Qu'entendons-nous par « Martin » ?

Texte d’Anne Forray-Carlier

Ce texte est extrait du catalogue de l’exposition.

Patronyme aussi courant que Dupont ou Durand, le nom de Martin jouit dans le domaine des arts décoratifs d’une notoriété particulière due tant à la célébrité d’une fratrie d’artisans parisiens qu’au talent qui fut le leur dans l’exécution des laques. Une notoriété telle qu’elle leur valut de laisser à tout jamais leur nom à la postérité mais plus encore en le donnant à une technique : le fameux vernis Martin ! C’est précisément sur ces deux derniers termes que nous aimerions revenir. La première mention du « vernis Martin » apparaîtrait dans les textes à la fin du XVIIIe siècle sous la plume de la baronne d’Oberkirch qui rédigea ses mémoires en 1789, tandis que les formes « vernis de Martin » ou encore « vernis par Martin » se rencontrent beaucoup plus tôt dans le siècle. L’emploi différencié du « de » et du « par » semble indiquer d’un côté que l’œuvre a reçu un vernis correspondant à la technique employée par les Martin et, de l’autre, qu’elle a été précisément réalisée par Martin. Mais n’est-ce pas un peu excessif d’y mesurer cette nuance quand bien même les deux termes pourraient avoir été employés indifféremment pour désigner une même chose ! Que désignent ces deux mots pour nous aujourd’hui, qu’indiquaient-ils pour les générations précédentes, quel état de la question peut-on en dresser ?

Bref état de la question

Les éditions récentes des dictionnaires courants n’y font pas la moindre allusion. Le terme « vernis » y est seulement décrit comme une préparation composée de liants et de solvants produisant une surface dure, translucide ou colorée et brillante. Seules les éditions encyclopédiques y font référence dans des termes qui méritent d’être rapportés. Dans son édition de 1984, le Grand Dictionnaire encyclopédique Larousse donne à l’entrée « vernis » les précisions suivantes : « Au XVIIe siècle on a appelé vernis de la Chine, vernis de Coromandel, vernis du Japon les laques importées d’Extrême-Orient. C’est pour imiter ces laques que les frères Martin au XVIIIe siècle ont mis au point leur procédé à base de résine copal. Dès lors et jusqu’à l’apparition des résines synthétiques, l’expression vernis Martin servit à désigner tous les laques et vernis français appliqués au mobilier et à la décoration. » Deux renvois invitent le lecteur aux termes « laque » et « Martin ». L’article sur la laque fait en effet référence au vernis Martin qu’il qualifie « d’imitation de la laque » et celui sur Martin nous livre non sans quelques approximations des informations sur cette fratrie. La consultation des principes d’analyse scientifique développés par l’Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France nous apprend à l’entrée « vernis Martin » : « Peinture polychrome pratiquée sur divers matériaux et sur métaux dont le bronze, le cuivre ou le zinc. À cette peinture peuvent être associées des applications d’or ou des incrustations de nacre et de métaux précieux ; le tout est recouvert d’un vernis au copal, transparent et brillant, dit vernis Martin. » Une note précise le rôle tenu par la famille Martin dans son élaboration. Dans ces deux définitions, force est de constater que la technique stricto sensu est abordée superficiellement et que les propos portent davantage sur la famille des Martin. Le point de vue scientifique ainsi évacué, un certain flou est entretenu, lié sans doute à l’apposition des deux termes qui recouvrent pour le premier des techniques et non pas une technique, et pour le second une famille et non pas un seul individu.

Forum : écrire un commentaire


Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?

Plan du site   Flux RSS   Contacts   ©   Crédits
Ministère de la Culture     Les Arts Décoratifs 107, rue de Rivoli 75001 Paris - tél. : 01 44 55 57 50