Purs décors ? Chefs-d'œuvre de l'Islam aux Arts Décoratifs

du 11 octobre 2007 au 13 janvier 2008

Les Arts Décoratifs possèdent une collection prestigieuse d’Arts de l’Islam, à travers des ensembles issus de l’Espagne ommeyade et nasride, du Maghreb, de l’Egypte fatimide et mamlouke, du monde ottoman, de l’Iran médiéval et safavide et de l’Inde moghole. Cet ensemble riche de près de 3.400 œuvres n’est plus présenté dans les collections permanentes depuis 1983. Il est à nouveau restauré et étudié dans le cadre de son dépôt au département des Arts de l’Islam du musée du Louvre. En 2010, les deux collections réunies couvriront avec éclat l’ensemble du champ des cultures du monde islamique et formeront un ensemble d’une qualité et d’une diversité inégalable. À travers 300 objets exceptionnels, l’exposition propose de mettre en perspective l’influence de la collection des Arts Décoratifs dans le domaine des arts appliqués au tournant du XIXe siècle et du XXe siècle et, par là même, de souligner le rôle joué par l’institution dans la reconnaissance des arts de l’Islam.

Entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, Les Arts Décoratifs (alors Union Centrale des Arts Décoratifs) ont joué un rôle pionnier pour la connaissance et l’appréciation des arts de l’Islam en Europe. En quelques décennies, une collection extrêmement prestigieuse, inégalée en France, s’est constituée, grâce à une politique d’acquisition audacieuse et surtout grâce aux dons répétés d’un groupe d’amateurs passionnés. Ces collectionneurs étaient des membres ou des proches de l’institution, comme Jules Maciet, Raymond Koechlin, Louis Metman ou Alexis Rouart, le couturier Jacques Doucet ou le conservateur Gaston Migeon, mais aussi les marchands Dikran Kelekian ou Charles Vignier. Tous mobilisés dans le combat pour la reconnaissance de la notion d’art islamique, ces amateurs se sont démarqués du goût orientaliste et de son exotisme romantique, afin de restituer aux cultures de l’Islam une autonomie esthétique. A leurs yeux, la notion de « décor » incarnait cette esthétique et incitait à en faire un modèle pour une « Renaissance » des arts appliqués en Occident. Ce sont ces convictions qui ont guidé leurs découvertes et leurs collectes d’objets.

Les premiers achats eurent lieu en 1878, année de la création de la Société du musée des Arts décoratifs ; le premier don est intervenu en 1880. L’enrichissement fut ensuite très rapide : 996 pièces entrent au musée avant 1900 et 949 autres sont acquises entre 1900 et 1920. A l’ouverture du musée des Arts décoratifs en 1905, les collections orientales occupent l’espace de la grande nef. Elles sont ensuite partiellement présentées dans le pavillon de Marsan jusqu’en 1983.

Parallèlement à la constitution de ce fonds, l’Union Centrale des Arts Décoratifs a diffusé le goût pour les arts de l’Islam en initiant et en organisant de grandes expositions : la « première exposition générale d’art musulman » en 1893, l’exposition des collections parisiennes d’art islamique en 1903, une exposition de textiles et de miniatures en 1907 et la première exposition spécifiquement dédiée aux miniatures persanes en 1912. Par ces expositions, reflets de la vitalité du marché et des collections, Paris s’est affirmée comme capitale des arts de l’Islam dans le monde occidental, face à ses principales rivales : Berlin, Vienne et Londres.

La collection, par son étendue géographique et chronologique (de l’Espagne médiévale à l’Inde du XVIIe siècle), a permis alors des avancées dans la découverte et dans la connaissance de l’histoire des arts islamiques. Elle témoigne d’un moment décisif dans l’histoire de la conscience esthétique européenne, principalement marquée par la culture antique, où s’est éveillée une sensibilité nouvelle aux principes décoratifs des cultures islamiques et aux réalisations qu’ils ont suscitées. Etudiée par les savants comme Charles Schefer ou Gaston Migeon, par les auteurs de manuels d’ornementation comme Prisse d’Avennes ou Jules Bourgoin, ou par des artistes, elle s’est située à la croisée du savoir et de la création. Les publications contemporaines, souvent très prestigieuses, sur les arts « arabes », « turcs » ou « persans » ont été rassemblées dans le même temps à la bibliothèque de l’Union Centrale des Arts Décoratifs et ont servi de complément à la collection d’objets.

Les céramistes Théodore Deck, Eugène Collinot, André Metthey ou Clément Massier, mais aussi Philippe Joseph Brocard et Emile Gallé pour le verre, la manufacture Leroy et la manufacture Desfossé & Karth pour les papiers peints, Alexis et Lucien Falize ou Henri Vever pour l’orfèvrerie, les grandes maisons de soieries lyonnaises, Charles Frederik Worth, Paul Poiret ou Mariano Fortuny pour la mode, se sont tournés vers ces corpus de formes, qui ont parfois suscité des copies mais ont souvent aussi stimulé leur liberté créatrice.

L’exposition met en avant le caractère tout à fait exceptionnel de cette collection notamment pour les mondes turc et iranien des XVIe et XVIIe siècles : tapis, velours et lampas de soie, miniatures et reliures persanes, céramiques d’Iznik, céramiques dites de Koubatcha, etc. L’Espagne ommeyade, l’Egypte mamlouke, l’Inde moghole, le Maroc alawite sont également représentés par des objets d’une rare beauté. Elle permet de revoir certaines œuvres très célèbres et abondamment commentées comme la miniature timouride Houmay et Houmayoun (1430-1440) ou le tapis safavide dit de Cracovie (vers 1576) et de présenter des objets illustres mais rarement montrés comme ceux de la collection d’Albert Goupil et les tapis de la collection de Jules Maciet. Elle révèle également des ensembles peu ou pas connus : carreaux de revêtement et tissus ottomans, broderies « suzani » collectées en Ouzbékistan par le voyageur Hughes Krafft, etc.

Les œuvres seront réparties dans la grande nef centrale et dans les galeries le long de la rue de Rivoli et du jardin des Tuileries, dans une scénographie confiée à Renaud Pierard, également chargé de la muséographie des futures salles du département des arts de l’Islam au musée du Louvre.

La nef accueillera notamment la collection des grands tapis monumentaux, les grands panneaux de céramique et les ensembles de plats de céramique.

La galerie Rivoli accueillera dans ses deux premières salles les collections médiévales (Espagne, Egypte et Syrie, Iran et Anatolie), tandis que les textiles ottomans, les miniatures, les cuirs iraniens et indiens se déploieront dans le reste de cette galerie, à l’abri de la lumière du jour.

L’influence des arts de l’islam sera abordée du côté du jardin, où des objets islamiques seront exposés en regard des œuvres européennes qu’ils ont inspirées.

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