Miquel Barceló, un peintre et la céramique

du 27 septembre 2000 au 12 novembre 2000

« Au Mali, les terres cuites sont des objets utilitaires. Alors, j’ai pris de l’argile, je l’ai pétri moi-même, j’ai appris la technique. Ce n’était pas toujours réussi (...), il y avait pleins de fissures, j’ai appris à boucher les fissures, à cuire les céramiques. Quand j’ai commencé à travailler dans un atelier normal, c’était comme si j’avançais d’un millénaire. » (Miquel Barceló, 1999).

Le musée des Arts décoratifs propose, avec l’exposition « Miquel Barceló, un peintre et la céramique », un regard croisé entre Art et Art décoratif. Réalisées en partie pour cette exposition, les œuvres présentées dévoilent une nouvelle facette du travail de l’artiste.

Peintre reconnu sur le plan international, Miquel Barceló explore le champs de la céramique depuis 1995. De longs séjours au Mali, dans son atelier situé en plein cœur du pays Dogon, ont influencé l’artiste dans ses dernières créations. Une tempête saharienne recouvrant tout sur son passage de poussière et de sable est à l’origine de cette inspiration. Alors contraint par ces conditions climatiques extrêmes, Miquel Barceló expérimente de nouveaux matériaux issus des techniques locales et découvre la céramique. De retour en Europe, il prolonge cette expérience dans l’atelier traditionnel de Jeroni Ginard à Majorque, son île natale.

Toutefois, la préparation de l’exposition du musée des Arts décoratifs a nécessité l’intervention d’un troisième atelier de céramique. En effet, tout au long de l’année 1999 et jusqu’ en juin 2000, les céramistes Armelle et Hugo Jakubec, installés aux Rairies, Durtal près d’Angers, se sont associés aux recherches de l’artiste dans le but de créer des pièces de grands formats, de travailler l’intérieur des formes et d’affiner l’approche des couleurs.

L’exposition rassemble ainsi plus d’une centaine de céramiques représentatives de ces cinq dernières années de recherche et de création. Présentées dans la galerie des oculi et dans le pavillon de Marsan, face aux jardins des Tuileries, les œuvres sont mises en scène par le scénographe anversois Bob Verhelst.

L’apport de Miquel Barceló à l’art de la céramique ne relève pas du simple décor peint ; de ces magmas de terre triturés, déformés, malmenés, toujours à la limite de la fracture, surgissent des formes et des décors toujours en phase avec les thèmes fondateurs de son œuvre picturale : la métamorphose organique, le passage du temps, le désir et la mort. Les formes archétypales issues du savoir-faire du tourneur, subissent des traitements qui frôlent la destruction, risquent le retour au chaos, et, chargées de cette mémoire de violences et de drames, laissent émerger une présence, fruit de la terre.

Cette approche de Barceló s’inscrit dans la lignée des peintres modernes qui, depuis Gauguin, et, plus proche de lui, Miró et Picasso, se sont intéressés à la céramique, ouvrant ainsi leur création à la troisième dimension et associant leurs recherches aux mythologies ancestrales des Arts du feu. Masques, assemblages sculpturaux de crânes, coupes, plats, mappemondes, pièces monumentales formant natures mortes ou vases, portent les empreintes du monde animal ou végétal présent dans le vocabulaire pictural de l’artiste depuis de nombreuses années.

Ces œuvres, d’une expressivité saisissante, matérialisent le trouble d’une image insaisissable entre figure et abstraction.

L’ exposition présentée au musée des Arts décoratifs confirme une nouvelle voie de création dans l’œuvre du peintre Miquel Barceló et apparaît comme un formidable témoignage de rencontres, d’échanges, de compétences entre artistes et artisans, savoir-faire et création.

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