Présentation

Les Arts Décoratifs présentent une grande exposition consacrée à Claude et François-Xavier Lalanne. Il s’agit de la première rétrospective dans un musée parisien, depuis leur participation à l’exposition de 1977 « Artiste/artisan » organisée au musée des Arts décoratifs. Ne formant qu’un aux yeux du public, ce couple d’artistes est connu pour avoir fait de la nature et des animaux le support de leurs créations. Sculpteurs inclassables, Claude et François-Xavier Lalanne ont toujours exposé ensemble, avec l’idée commune de donner parfois à la sculpture une fonction. De ces oeuvres souvent hybrides, naissent l’étonnement, l’amusement, une poésie empruntée de surréalisme guidée par le jeu de mots, des formes et des matières. Leur travail sera montré sous des multiples aspects, de la sculpture monumentale aux objets du quotidien. Plus de 150 pièces sont mises en scène par Peter Marino, invitant le visiteur à découvrir l’univers des Lalanne dans la nef du musée des Arts décoratifs.

Né en 1927 à Agen. François-Xavier Lalanne a fréquenté l’Académie Julian après la guerre. Il délaisse la peinture en 1952 au moment où il rencontre sa future femme, Claude. Née en 1925, Claude a suivi des études à l’École des arts décoratifs de Paris. Leur travail en commun débute dès 1956, même si chacun réalise aussi des œuvres indépendantes. Leur première exposition personnelle commune a lieu sous le titre Zoophites à la galerie J de Jeanine Restany en 1964. Le ton de leur production est donné. François-Xavier présente le Rhinocrétaire, premier rhinocéros bureau en laiton et Claude des Choupattes, mi-chou mi-animal. Commence ensuite une longue collaboration avec le galeriste Alexandre Iolas, grand défenseur des surréalistes et des nouveaux-réalistes.

Les œuvres de Claude sont réalisées à partir des techniques liées à l’empreinte, au moulage et à la galvanoplastie ; on lui doit les pièces les plus intimes mais aussi les plus baroques. Celles de François-Xavier recouvrent un bestiaire espiègle sous des attitudes hiératiques, inscrivant les formes de ses sculptures dans la lignée de celles de l’Egypte antique, de Pompon ou encore de Brancusi qui fut son voisin d’atelier impasse Ronsin à Montparnasse.

Les Lalanne partagent le sentiment que la sculpture, et plus largement l’œuvre d’art, peut avoir une fonction. Toute leur carrière est tendue par la volonté de restituer à la sculpture, trop longtemps sacralisée, une dimension familière, un éventuel usage. On la regarde mais on la touche aussi, on l’ouvre, on s’y assoit, on s’y allonge, on y mange, on la porte au cou… La nature, et plus particulièrement le monde animal, leur offre une infinité de formes reconnaissables par tous. Moutons, singes, rhinocéros, ânes, chameaux, crapauds, hippopotames, chats… constituent un répertoire que les Lalanne soumettent aux contraintes de l’art décoratif avec beaucoup d’humour.

Parmi les pièces les plus connues : les moutons de François-Xavier. Seuls ou en troupeau, avec ou sans tête, gainés ou pas de toison de mouton, ils sont sièges ou banquettes. De même, un hippopotame s’ouvre pour devenir baignoire, un babouin : cheminée, un rhinocéros et un âne : bureaux… À ces associations incongrues de formes et de fonctions, répondent les assemblages de Claude, qui moule les corps, les feuilles, les pommes, les choux, pour ensuite les combiner. Parmi ses réalisations, le célèbre Homme à tête de chou, la Pomme bouche, l’Escargot doigt, mais aussi de nombreux bijoux et objets de table, des sièges.

Des collectionneurs prestigieux tels les Rothschild ou les Noailles découvrent tôt leur talent. Parmi eux, Yves Saint Laurent sera l’un des plus fidèles. Claude moule pour lui le buste du mannequin Veruschka. Parée de cette cuirasse, qu’elle porte sur un drapé, ce modèle fera le succès de la collection Haute couture de l’automne 1969. Pour lui encore, François-Xavier réalise le bar et les Oiseaux en marbre et Claude une série de miroirs faisant de l’appartement de Saint Laurent une vitrine de leur art multiple. Redécouvertes récemment au moment de la vente Yves Saint Laurent, ces pièces seront présentées au public pour la première fois ici.

