent le parcours, les déplacements et les mouvements corporels. En 2004, ils s’attaquent à la police Clearface pour les affiches du Centre national de danses contemporaines d’Angers (CNDC). Ils partent alors du corps et plus particulièrement de ses organes et de ses fluides pour créer un logo en constante mutation, prenant des formes diverses, plus ou moins élastiques, fluides ou bien calcifiées. Ce système de ramification, qu’ils déclineront par la suite dans de nombreux travaux (wallsticker Forêt pour Habitat 2003, fresque Shoping is living pour Les Galeries Lafayette 2004, RATP 2005, dictionnaires Larousse 2006, fresque pour le musée Coca-Cola à Atlanta 2007) deviendra une écriture mais aussi un « poncif » repris par de nombreux graphistes.

Antoine et Manuel construisent leur langage visuel à partir de plusieurs phrases graphiques qui ne sont, à priori, pas faites pour cohabiter. A côté du dessin vectoriel, ils utilisent le dessin au feutre ou à la gouache. Si Manuel qui a suivi la section design produit de l’Ecole des Arts Décoratifs utilise d’avantage l’ordinateur et sa souris pour créer des dessins vectoriels, Antoine, qui était d’abord styliste, a gardé à la main les crayons et les feutres. C’est à partir de cette technique qu’ils créent de 2000 à 2007 les affiches et catalogues des expositions de la collection Yvon Lambert en Avignon et depuis 2003 les affiches et programmes de la Comédie de Clermont. Ces deux techniques pouvant pour certains travaux cohabiter comme dans le visuel La Dégelée Rabelais (2008), expositions d’art contemporain initiées par le FRAC Languedoc Roussillon ou encore dans une série sur la représentation du divin qu’ils ont débutée en 2008.

Les travaux effectués à quatre mains, sont souvent liés à l’univers de l’enfance. Ils y puisent leurs inspirations en retrouvant des sensations d’autrefois. Il en résulte un graphisme coloré, joyeux, ludique où le jeu de cubes revient de manière récurrente. C’est dans ce monde de l’enfance qu’ils sont allés choisir le fil conducteur de l’exposition, les jeux de construction : laissant traîner dans chaque salle une pièce disproportionnée pour finir, dans la dernière, par la construction d’une « cabane-château-chapelle » recouverte des wallstickers qu’ils créent depuis 2005 pour Domestic.

Refusant les frontières imposées entre les disciplines, Antoine et Manuel ont très vite senti le besoin de sortir de la 2D pour passer à la 3D. Pour le journal du Centre National de Danse Contemporaine d’Angers constitué de 3 cahiers de différentes tailles attachés ensemble, ils créent à chaque fois une maquette en 3D qu’ils photographient puis qu’ils intègrent à la trame oblique de fond de page. La typographie Clairface est en pâte à modeler blanche, à laquelle s’ajoutent des petits décors en carton découpé, peuplés de petits personnages stylisés. Ce décalage avec le sérieux du contenu apporte une touche d’humour et de désinvolture.

Mais c’est dans la création de meubles conçus entre graphisme et design, qu’ils sont arrivés à repousser ces carcans corporatistes. Exposés pour la première fois lors de l’édition 2007 des Designers Days, à Paris, leurs meubles en plexiglas noir ou blanc sont obtenus grâce à la découpe au laser. Avant d’être formels ces meubles sont narratifs. Chaque partie du meuble est pensée comme une forme graphique presque indépendante, qui s’assemble entre elles sans vis ni cheville, ni colle.

En exerçant leur talent dans divers domaines et sur divers supports (moquette modulaire pour Tarkett en 2000 ; scénographie des vitrines du magasin Lafayette maison à l’occasion de son ouverture en 2004 ; aménagement de trois chambres pour l’hôtel Fox de Copenhague en 2005, les wallstickers pour l’éditeur Domestic, ou encore le papier peint Fog réalisé pour le concours WallpaperLab en 2008) Antoine et Manuel ont contribué à faire sortir le graphisme de l’imprimé stricto sensu.

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