Présentation

Fidèle du musée des Arts décoratifs, Jean Royère (1902-1981) légua à l’Union centrale des arts décoratifs un fonds important d’archives. Afin de rendre hommage à l’un des principaux acteurs du courant moderniste de l’après-guerre, le musée organise une exposition rassemblant un ensemble important de dessins inédits et de meubles provenant de différentes collections publiques et privées

C’est grâce à Tom Ford et à la maison Gucci que cette exposition peut avoir lieu. Il n’est pas étonnant que Tom Ford, l’une des personnalités les plus influentes de la création contemporaine, ait remarqué l’originalité et la modernité de cet infatigable inventeur de formes dont il nous dit : « Le travail de Jean Royère est pour moi le lien esthétique entre les lignes classiques et restreintes des meubles produits par des décorateurs français à la fin des années 30 et au début des années 40 tels que Jean-Michel Franck et André Arbus, et la plus flamboyante expression de style qui allait devenir à la mode dans les années 50.

Tandis que le travail de Royère a souvent inclus, voire même devancé la modernité et l’optimisme de l’après-guerre, son dévouement au grand artisanat a permis de perpétuer les traditions des arts décoratifs français plutôt que la production de masse des meubles, qui a plus tard caractérisé cette époque.

Plutôt que d’acheter pour ses clients, Royère fut l’un des derniers décorateurs qui, non seulement créait le look et l’ambiance des pièces, mais également la totalité des meubles pour remplir ces espaces. La démarche de Royère était unique. Ses pièces de métal travaillé, par exemple, possèdent le lyrisme de Gilbert Poillerat mais témoignent aussi d’un sens de la fantaisie qui leur est propre. La fascination du créateur pour les configurations organiques, surtout dans ses pièces capitonnées, en fait visiblement un précurseur des formes sinueuses de Pierre Paulin dans les années 60. Par opposition au chic raffiné de son contemporain Marc du Plantier, la malice et l’exubérance de Royère frôlent souvent le kitsch. Son excentricité et son enthousiasme enfantin sont cependant irrésistibles ».

Dès le premier regard, la fantaisie décorative et l’humour de Jean Royère apparaissent comme une évidence. Autodidacte, il débute sa carrière en explorant des voies ouvertes par Jacques-Emile Ruhlmann dont il apprécie l’élégance et la maîtrise d’un artisanat traditionnel. Parallèlement, il admire la simplicité et la rigueur d’un architecte comme Djo-Bourgeois et expérimente l’emploi de matériaux modernes, se rapprochant ainsi des préoccupations des nombreuses avant-gardes européennes.

La plus évidente complicité apparaît avec l’esprit et le style moderne qui se développent dans les pays nordiques alliant l’économie fonctionnelle et le confort chaleureux. Mais le pôle italien n’est pas oublié au travers de références admiratives à Gio Ponti. Considérant cette modernité comme une étape, Jean Royère n’a de cesse de renouer avec l’ornemental et le décoratif. Jean Royère puise son vocabulaire décoratif dans la couleur et le matériau qu’il utilise en contraste pour retenir le regard. Les motifs décoratifs, éléments clés chez Royère, composés de graphismes simples – croisillon, chevron, cercle et surtout sinusoïde – donnent naissance à de nouvelles familles de formes, en trois dimensions, à la fois sculpturales et fonctionnelles. Ainsi, de la sinusoïde naît, en 1939, le fauteuil « Eléphanteau », forme exploitée par la suite par nombre de designers et de décorateurs. Cette sinusoïde, en quittant son rythme régulier, fait resurgir tout un registre de formes organiques, comme les luminaires « liane », en accord avec la présence de la végétation : plantes vivantes en pots ou décors imprimés des textiles d’ameublements. La liberté des influences, l’indépendance et la culture très internationale de cet autodidacte, grand voyageur, lui donnent une place à part dans l’histoire de la décoration intérieure, place qui apparaît à notre regard actuel comme une proposition originale à redécouvrir entre la tradition française et la modernité internationale.

Plus de cinquante meubles et objets provenant principalement de collections publiques et privées françaises mais aussi du consulat de France à Alexandrie et de l’Ambassade de France à Helsinki montrent des modèles clés de cette carrière unique et originale en les associant avec dessins et croquis des archives Royère, ainsi qu’à des évocations visuelles des aménagements complets de ce décorateur.

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