Les collectionneurs du monde entier ont aimé leur œuvre, aussi bien les sièges feuillages pour leurs appartements, que les grandes sculptures pour leurs jardins, car les Lalanne ont aussi expérimenté l’art topiaire. L’État, de même, a acquis de nombreuses pièces. Le Mobilier National comme la Manufacture de Sèvres ont eu à cœur de faire travailler ces deux créateurs hors pair. En dehors de leur mobilier, les Lalanne ont créé, de Paris à Tokyo en passant par Los Angeles, des sculptures monumentales.

L’exposition

Cette rétrospective non chronologique est organisée de manière thématique montrant ainsi l’étendue de leur création à travers des œuvres variées. Trois sculptures majeures ouvrent l’exposition : L’homme à tête de chou et Caroline enceinte de Claude encadrant Le Lapin à vent de François-Xavier.

Répartie sur trois espaces, l’exposition transforme la partie centrale de la nef en un jardin de château, avec un troupeau de moutons dans la verdure et un bassin aux oiseaux et nénuphars. Le bas-côté droit reprend dans son parcours la visite de cette demeure entièrement décorée par les Lalanne, avec ses six salles aux thèmes variés : Intérieur, Lalanne et Yves Saint Laurent, Le Minotaure, À table, Singeries, Lalanne intime.

Dans le bas-côté opposé, évoluent de façon plus libre dans un décor de feuillages, des animaux portant dans leur ventre des fonctions cachées : rhinocéros-secrétaire, hippopotame-salle-de-bain,babouin-cheminée, mouche-toilettes...

La scénographie est confiée à l’architecte Peter Marino. Également collectionneur des œuvres de Claude et François-Xavier Lalanne, familier depuis plus de trente ans de leur univers, il a contribué à la reconnaissance de cet œuvre hors normes aux États-Unis et dans le reste du monde.

4 COMMENTAIRES (PAR LES INTERNAUTES)

  • Bravo 16 juin 2010 11:04, par candinès

    Bravo non seulement pour la qualité des oeuvres que l’on découvre regroupée pour une 1re fois, mais aussi pour la scénographie de cette exposition. Tous ces murs « enfeuillés » , la disposition de ces sculptures avec une thématique nous font passer un très bon moment dans cette superbe nef du musée des Arts Décoratifs. L’expo se visitant en un temps assez court, le film à visionner est fort intéressant pour découvrir ce couple d’artiste, au presque début de leur carrière artistique, et nous apprend beaucoup sur leurs techniques réciproques. On peut aussi voir leurs oeuvres avec leur particularité, les entrailles qui s’ouvrent des rhinocéros, et les doigts articulés des mains sont autant de mystères qui se lèvent. Une expo à recommander à tous, en famille aussi, car elle ne lassera pas les enfants qui seront ravis aussi devant le « troupeau » de moutons.

  • un moment de poésie 15 mai 2010 17:48

    Loin du bruit , des crises monétaires , des impôts venez , venez seul ou avec vos petits enfants pour des moments de poésie . Rhinocéros et singes, moutons et sièges , nous sommes embarqués dans un voyage poétique et fantasmagorique Merci pour cette merveilleuse exposition qui devrait être remboursée par la sécurité sociale pour son effet bénéfique sur notre santé physique et morale,

  • Une exposition exceptionnelle de créativité muséographique 7 avril 2010 23:19, par jpd

    C’est une exposition dont la scénographie est très réussie, les oeuvres présentées sont parfaitement mises en espace dans les salles d’un musée qui sait se renouveler constamment pour nous étonner une fois encore. On retrouve des sculptures déjà anciennes qu’on a pu voir très souvent mais qui dans ce cadre théâtral et du fait de leur rapprochement spatial, prennent une nouvelle dimension.

    La relecture de l’art nouveau mélangé à un parfum de surréalisme est caractéristique du travail artistique des Lalanne dont le temps n’a fait que valoriser les intuitions premières qui à l’époque étaient à contre-courant. Ils ont eu raison, leurs réalisations nous parleront toujours.

    C’est un grand plaisir de les retrouver.

  • l’exposition 2 avril 2010 17:14, par Maëva Ekembé

    J’ai hate de voir cette exposition qui me semble être fortement intéressante sur toute l’oeuvre des Lalanne que je n’avais encore jamais eu la chance de découvrir en vrai.

    Maëva Ekembé

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